Il Divo - Un film de Paolo Sorrentino

Par Kilucru

« si vous ne pouvez pas dire du bien de quelqu’un ne dites rien » La mère de Gulio Andreotti
Il Divo
Un film italien de Paolo Sorrentino
avec Toni Servillo, Anna Bonaiuto, Giulio Bosetti, Flavio Bucci, Carlo Buccirosso ...
Prix du jury au Festival de Cannes 2008.
Synopsis
A Rome, à l'aube, quand tout le monde dort, il y a un homme qui ne dort pas. Cet homme s'appelle Giulio Andreotti (Toni Servillo). Il ne dort pas, car il doit travailler, écrire des livres, mener une vie mondaine et en dernière analyse, prier. Calme, sournois, impénétrable, Andreotti est le pouvoir en Italie depuis quatre décennies. Au début des années quatre-vingt-dix, sans arrogance et sans humilité, immobile et susurrant, ambigu et rassurant, il avance inexorablement vers son septième mandat de Président du Conseil.
A bientôt 70 ans, Andreotti est un gérontocrate qui, à l'instar de Dieu, ne craint personne et ne sait pas ce qu'est la crainte obséquieuse. Habitué comme il l'est à voir cette crainte peinte sur le visage de tous ses interlocuteurs. Sa satisfaction est froide et impalpable. Sa satisfaction, c'est le pouvoir. Avec lequel il vit en symbiose. Un pouvoir comme il l'aime, figé et immuable depuis toujours. Où tout, les batailles électorales, les attentats terroristes, les accusations infamantes, glisse sur lui au fil des ans sans laisser de trace.
Il reste insensible et égal à lui-même face à tout. Jusqu'à ce que le contre-pouvoir le plus fort de ce pays, la Mafia, décide de lui déclarer la guerre. Alors, les choses changent. Peut-être même aussi pour l'inoxydable et énigmatique Andreotti. Mais, et c'est là la question, les choses changent ou n'est-ce qu'une apparence ? Une chose est certaine : il est difficile d'égratigner Andreotti, l'homme qui mieux que nous tous, sait se mouvoir dans le monde.
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- A un collaborateur qui lui lance « Ton ironie est atroce ! », Andreotti répond : « L’ironie est le meilleur remède pour ne pas mourir. Tous les médicaments sont atroces. »
ou encore « Les prêtres votent, pas Dieu »
Ou « Du sport ? Non, tous mes amis qui en ont fait sont mort ! »

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°Un homme comme caché derrière ses énormes lunettes, une silhouette un peu voutée, est-ce le poids du pouvoir ou l’incessante douleur, ces migraines perpétuelles, qui lui font ingurgiter autant d’aspirines effervescentes que ces alliés, ces convives, sa cour descendent de coupes de champagne à chacune de ses réélections.
Cet homme qui tous les soirs sous bonne escorte effectue une promenade millimétrée avant de s’enfermer dans sa vaste demeure, pour y faire les cents pas tandis que deux cachets bouillonnent dans un verre. Cent pas encore dans ce dédale de couloirs, la main trouvant automatiquement l’interrupteur, arrivant enfin face à cet immense lit dans lequel il ne trouvera pas le sommeil. Le visage toujours impassible, et c’est là le premier tour de force de l’acteur (remarquable et extraordinaire Toni Servillo) ainsi que du réalisateur, on devine l’activité cérébrale intense, comme radioscopée, une intelligence, une pensée sans cesse en activité, turbinant sans répit.
En vitrine règne le plus grand calme mais cette acuité de l’esprit lui permet lorsqu’il pose enfin ses mots de toucher au plus juste, sans effets outre mesure, mais redoutable et diablement efficace !
Les mots tombent, les sbires, les proches alliés, qu’ils soient du gouvernement ou de sphères plus occultes, église et Vatican, Loges maçonniques et enfin mafia agissent.
Il Divo règne, entouré, courtisé, mais seul, il le vit, il le sait, la solitude est le propre de l’homme, surtout en haut des marches. Et sa mémoire, aussi redoutable que ses archives, lui rappelle aussi son rôle ou plutôt son absence de réaction dans l'affaire Aldo Moro, incroyablement il semble presque jaloux que l'opuscule terroriste ne l'ai pas choisi lui ! Comble de vanité ? Réel regret ?
J’allais voir ce film sans grand enthousiasme, en tête les mots mafia et politique, je fus agréablement surpris, certes il s’agit de politique mais surtout du portrait d’un homme et du milieu dans lequel il évolue. Ce film bénéficie d’une image et d’une mise en scène fascinante, des rues sombres de Rome ,la promenade nocturne aux halls immenses des « ministères » , lieu d’une glissade improvisée, à ce repas des membres influents, la cour réunie autour d’Il Divo tel le christ dans la cène, le cadrage très travaillé enchante, pendant qu’une bande-son très tendance vous emporte.
Et au final, sans être réellement informé et passionné par la politique notamment italienne et donc étrangère, c’est avec un drôle de sentiment que je suis sorti du film.
Nota Bene : ce qui suit n’engage que moi !
En politique plus qu’ailleurs la fin justifierai les moyens, le pouvoir nécessiterai une bonne dose de mépris , un des lois et des institutions, ce qui revient à nier l’idée même de Démocratie, c’est pourquoi ici on murmure le terme Théocratie..Mais qui est « Le Dieu » dans tout cela ? Bref au final un sentiment inquiétant, mais pas vraiment nouveau, en Italie mais en France aussi et ailleurs, qu’en est-il vraiment de nos Démocraties et ce terme a-t-il encore une réelle signification ou est-ce simplement un concept pour rassurer les citoyens ?
Excessif.Com "..Avec Il Divo,... . Ce virtuose au talent de feu, venu de la publicité, y convoque une forme (révolutionnaire) et un fond (archi-documenté) pour proposer un portrait à charge, salopé au vitriol, de Giulio Andreotti, homme politique qui incarne à lui-seul la déréliction morale d'un pays, son désenchantement programmé, son effilochement rampant. Il faut absolument découvrir ce film, impitoyable et surdoué, pour apprécier la vigueur créatrice qui s'y exprime..."
CritiKat.Com "..On ne peut que se réjouir de ce que le cinéma italien se mette à élever le ton face à la corruption. Cette année, Gomorra, Grand Prix à Cannes, mais aussi Biutiful Cauntri, beau documentaire passé inaperçu en France, ont donné le ton. Il Divo se situe dans la même veine audacieuse, et il n’est pas étonnant que Sorrentino ait eu du mal à se trouver un producteur. Andreotti, c’est aussi celui qui, en tant que sous-secrétaire aux spectacles en 1949, s’est illustré en promulguant une loi liant à l’exécutif l’attribution des subventions aux films (en un temps où le néoralisme, « subversif », plaisait peu à la D.C.). Oser s’attaquer à cette figure, c’est aussi rappeler qu’on ne muselle peut-être pas l’audiovisuel si facilement, et que le cinéma a un rôle à jouer. Rappel dont l’Italie, et la France, ont bien besoin.."
Le Monde.Fr ".."Il Divo" : Paolo Sorrentino chasse "Nosferatu" dans les couloirs de son palais ."