L'Etrange histoire de Benjamin Button (2009)

Par Juliea

Cette semaine est sortit sur les écrans français, le magnifique film de David Fincher L'étrange histoire de Benjamin Button. Je vous en avais déjà parlé sur ces pages lors de la présentation de la bande annonce qui montrait quelques images d'une Cate Blanchett danseuse. Il est temps de s'attaquer au film qui va bien plus loin que ces quelques plans.
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L'étrange histoire de Benjamin Button
(The Curious Case of Benjamin Button)
USA, 2009
Réalisateur: David Fincher
Chorégraphies: Michelle Johnston
Abandonné par son père alors que sa mère vient de mourir en couches, un étrange nouveau-né aux allures de vieillard est recueilli par une infirmière d'une maison de retraite de La Nouvelle-Orléans. Benjamin est né vieux mais rajeunit de jour en jour…
Autant annoncer la couleur tout de suite, j'ai eu du mal à rédiger ce billet. J'ai vu le film il y a deux semaines, je voulais m'y attaquer tout de suite et puis, ça ne venait pas. Le film est trop riche, trop émotionnel aussi, pour que j'arrive à poser mes idées comme je le voudrais. Une révision s'est même imposée. Allons-y…

Commençons par le plus simple, le plus évident dans le cadre de ce blog, les scènes de danse. Tout d'abord notons que le personnage de Daisy est introduit à Benjamin et par là même au spectateur par l'intermédiaire de la danse, celle-ci faisant son entrée dans le film en demandant à sa grand-mère de la regarder exécuter une pirouette dans le jardin de la maison de Benjamin. Dès lors elle sera définie par ce trait. Daisy est une danseuse née.

La première séquence mettant en scène de la danse à proprement parler nous montre l'audition de Daisy pour intégrer l'American City Ballet à new York. La scène se compose de trois plans, où la demoiselle s'exécute devant un jury enchainant des pirouettes, sauts et tours fouettés montrant la progression de la difficulté au fur et à mesure qu'elle passe les épreuves de l'audition.

Plan 1. La pirouette

Plan 2. Les sauts

Plan 3. Tours fouettés

Une séquence similaire suit cette première dans la quelle Daisy, danseuse dans le corps de ballet de la fameuse compagnie, passe une autre audition pour cette fois-ci devenir première danseuse.

Troisième séquence, la fameuse en robe rouge que l'on voit dans la bande annonce et qui a servi pour les photos promo du film. Daisy, pieds nus, dans un kiosk en plein air, face à un Benjamin fasciné, improvise quelques pas, suis l'impulsion du moment, se laisse portée par une musique lointaine et le rythme de sa voix et donne ainsi corps au discours qu'elle a tenu quelques minutes plus tôt au sujet de la modernité en danse. "It's a whole new world for dance now. It's called abstract. […] They just torn up all those convensions.[…] It's all about the formality of the dance. It's new, it's modern, it's Americain, they understand our vigor, our physicality". Une modernité qui se voulait jouer sur la libération du corps du danseur classique et qui trouve son écho dans les avances que Daisy fait à Benjamin.

La quatrième séquence est un extrait du Dream Ballet du deuxième acte de la comédie musicale Carousel, qui avait remporté un franc succès sur Broadway dès son ouverture en 1945. Cate Blanchett y apparaît une fois de plus radieuse et parfaite dans son rôle de première ballerine réputée dans le milieu. Le tout parfaitement bien filmé par un David Fincher qui joue sur les contres jours, plans d'ensemble et gros plans sur les visages.
NB: Je n'ai pas réussi à trouver pour le moment de preuve qu'il s'agissait là de la chorégraphie originale écrite par Agnes De Mille en 1945, le show ayant été réadapté sur Broadway à trois reprises (1949, 1957 et 1994). Cependant les vidéos disponibles sur YouTube montrent des chorégraphies dont l'écriture reste dans la même veine.

Cette séquence est suivie d'une petite scène dans une soirée post spectacle entre danseurs au cours de laquelle Daisy et s'est amis twiste dans un loft newyorkais. Un court instant de détente fort sympathique, très juste et remarquablement dosé.

Arrive ensuite la séquence de l'accident qui nous montre dans un montage alterné, Daisy répétant à l'Opéra de Paris. Ici l'intérêt ne réside pas dans les mouvements en eux même mais dans leur alternance avec tous ces évènements qui mènent à l'accident, la tension qu'ils créent à cet instant. Mettre en scène cet accident destructeur de la carrière de Daisy à la sortie même d'une répétition de danse, alors qu'elle ne peut s'empêcher de pointer ses pieds dans les douches ou de passer la porte en dansant, donne plus de poids encore à cet évènement.

Nous retrouvons quelques années plus tard Daisy reconvertie en prof de danse. L'occasion de nous montrer une fin de cours et une Daisy essayant de retrouver sa grâce d'entant. Dans cette scène, une fois de plus, ce ne sont pas les pas de danse qui y sont exécutés qui importent mais le discours qu'elle apporte sur la question du corps du danseur. "Dance is all about the line. Line of your body. Sooner or later you lose that line. You never get it back.". Une phrase qui fait directement écho à la discussion entre Daisy et Benjamin à la suite d'une une séance de rééducation douloureuse.
"You know you might have got few more years out of it, but you chose to do something so special and unique… it was only a short window of time. So if nothing had ever happened you would still be where you are right now." lui dit Benjamin pour la consoler ce à quoi Daisy répond:"I just don't like getting old".

Le film se termine sur une dernière image de Daisy enchainant les tours fouettés dans un opéra. "… and some dance."

Vous l'aurez compris, bien plus qu'un film montrant à voir quelques scènes de danse bien senties, Benjamin Button est une œuvre sur le temps qui passe, sur l'impermanence des choses, des passions, des corps, surtout et de la danse, aussi. Derrière l'épopée de Benjamin et Daisy, se cache un discours sur le métier du danseur et son corps. Un métier éphémère modelé par le temps, dépendant d'un corps fragile et en perpétuel changement. Un corps outil primordial transformé par un métier exigeant. Un corps qui épouse les formes d'une Cate Blanchett parfaite dans le rôle. De ses pieds en légère première position à son port de tête, l'actrice a réussi à incorporer de façon tout à fait subtile les moindres détails qui créent la posture de la danseuse classique au quotidien.

Et si vous voulez en lire une critique non axée danse, vous pouvez lire celle écrite par Nico pour FilmDeCulte
Note: