liquidation totale

Par Richard Gonzalez


marché de Mysore, Karnataka, août 2008

Au déclin du jour, les marchands ont écoulé leurs cargaisons de bananes. Ils restent là, un peu hagards, impassibles au mouvement des rues, accrochant leur lassitude aux cordes où les fruits pendaient. Qu’ont-ils encore à éplucher, sinon qu’un vague ennui ? Sous la peau épaisse et lisse des jours, il n’y a parfois que du silence, une parfaite immobilité bleuâtre. C’est précisément la chair nue du monde qui apparaît alors, encore toute chaude de l’instant qui l’a créée. Chair du monde qui se confond avec la nôtre, suspendue, révélée à sa solitude.

(Je suis presque sûr d’avoir déjà écrit ces lignes, un peu autrement, ailleurs. Je n’ai pas fini d’extraire la pulpe de cette sensation-là, du dépouillement originel. C’est la rondeur des jours qui me ramène inépuisablement dans leur farandole – jusqu’au dernier silence.)