Le Crocodile rouillé de Dominique Louise Pélegrin

Par Grandlivredumois

Un ingénieur est envoyé par sa société dans un pays pauvre du Sud. Sa femme et ses huit enfants, âgés de deux à quinze ans, le suivent. Le dépaysement est total, l'adaptation difficile, les surprises ne manquent pas. L'aîné rêve de profiter de l'exotisme ambiant pour faire enfin l'amour. Le petit dernier, déboussolé, hurle toutes les nuits. Les autres se réfugient dans un monde féerique où des langues imaginaires ne cessent de s'inventer.

Racontée par la bouche des enfants - appelés la Grande Couvée - l'expérience devient désopilante. Elle est l'occasion de croquer avec justesse les Français de l'étranger, mais aussi d'illustrer combien le vrai aventurier des temps modernes est moins l'expatrié que le père ou la mère de famille nombreuse.
Un style vif et jubilatoire pour retrouver le monde merveilleux de l'enfance.

Portrait chinois

Si l'enfance était un nom ?
Une prairie : cette prairie-là s'appelle gazon, mais le z est encore loin au bout de l'alphabet, on ne sais pas l'écrire, simplement dessiner au feutre vert de grandes hachures qui figurent des herbes. On y place des bonshommes bleus avec des mains comme des fleurs et des pattes de flamands roses.

Un verbe ?
Polliniser. Dès l'enfance, on l'a repéré : dans la prairie, ça pollinise à tout va, un monde énorme et pourtant souriant mène ses affaires sous nos pieds, devant notre nez. Les pétales ne sont jamais que la lingerie fine sur le sexe des plantes, les boutons sont associés à des glandes qui secrètent le nectar, tandis que les insectes câlinent des pistils.

Une expression ?
"Face aux adultes, il faut savoir tenir ses langues." Extrait du code d'honneur de la Grande Couvée.

Un temps de conjugaison ?
L'irréel du présent, parfois appelé conditionnel, mais ça fait repris de justice ! C'est le temps des enfants. Exemple : "on serait des eskimos en hiver et nos enfants seraient perdus sur la banquise..."

Un signe de ponctuation ?
Un point. C'est encore le signe des enfants. Il permet, joyeusement, d'en finir avec la phrase qui précède et de passer à autre chose.