Le CSA demande aux radios de décompter le temps de parole de 1.800 personnalités

Publié le 02 février 2009 par Torapamavoa Torapamavoa Nicolas @torapamavoa

L’autorité de contrôle et de surveillance des médias, qui célèbre ses 20 ans d’existence, demande subitement aux radios nationales de décompter le temps de parole de 1 800 personnalités
Révolution dans les radios nationales. Depuis le 1er janvier, le Conseil supérieur de l’audiovisuel les oblige à décompter le temps de parole des intervenants politiques dans toutes leurs émissions (informations, culturelles, divertissements), y compris en dehors des périodes électorales.

L’autorité de contrôle et de surveillance des médias, qui célèbre ses 20 ans d’existence, demande subitement aux radios nationales de décompter le temps de parole de 1 800 personnalités
Révolution dans les radios nationales. Depuis le 1er janvier, le Conseil supérieur de l’audiovisuel les oblige à décompter le temps de parole des intervenants politiques dans toutes leurs émissions (informations, culturelles, divertissements), y compris en dehors des périodes électorales.
« Nous demandons simplement aux radios d’appliquer la loi comme le fait la télévision », se défend-on au CSA. Cette loi, dite des trois tiers (un tiers du temps de parole à l’opposition, un tiers à la majorité, un tiers au gouvernement, sans comptabilisation du temps de parole du président de la République) date de 1986.
Pourquoi ce changement subit ? L’explication donnée par le CSA est un peu vague : « Avec l’apparition de la TNT en 2006, nous n’avions plus les moyens de faire correctement ce contrôle. C’est pourquoi, nous avons demandé aux chaînes de télévision de nous fournir leurs chiffres. Nous ne l’avions pas demandé aux radios, car leur économie nous semblait plus fragile. Mais après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, les pratiques et les temps changent. »
Cali, classé dans "l'opposition", Duteil dans la "majorité"
Le plus cocasse est à venir. Dans un souci louable de « faciliter le travail des radios », le CSA a établi une liste de 1 800 « intervenants politiques ». Pour chacun, il indique la fonction, l’étiquette et la catégorie dans laquelle il faut le ranger : présidence de la République, gouvernement, majorité, opposition, parti non représenté, autre forme parlementaire…
Or, cette liste n’est pas sans surprises : Bernard Kouchner, depuis le 18 mai 2007, s’y voit tantôt défini comme membre de « divers gauche » (donc de l’opposition), tantôt comme ministre. On y trouve s scientifiques, des artistes… Le chanteur Cali, « adhérent du PS », ou le sociologue Jean-Louis Missika, « conseiller municipal PS », sont comptabilisés dans « l’opposition » ; tandis qu’Yves Duteil (maire et adhérent UMP), Doc Gyneco (adhérent UMP), Johnny et Laeticia Hallyday (adhérents UMP) et même Denise Fabre (conseillère municipale UMP) rentrent dans la « majorité ».
« La liste doit être appliquée avec souplesse, explique le CSA. S’il y a des erreurs, on les corrigera ! » Mais Philippe Meyer, qui anime une émission sur France Culture, ne décolère pas : « Cette liste est stupide : je suis classé “MoDem” alors que je n’en ai jamais été membre… Elle a été réalisée par des incompétents. Est-on sûr qu’elle est au service de l’indépendance des médias ? » La direction de Radio France prend en tout cas l’affaire au sérieux.
"C’est la qualité du locuteur qui compte et non ses propos"
« D’autant que Jean-Paul Cluzel (le président de Radio France) est candidat à sa propre succession en mai prochain », souffle-t-on du côté de la Maison ronde. « Le CSA nous demande de faire respecter des textes que personne ne respectait… Nous lui obéissons », assure Michel Polacco, secrétaire général de l’information de Radio France.
La directrice adjointe de France Culture, Laurence Bloch, a écrit une lettre à tous ses collaborateurs, leur demandant de tenir compte désormais de « tous les propos tenus, quelle que soit leur nature (politique, privée, de nature culturelle, culinaire ou tout autre). Autrement dit, c’est la qualité du locuteur qui compte et non la nature des propos. » De sorte que Dominique de Villepin, invité pour parler de son dernier livre sur Napoléon, ou Philippe Séguin, intervenant sur le football, seront « comptés ».
« Pour respecter cet équilibre sans dénaturer nos programmes, poursuit Laurence Bloch, il faut donc impérativement que vous consultiez la liste des intervenants politiques établie par le CSA, dès que vous avez le sentiment qu’un invité pourrait être classé “intervenant politique”, et ne l’inviter que s’il y a une réelle nécessité éditoriale après discussion avec Bruno Patino (NDLR: le directeur de France Culture) ou moi-même. »
Les journalistes perplexes
Une nouvelle règle qui laisse perplexes journalistes, producteurs et animateurs. Certains y voient une tentative subtile de reprise en main politique. L’ajustement réclamé risque en effet de modifier « les couleurs » des antennes. L’intersyndicale des journalistes de Radio France, associée à la société des journalistes, a ainsi « invité les journalistes à ne pas tenir compte de cette directive ».
Chargé par Radio France de comptabiliser les temps de parole pour les transmettre au CSA, Ali Mouhoub, de la société Yacast, explique que tous les programmes de Radio France sont écoutés ; dès qu’un opérateur entend une intervention politique, il la compte à la seconde et il consulte la liste du CSA pour l’attribuer dans un camp.
« Nous distinguons la personne qui doit sa notoriété à son engagement politique de celle qui la doit à une autre activité. Le temps de parole du premier est systématiquement compté. En revanche, pour le second, nous ne comptabilisons que sa parole politique : si Philippe Torreton parle de théâtre, on ne compte pas, mais on le fait s’il commente l’action du gouvernement, puisqu’il est conseiller municipal PS », nuance Ali Mouhoub.
À Europe 1, la nouvelle mesure ne fait pas de vagues. « Nous avons pris acte de cette demande du CSA et nous l’appliquons, explique Laurent Guimier, directeur de la rédaction. Nous comptions les temps de parole de nos invités politiques pendant les campagnes électorales. Notre outil existe, nous l’utilisons désormais tous les jours. Si on a un doute, on appelle le CSA. »
Laurent LARCHER
source:http://www.la-croix.com/