Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa

Publié le 05 décembre 2008 par Louvre-Passion

Après avoir visité l'exposition «Bonaparte et l'Egypte, feu et lumières» de l'institut du monde Arabe, j’ai repensé à ce tableau de Antoine-Jean Gros intitulé «Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa» exposé au premier étage de l'aile Denon. A propos de la campagne d'Egypte de 1798 je rappellerais brièvement que cette expédition fut un échec militaire et politique. Si Bonaparte réussit assez facilement la conquête de l’Egypte, sa flotte est détruite par les Anglais et au bout d'un an il quitte le pays en catimini laissant son armée qui est finalement capturée par les Anglais. Pourtant il eut l’idée géniale d'emmener plus de 160 savants qui par leurs relevés, leurs dessins et leur peintures firent découvrir l'Egypte et ouvrirent la voie aux découvertes de Champollion.

Pourquoi subsiste-t-il de cette expédition une image plutôt positive ? En fait les récits des savants et des soldats mirent en lumière son côté romanesque qui fut assimilée à l’exploration d’une contrée étrange et inconnue à l’époque. Les descriptions donnèrent naissance à « l’égyptomanie » dans les arts et la décoration, mode qui bénéficia au régime impérial.


Ce tableau est basé sur un fait réel, une partie de l'armée fut atteinte de la peste en mai 1799 ce qui n’est pas étonnant car personne n’était préparé au pays et au climat. Par exemple les soldats sont partis avec des uniformes plus adapté à la guerre des Flandres qu’à l’Afrique du nord. A la suite de cette épidémie, Bonaparte rendit visite aux malades de la peste hospitalisés à Jaffa.

Devenu l'empereur Napoléon Ier, il commanda une toile relatant cet épisode à Antoine-Jean Gros. Dans sa composition le peintre magnifie le courage de Napoléon qui avance au milieu des soldats contaminés et touche même les plaies de l'un d'entre eux. Ce geste fait référence à la tradition des rois de France qui étaient censés guérir les écrouelles en les touchant (les écrouelles sont des abcès d'origine tuberculeuse atteignant les ganglions du cou). Le rite, dont la tradition remonte au XIe siècle, se déroulait ainsi, le roi touchait les malades de ses mains en prononçant la formule : «Le roi te touche, Dieu te guérit». Le tableau met en valeur Bonaparte au centre, dans la lumière, alors que les côtés sont dans la pénombre, son geste est déjà celui d’un souverain et les malades se tournent vers lui en l’implorant.

Le peintre Antoine-Jean Gros (1771 – 1835) fut remarqué par Joséphine au cours de la campagne d'Italie. En 1801 il devient l'un des peintres officiels du régime et baron d'empire, peignant les campagnes militaires de la Grande armée et les dignitaires de l'entourage de l'empereur.