Moussa Konaté : L'empreinte du renard

Publié le 06 novembre 2008 par Gangoueus @lareus
Photo Pays Dogon par Karin in Paris Je n’ai pas creusé la question. A savoir pourquoi à l’évocation du pays Dogon, je pense naturellement au mystère, à l’inconnu, au fantastique africain. Certes, on peut imaginer que quelques éminentes têtes grises comme Marcel Griaule se sont immergés dans ce peuple marginal du Mali et ont certainement contribué à leur renommée en Occident. Parce que des peuples particuliers, on en trouve un peu partout en Afrique. Prenez les Lobis du Nord est de la Côte d’Ivoire par exemple. Leur singularité et leur attachement à leurs croyances ancestrales ne sont pas des légendes. Mais les Dogons…
Imaginez alors un polar dans ce contexte exotique. L’écrivain malien – que je découvre par la même occasion – a eu l’audacieuse idée de placer son action à Pigui, village Dogon encastré dans la falaise. Suite à un différends entre deux amis au sujet d’une ravissante demoiselle, un duel à mort voit la disparition Yadjé, le fiancé de la belle. Némégo, le félon survit malgré des blessures graves à la chute dans le vide dans laquelle il a été entraîné.
Son corps est néanmoins trouvé sans vie le lendemain, avec celui d’Antandou, son camarade qui occupait avant trépas des responsabilité à la mairie de Pigui.
A la demande de Dolo, maire de la localité, les autorités de la capitale malienne, Bamako, dépêchent deux limiers de la police nationale pour mener l’enquête.


Moussa Konaté
Photo Ángeles Jurado Quintana
J’ai bien aimé ce roman policier qui est rondement bien mené. L’intrigue n’est pas forcement complexe, même si quelques rebondissements peuvent détourner le lecteur de l’intuition première qu’il se fait. Les personnages du commissaire Habib, héros national, formateur et homme de terrain et celui de Sosso, jeune inspecteur doué mais inexpérimenté se complètent très bien dans le milieu hostile que semble constituer le Pays Dogon pour ces deux fonctionnaires venus de la capitale, parfaitement étrangers aux mœurs de cette contrée conservatrice de ces valeurs ancestrales. La principale difficulté de l’enquête est justement la difficulté à appréhender les codes de l’autre.
C’est l’occasion là de découvrir une Afrique plurielle… un Mali pluriel. D’ailleurs, le commissaire Habib se lamente à l’idée d’avoir une approche si différente de ces hôtes. La logique cartésienne contre un fatalisme soumis aux sciences occultes…
Le style de Moussa Konaté est très sobre. Il a dépassé ces écrivains francophones qui s’employaient à trouver les tournures les plus ampoulées possibles afin d’avoir l’impression d’exister dans la sphère littéraire. L’accent est porté sur l’enquête mais plus particulièrement sur le choc des civilisations, l’une urbaine et occidentalisée qui importe ses modèles d’Europe et les superposent localement sans une relecture propre. L’autre rurale, repliée sur des valeurs riches de solidarité, d’amitié, de l’honneur et de la responsabilité collective mais qu’elle n’arrive plus à transmettre à la nouvelle génération. La violence sera au rendez-vous.

Bonne lecture,
Moussa Konaté, L’empreinte du renard
Edition Fayard, 1ère parution 2006
264 pagesQuelques avis : Hannibal (mitigé), Sylvie (enthousiaste), Le bibliomane