Lenteur

Publié le 24 janvier 2009 par Marc Lenot

Les Temps Tiraillés, spectacle montré au Centre Pompidou ces derniers jours, est d’abord le fruit d’un travail en commun d’un compositeur Georg Friedrich Haas et d’une chorégraphe, Myriam Gourfink. L’un compose, pour basson, alti et électronique, des musiques d’une infinie lenteur, comme si, dit-il, il y avait dix touches intermédiaires entre chaque touche de piano, avec des ‘glissanti’ infiniment longs.

L’autre, en même temps, écrit des chorégraphies où les corps s’enroulent et se déroulent dans des mouvements imperceptibles, quasi immobiles, précis et fluides. L’un n’est pas au service de l’autre ou vice-versa, les deux ont avancé en parallèle, avec la surprise de leur confrontation finale. Cela crée à la fois de la tension et de l’harmonie. Ce petit extrait de film est très éloquent (Aller sur ‘Images d’une oeuvre n°6′)

La musique électronique domine les vingt premières minutes; il y a ensuite vingt minutes de quasi silence, et c’est très beau, cette danse silencieuse. La fin de l’heure est accompagnée de musique de chambre simplement amplifiée par l’électronique. Trois ambiances musicales différentes, trois perceptions différentes, mais une même unité de danse.

La chorégraphie se fait en direct. Myriam Gourfink est sur scène devant son ordinateur. Au dessus des têtes des sept danseuses, une vingtaine d’écrans sur lesquels la chorégraphe envoie en direct ses ‘instructions’ en notation Laban. Les danseuses, l’air de rien, regardent ces écrans, y notent leurs instructions (promènent leur regard une deuxième fois si elles n’ont pas tout saisi au premier passage, me confie l’une d’elles) et vont dans la zone qui leur est assignée faire les gestes qui leur sont prescrits. Pas d’improvisation, ni d’aléatoire, mais un montage en direct et en ‘live’, une adaptation de chaque instant, qui contribue à cette sensation de fluidité discrète qui infuse toute la pièce.

Sur scène aussi, une vidéaste, elle aussi devant ses claviers. Les caméras sont dissimulées et les images des danseuses, remixées, détaillées, fragmentées sont projetées aux murs. Autant les jeux d’ombre dédoublent joliment sur le mouvement des corps, autant les gros plans des visages m’ont plutôt distrait et m’ont semblé saper la pure cohérence globale du spectacle (idem pour les costumes des danseuses, jupettes arachnéennes trop ‘jolies’ : on aurait préféré plus de pureté).

Mais ce ne sont que des critiques minimes pour un spectacle fascinant de pureté et de lenteur. Outre la conjonction de ces deux créations, l’importance donnée à la notation et l’utilisation de l’informatique, dans les deux disciplines, introduisent aussi une complexité et une tension très intéressantes.

Photos du spectacle © Eric Legay.

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