trop belle pour moi

Publié le 21 janvier 2009 par Titiparis
Aller à la salle de sport relève du parcours du combattant.
Je viens de filer ma carte et de prendre ma serviette. Je me dis qu'il va falloir éviter de trop transpirer parce que la seconde est payante (2 euros). C'est révoltant vu le prix de l'abonnement. L'envie de repartir me démange aussitôt. De toute façon j'avais la flemme. J'essaye de me motiver en récitant les innombrables points positifs à faire face à mon destin immédiat... Pas si terrible que ça ? Bah voyons.
Visite guidée des lieux en 4 étapes :
Étape 1 : L'entrée des vestiaires
Tiens, la porte est ouverte. C'est bon signe. Je vais tenter d'anticiper la course effrénée des divas ultra pressées qui, même lorsqu'un bus fonce sur elles, ne sauraient s'arrêter en si bon chemin. Les statistiques sont assez mauvaises : 1,2% dit "merci" lorsque tu la laisses passer. Le 0,2 peut paraître anodin, mais j'ai pris en compte celles qui se sentent obligées de te signifier que les bonnes manières inculquées par leur mère abusive sont parfaitement intégrées. Mais si ces starlettes le pouvaient, elles t'éclateraient la tête contre le mur avec leur gros muscles parce que leur dignité c'est un laisser-passer à vie. Tout un art qui réside dans un port de tête irréprochable et dans un déhanché à la fois viril et sensuel. Je n'y arriverai jamais. Qu'à cela ne tienne, ne nous décourageons pas pour si peu. Je ne suis pas là pour ça moi ...
Étape 2 ; Le casier
Mon choix est stratégique et se fait généralement selon deux critères :
- Pas trop dans le passage pour ne pas se faire bousculer par quelques créatures victimes de leur masse musculaire et de l'aura considérable qui les enveloppe. Inutile de lutter, le vestiaire est un lieu où le va-et-vient continu ne saurait contrarier le flux intarissable des confidences publiques et autres éclats de rires à Oscar.
- Plutôt dans la rangée du haut, c'est plus pratique et cela épargne mon dos qui va être mis à rude épreuve. De toute façon, je n'aurai probablement plus la force de me baisser après ma séance...
Absorbé par ma recherche, je réalise que je ne m'entends même pas penser. Un énergumène au look improbable et indescriptible hurle dans son téléphone. Ce besoin d'exister à ce point me paraît suspect et j'en déduis qu'il parle certainement à sa boite vocale.
Tiens, je ne suis visiblement pas le seul à être exigeant en termes de casiers car tous ceux du dessus sont déjà occupés. Ah, non, y'en a un... Désolé, parfois je m'en veux d'être aussi persifleur. Si, si.
Etape 3 : Les escaliers
Pour les impératrices et les stars, la descente d'escalier est un exercice particulièrement délicat mais je dois reconnaître que nos divines camarades stéroïdées le maîtrisent parfaitement. Nous pouvons supposer qu'elles s'exercent régulièrement à monter puis descendre (et inversement) les marches des cages d'escalier de leurs immeubles. Bien-sur que cela muscle les fessiers quand tu te tiens bien droit et que tu dodelines la tête. Pour le regard en coin légèrement méprisant, je n'y vois pas de fonction sportive manifeste. C'est juste pour le plaisir. En revanche, j'ai finalement résolu l'énigme des arrêts intempestifs à mi-parcours qui obstruent la circulation. Le fameux onzième commandement : une diva arrête sa course lorsqu'elle croise la route d'une consoeur. Les petits cris hystériques trahissent la complicité (voire plus) qui unit nos deux reines de beauté. Effectivement, de la salle de sport à Cannes, il n'y a qu'un step. Le merveilleux ficus étrangement vert est malheureusement en plein dans le passage. L'espace pour passer est donc particulièrement exigu. Le dernier danger que j'ai repéré provient du panneau innocemment placé au-dessus des coussins. En effet, la vue de cette mention à cinq lettres peut, dans la panique, affoler celles qui savent lire.
Etape 4 : Bah maintenant faut s'y mettre
Maintenant la méthode globale assimilée, il faut prendre son courage à deux mains. C'est un minimum. Les plus souples mettent les pieds à contribution. Les plus mauvaises, la langue.
Je dois avouer que cette photo me rassure à chaque fois que je la regarde. Peut-être que moi aussi, un jour, je saurai comment faire des étirements après 1h30 de course, de vélo elliptique, de machines, de fonte et d'abdos sans être à bout de souffle, juste un peu avant l'article de la mort. Rien à faire, moi, je sue la dernière goutte d'eau qui reste dans ce corps déshydraté et sollicité dans ses moindres recoins musculaires et nerveux. J'ai fini ma séance. Je regarde droit devant moi pour ne pas croiser le regard condescendant de quelques précieuses ridicules pourtant absorbées par des considérations métaphysiques sur le sens du monde. Le slalom s'avère difficile. Je tombe forcément sur un coach sportif spécialisé en conseil physiologique dont l'air blasé et perplexe me rappelle précisément celui des G.O. du Club Med (tout court), lessivés par les monstres hyperactifs pré-pubères que je cotoyais au Mini Club. Je tente de controler mes jambes flageolantes et de continuer mon chemin vers les vestiaires. Alors que je m'apprête à affronter les 3 premières étapes dans l'ordre inverse, des effluves de testostérone déambulent devant moi et me rappellent à quel point, il faut souffrir pour être belle. Sans que ça se voit que tu souffres, mais pas que t'es trop la plus belle.
Douche. Plutôt chaude si possible...