Hypothéque sur la zone économique spéciale : Jafza s'eloigne du Sénégal

Publié le 16 janvier 2009 par Black2004

Les Emiratis de Dubaď perdent de l’argent dans la crise financičre internationale, et en plus, la situation politique du Ghana, et les potentialités économiques de ce pays, ont rendu ŕ leurs yeux, ce pays plus attractif que le Sénégal. Du coup, la prochaine de Zone économique spéciale (Zes), que le Président Wade promet pour l’année prochaine, semble s’éloigner fortement.

La Zone économique spéciale intégrée de Diass (Zesid, ou plus couramment, selon les initiales anglaises Disez), sortira-t-elle un jour de terre ? Plusieurs personnes, proches des milieux d’affaires, des membres des chancelleries étrangčres, comme dans les allées du pouvoir, en doutent de plus en plus. Elles considčrent, pour la plupart d’entre elles, que la crise financičre qui frappe l’économie du monde développé, et qui a fortement affecté l’Emirat arabe, ajoutée ŕ la transition politique réussie au Ghana, ont fini par enterrer le projet cher au Président de la République, Me Abdoulaye Wade. Ceux qui ont informé Le Quotidien assurent que les autorités sénégalaises, au plus haut niveau, ont été informées que les financiers émiratis ont mis le projet de la Disez sous le boisseau.
Rien sur le terrain
Ces gens considčrent que le chef de l’Etat, dans son dernier discours ŕ la Nation, a voulu jeter de la poudre aux yeux, ŕ moins que ce ne fut qu’une séance d’autosuggestion, d’une personne qui veut se convaincre qu’il suffirait d’évoquer une chose pour qu’elle se réalise. Le Président Wade assurait en effet le dernier jour de décembre : «Prévue dans le périmčtre de Diamniadio-Bargny, en partenariat avec Jebel Ali Free Zone de Dubaď, la Zone Economique Spéciale, Zes, pour un investissement de 800 millions de dollars, soit 400 milliards de francs Cfa, comprendra une zone industrielle et une zone franche commerciale  avec d’importantes infrastructures. La Zes devrait accueillir 400 entreprises au cours des cinq prochaines années, 40 000 salariés en emplois directs et 100 000 en emplois indirects. Dčs 2010 les premičres entreprises seront installées.»
En fait, la situation du projet est un peu plus ŕ l’est que ne l’indique le président. Comme son nom l’indique, le projet est plutôt prévu entre Diamniadio et Diass, sur plus de 10 000 hectares. Les travaux d’aménagement auraient dű prendre fin en 2008, pourtant, un tour dans la zone de Diass permet de se rendre compte que rien n’est fait. A part une clôture en fer par endroits, rien ne permet de penser que sur ces lieux devrait s’établir la seconde zone industrielle et des affaires du Sénégal.
On se rappelle que la question du retrait de Jebel Ali free zone authority (Jafza) avait déjŕ été posée il y a un peu plus d’une année, quelques temps aprčs le désistement des Américains sur le projet d’aménagement de la zone voisine de Diamniadio. Les similitudes et la concurrence qui allaient se créer sur les deux zones avait poussé les Américains ŕ renoncer ŕ avancer les fonds qu’ils voulaient consacrer ŕ Diamniadio. Or, au départ, les autorités sénégalaises voulaient faire aménager la zone de Diamniadio par les Américains et en confier la gestion ŕ l’opérateur émirati. Ce que les compatriotes de George W. Bush n’entendaient pas accepter, privant le Sénégal de plus de 400 milliards de francs Cfa d’investissement environ.
Il avait été dit que le lâchage américain avait poussé les Emiratis ŕ revoir leurs plans. Mais en novembre 2007, le responsable de Jafza chargé du dossier de Diass, M. Edgar Julienne avait nié toute idée de délocalisation du projet dans un autre pays d’Afrique de l’Ouest ou du Centre, notamment au Ghana. Et pour renforcer ces déclarations, une convention a été signée en janvier de l’année derničre, entre l’Etat du Sénégal, représenté par l’Agence nationale pour la promotion de l’investissement et des grands travaux (Apix) et Jafza, en présence de son président. Le groupe émirati promettait d’investir environ 800 millions de dollars américains, environ le męme montant que les Américains avaient promis pour Diamniadio.
L’election au Ghana, un sale coup
 Or, aujourd’hui, des personnes trčs bien informées sont convaincues que le Ghana a fini par damer le pion au Sénégal. Elles signalent que le gouvernement précédent du Ghana avait déjŕ élaboré un code des investissements des plus incitatifs, et offrait des avantages, en termes de disponibilité foncičre, qui n’existent pas au Sénégal. «La découverte du pétrole, dont l’exploitation va commencer ŕ la fin de cette année, est un élément nouveau qui va encourager encore plus d’investisseurs ŕ se tourner vers ce pays», souligne un diplomate étranger. Cela, d’autant plus que le pays a levé la seule hypothčque qui gęnait les investisseurs étrangers.
«Les derničres élections dans ce pays ont permis une transition pacifique entre le pouvoir et l’opposition, montrant que les investissements opérés dans ce pays ne courent pas de risque», note avec envie, un fonctionnaire sénégalais.
Car Jafza ne peut financer, sur le littoral atlantique, deux projets de cette envergure, qui seront fatalement concurrentes. En ce moment de crise économique, les capitalistes arabes ne vont pas jeter de l’argent par les fenętres, alors qu’ils en ont tant besoin.
Le petit émirat du Golfe arabo-persique, qui s’est spécialisé dans la création de zones franches commerciales, et qui lui-męme en abrite un trčs grand, souffre terriblement de la crise financičre internationale. Au point qu’il a connu la délocalisation de plusieurs entreprises, qui fuient le prix du loyer ŕ Dubaď. La finition de la plus haute tour du monde, le Burj Dubaď, qui devait atteindre les 800 mčtres, mais qui n’en est «qu’ŕ» 688m, a été stoppée, faute de financement, plusieurs des clients potentiels ayant renoncé ŕ leurs réservations. Ce passage ŕ vide pour le pays, représente un fort manque ŕ gagner, qui pousse, entre autres, ŕ sacrifier des projets de prestige, ou mal ficelés, comme celui du Sénégal, indiquent des diplomates occidentaux.