:: Terreur à Gaza : quelques liens pour comprendre

Publié le 13 janvier 2009 par Prinkipo
Absent pendant plusieurs semaines, et perdu quelque part où la presse francophone était totalement absente, je n'ai pu m'informer réellement sur ce qui se déroulait à Gaza. De retour dans mon antre, j'ai donc aussitôt parcouru le web pour me faire une idée de la situation. Je vous livre donc ici le fruit de ma recherche : quelques articles qui tentent de situer l'action de terreur de l'armée israélienne dans son contexte. 
  • Pour commencer, un entretien à Article 11 de Michael Warschawski : "Des personnages comme Glucksman et BHL (...), ces chiens de garde de l’ordre n’ont jamais créé une seule idée intéressante et originale. Et face au carnage actuel, il ne font qu’aboyer avec les loups et chanter les partitions des fanfares militaires, avec moins de talents que les Oz et Yehoshua qui, chez nous, sont leurs modèles". Michel Warschawski se contente malheureusement de donner à la guerre des raisons idéologiques ("le cadre de la guerre israélienne est celui de la guerre globale contre les barbares -- assimilés aujourd’hui a la civilisation musulmane -- et son idéologie celle du choc des civilisations"), mais sa parole néanmoins permet de ne pas perdre tout espoir. 
  • Dans le même esprit idéaliste, on peut lire aussi cet entretien de Rachad Antonius, "Gaza : Violence coloniale et justifications mensongères" : "Dans la logique coloniale, rien n’est considéré comme une agression contre des populations subalternes, alors que toute révolte des subalternes est considérée comme un affront à l’ordre colonial, et doit être sévèrement punie. Dans cette logique, on n’a pas besoin de respecter le droit international, et on pense que les peuplades inférieures ne comprennent que le langage de la force"... 
  • Un article de John Pilger dans Il Manifesto, "Une nation entière prisonnière d'Israël" : "« Selon certains », a dit le reporter de Chanel 4 News, « Hamas a provoqué cela... ». Peut-être faisait-il référence aux missiles lancés contre Israël depuis l’intérieur de la prison de Gaza, qui n’ont tué personne. Selon le droit international, une population occupée a le droit de se servir d’armes contre les forces d’occupation, mais ce droit n’est jamais rappelé. Le journaliste de Chanel 4 a fait référence à une « guerre infinie ». Il n’y a aucune guerre. Il y a la résistance de la population la plus pauvre, la plus vulnérable sur terre à une occupation qui perdure illégalement, imposée par la quatrième plus grande puissance militaire au monde, dont les armes de destruction de masse vont des bombes à fragmentation aux appareils thermonucléaires, payés par la superpuissance. Dans les seules six dernières années, a écrit l’historien Ilan Pappé, « les forces israéliennes ont tué plus de 4.000 Palestiniens, dont la moitié sont des enfants »"
  • J'ai lu aussi, vous l'avez deviné, la presse d'extrême-gauche qui reste la seule, à mon sens, à dire la véritable raison des massacres de Gaza. Non pas celle, aberrante, d'une "riposte" (même démesurée) de Tsahal à quelques tirs de roquette du Hamas surAshdod, le kibboutz Nahal Oz, Kiryat Shmona ou encore Sderot, mais bien celle, plus complexe et beaucoup plus terrorisante, de la nécessité pour Israël, après son "échec" au Liban, de réaffirmer à l'intention de tous les Etats de la région, son statut de puissance et d'instrument de maintien de la domination impérialiste au coeur du Proche-Orient. C'est cela que paye aujourd'hui, une nouvelle fois, le peuple Palestinien, peuple déjà lourdement guettoisé et dominés par la misère et les obscurantismes... J'ai retenu deux articles. D'une part, un article de LO dans sa dernière édition : "Est-ce à cause du Hamas qu'Israël agit ainsi ? Certainement pas. Aujourd'hui le Hamas a pris la place d'une Autorité palestinienne embourbée dans les compromissions et minée par la corruption. Mais, tout comme l'OLP radicale des années 1970-1980, le Hamas, mouvement nationaliste à l'enveloppe idéologique religieuse, serait lui aussi prêt aux compromis avec le gouvernement israélien pour peu que ce dernier les recherche. En 2006 déjà un des dirigeants du Hamas acceptait, à condition que l'agression israélienne cesse et que soient démantelées les colonies, la création d'un État palestinien dans les frontières de 1967. En juin 2006, le Hamas signait avec l'Autorité palestinienne un document « d'entente nationale » reconnaissant l'existence d'Israël. Non seulement ces ouvertures restèrent sans réponse mais le 28 juin 2006, après la capture d'un de ses soldats, Israël lança une offensive terrestre et aérienne dans la bande de Gaza, surnommée «  pluies d'été », prélude à l'orage de feu qui allait s'abattre quelques jours plus tard sur le Liban. Non, le gouvernement israélien ne recherche pas une paix qui accompagnerait la reconnaissance des droits nationaux des Palestiniens. Même lors des derniers événements, et quoi qu'en disent Livni et Barak, c'est Israël qui formellement fut une fois encore l'agresseur. Car, contrairement à ce qui a été dit et répété, ce n'est