J'ai lu pour vous...

Publié le 08 février 2009 par Aurélien Boillot

PORTRAIT DE MOUCHES ou LES SONGES DROLATIQUES DE PANTAGRUEL
A une époque où triomphent le politiquement correct ainsi que l’imagerie médiatique et informatique, Pierre Jourde a raison de souligner à quel point peut paraître exotique et fascinante l’”époque-monstre” que constituent la Renaissance et le Baroque, où, comme “il existait encore ce que l’on appelle corps et ce que l’on appelle peuple”, on se repaissait autant de crotesques et de drolleries que “d’une érudition brute, énorme, indigeste”, on “ne craignait pas d’être de mauvais goût”, “la langue conservait ses bigarrures et ses aberrations”, “le peuple et le corps n’étaient pas exclus du texte” (à retrouver dans le texte).
Ce livre a un dessein bien précis : donner à voir Les Songes drolatiques de Pantagruel. Dans la première édition, établie en 1565 par Richard Breton, et donner à lire en même temps les subtils commentaires de Pierre Jourde. Lequel refuse de réduire ces “120 gravures étranges et monstrueuses” faussement attribuées à Rabelais, et dont l’auteur reste donc anonyme. Leur présence tient plutôt de l’allusion, du jeu, de l’accessoire. La fantaisie, ici, excède de très loin les besoins d’une éventuelle satire, et c’est elle qui frappe et réjouit d’abord. Le plaisir vient de cette gratuité. Ces créatures ne paraissent pas obéir à un sens contraint. Elles sont issues d’un inépuisable réservoir des formes.

Mais de quoi est-il question exactement dans ce Portrait des mouches ? De ces “bêtes microscopiques” associées à la pourriture dont la généalogie remonte à Pantagruel. Dans ces mouches qui, issues d’une double tradition, à la fois savante et populaire, font songer à Bosch et Breughel, Pierre Jourde voit une représentation symbolique de la parole originelle et parodique de la mélancolie. En fait, les Songes nous plongent dans un enfer où “le bien est l’autre face du mal, le vide de la plénitude, la truculence de l’angoisse” (64). Ce lieu où s’opère la réversibilité des contraires est précisément celui de la monstruosité : lieu de tensions entre dedans et dehors, surface et profondeur, décoratif et représentatif, sens et non-sens, forme et informe, humanité et animalité, charnel et spirituel, matière indifférenciée et singularité ontologique.


"Il est où le petit monstre ? "

ps : Retrouver la critique de Fabrice Thumerel. Website : http://www.t-pas-net.com/libr-critique/?p=662
Parce que votre hôte a été très feignant sur ce coup là !!!!