pas le Hamas qui a rompu la trêve mais bien Israël. En novembre 2008 la trêve qui durait depuis quatre mois a été rompue par Israël lors d'un bombardement qui fit six morts. C'est seulement après ces assassinats que les tirs de roquettes reprirent. Et que dire de la décision de boucler complètement Gaza ? Entre le 5 et le 30 novembre, seuls 23 camions de vivres ont pu entrer dans le territoire, alors qu'en moyenne 3 000 camions par mois sont nécessaires pour répondre aux besoins du million et demi de Gazaouis. Mais visiblement ni les bombardement israéliens ni le blocus ne sont considérés comme des actes d'agression par les dirigeants du monde impérialiste et par leurs soutiens. La politique militariste et agressive des dirigeants israéliens leur rend bien trop service, en maintenant une menace permanente contre les peuples de la région, y compris contre l'intérêt de la population israélienne qui serait de trouver le moyen de vivre en paix et de coopérer fraternellement avec ses voisins". D'autre part, un article de mars 2006 de Lutte de Classe : "La montée islamiste, les fruits amers de la politique impérialiste" : "On est loin là aussi d'une ferveur religieuse qui porterait subitement une fraction de la population vers les partis s'appuyant sur les préceptes islamiques. C'est le discrédit des politiciens en place face au dévouement des militants islamistes d'une part, les aides matérielles que perçoivent et peuvent redistribuer les partis religieux d'autre part, qui permettent le renforcement et le succès des islamistes sous leurs différentes moutures. Mais c'est d'abord et surtout la politique de l'impérialisme, dont finalement la politique menée localement par Israël n'est qu'un aspect, qui contribue à rejeter les masses des pays arabes et musulmans du côté des politiciens islamistes. Aux conséquences sociales dévastatrices de la mainmise de l'impérialisme, à commencer par celle de ses compagnies pétrolières, s'ajoutent la brutalité et le mépris affichés dans les opérations militaires, celles des États-Unis ou de leurs alliés en Irak comme celles d'Israël en Palestine. En même temps, les courants nationalistes nés dans les années cinquante et soixante sont arrivés l'un après l'autre dans une impasse. Ils se sont montrés incapables, non seulement de secouer vraiment la mainmise impérialiste sur le Proche et le Moyen-Orient, mais même de mettre en place des régimes qui soient autre chose que des dictatures sur leur population et qui améliorent un peu les conditions de vie de celle-ci.". 
  • Sur la question des médias, Rouge revient dans "Carnage à Gaza" sur les expressions qui sont courantes dans les médias et qui, somme toute, occultent la réalité : "Le mot « guerre » par exemple, qu’utilisent la plupart des médias occidentaux, est particulièrement déplacé, car il s’agit bel et bien d’un face-à-face entre l’une des plus fortes armées du monde et une population civile, faite d’un million et demi de femmes, d’hommes, d’enfants, de vieillards. Une armée dont l’aviation a bombardé, pendant plusieurs heures, le centre de Gaza, ville dont la densité de population est l’une des plus fortes au monde ; une armée qui utilise l’artillerie, dont tous les experts reconnaissent l’absence de précision ; une armée qui, en lançant l’opération terrestre, annonce ouvertement que tout ce qui se trouvera sur son chemin sera considéré comme une cible légitime. Il s’agit donc bel et bien d’un carnage, d’un massacre prémédité et planifié." Ou encore : "Israël ne « riposte » donc pas à des attaques palestiniennes en provenance de Gaza, mais il continue à occuper brutalement un territoire palestinien et sa population. L’invasion terrestre signifie l’échec de la stratégie du siège de la Bande de Gaza : après un an et demi d’embargo total, dans lequel l’État égyptien a joué un rôle particulièrement sinistre, le gouvernement élu est toujours en place et jouit du soutien de la majorité de la population. Comme on devait s’y attendre, la punition collective imposée à la population de Gaza a poussé ceux des Gazaouis qui n’étaient pas favorables au Hamas à faire front avec lui, et l’aspiration à l’union nationale est quasiment unanime. Si le but de l’opération militaire israélienne est de séparer la population du gouvernement qu’elle a démocratiquement élu, elle a d’ores et déjà échoué, car c’est méconnaître les Gazaouis que de croire qu’ils vont capituler sous les bombes et les menaces de petites ganaches comme Ehud Barak". Pour compléter l'analyse sur le traitement médiatique du conflit, on pourra également lire : les papiers d'Acrimed : "Médias en guerre (1) : Sous couvert de neutralité" et "Médias en guerre (2) : De sources bien informées ?" et cet article de l'historien Uri Avnery, "Israël face à la conscience des peuples".
  • enfin je vous conseille les quatres papiers proposés par Alain Gresh dans Nouvelles d'orient : "Gaza, « choc et effroi » (I)", "Gaza, « choc et effroi » (II)", "Libérer les Palestiniens des mensonges de Bernard-Henri Lévy" et "Gaza, le droit, la « disproportion » et les « barbares »"...
A suivre...