"Walkyrie"

Par Loulouti

J’ai enfin pu voir "Walkyrie" de Bryan Singer aujourd’hui. Un long métrage qui a fait couler beaucoup d’encre depuis dix huit mois. La polémique s’est centrée autour de la présence de Tom Cruise en tête d’affiche. Mais comme je dis toujours, je suis cinéphile et mon blog est consacré au cinéma. Mon rôle est d’apprécier la qualité d’un film et la performance des acteurs. Ce que fait ou dit Tom Cruise en dehors des plateaux de tournage ne m’est pas étranger et m’interpelle mais n’a pas sa place ici.
Et je dois avouer que les procès faits à "Walkyrie" sont vains car le long métrage est d’une très grande qualité et rend hommage avec force au Colonel Claus Von Stauffenberg et à une poignée de braves qui ont rejeté l’Allemagne Nazie et qui sont morts en héros.
En 1943 Claus Von Stauffenberg est Colonel au sein du Xème régiment blindé de la Wehrmacht et est gravement blessé lors de la campagne d’Afrique. Il perd son œil gauche, sa main droite, ainsi que les 4e et 5e doigts de sa main gauche.
Déjà persuadé depuis longtemps que l’Allemagne nazie s'enfonce dans une spirale autodestructrice, Von Stauffenberg, soldat avant tout mais pas nazi, décide, après sa longue convalescence, d’entrer dans la résistance. Avec un groupe d’officiers supérieurs il met sur pieds l’opération "Walkyrie" qui a pour but d’assassiner le Führer, d’arrêter les nazis et la Gestapo, de prendre le pouvoir et d’amener l’Allemagne sur la voie d'un cessez-le-feu puis trêve avec les alliés.
En juillet 1944 l’opportunité est donnée aux conspirateurs de mettre en action leur plan secret.
"Walkyrie" est un pari de taille, une sacrée entreprise. La question récurrente peut se résoudre à un simple énoncé : "comment passionner les spectateurs quand on connaît la fin de l’histoire". La première réussite du long métrage est justement d’intéresser le public, de le tenir en haleine d'un bout à l'autre par une mise en scène rigoureuse, sans effets de dramaturgie superflus et un jeu d'acteurs de qualité.
Le commun des mortels ne connaît que la trame générale de l’opération "Walkyrie" mais pas les mille petits détails, les milles petites histoires qui ont amené des officiers allemands de haut rang, parmi les plus émérites du IIIème Reich a vouloir éliminer leur Commandant en Chef. Le scénario de Christopher McQuarrie (complice de Bryan Singer sur "The Usual Suspects") et Nathan Alexander est d’une précision diabolique.
Le film fourmille de précisions, de détails sur les hommes, les lieux et les moments charnières. Nous évoluons au cœur d’un terrible complot et côtoyons des hommes et des femmes qui mesuraient pleinement les conséquences de leurs actes. Ce souci de l'exactitude transpire à chaque seconde du film.
C’est un peu la magie du cinéma qui opère. Même si nous savons que l’attentat contre Hitler a échoué le 20 juillet 1944, le suspense nous prend aux tripes et sans exagérer j’ai fait des vœux pour que les conjurés réussissent. Surprenant comme réaction.
Dans les heures qui suivent l’explosion de la bombe à la tanière du loup, le suspense est carrément à son comble. Quand les conjurés du 20 juillet mettent en branle le plan Walkyrie, la tension est permanente. Neuf mois avant la fin de la guerre en Europe, le régime hitlérien a vacillé sur ses fondations. "Walkyrie" donne une image fidèle de ce climat d'incertitude.
La démarche du metteur en scène américain est très didactique : les faits connus et méconnus nous sont présentés de manière quasiment abrupte. Au spectateur de se faire sa propre opinion. La fidélité historique se retrouve également dans le choix des costumes, des véhicules, des accessoires mais surtout des lieux de tournage. Des prises de vue se sont déroulées par exemple au Bendlerblock, Quartier Général où a été élaborée l’opération "Walkyrie". L’Allemagne des années 40 éclate dans toute sa démesure, toute sa "grandeur". Ce cachet d’authenticité donne un certain impact au long métrage.
Bryan Singer réalise un film d’une grande force mais n’utilise pas trop l’émotion comme ressort principal. Peu de pathos et de larmes gratuites. La relation entre Von Stauffenberg et sa femme (Carice Van Houten) est juste, équilibrée et résume à elle seule l’esprit de la mise en scène. Point de scène déchirante pour faire pleurer dans les chaumières. Chacun sait ce qui coûte de trahir son pays (quand on se place du point de vue nazi). Nina Von Stauffenberg sera déportée au camp de concentration de Ravensbrück après l’échec du coup d’État. Elle survivra heureusement à la guerre.
De même les exécutions des membres du complot sont rapides, froides, sans concessions. Les bourreaux ne s’y appesantissent pas. Les conjurés meurent en héros, droits comme des hommes, convaincus d’avoir raison. La séquence finale nous glace d’effroi.
"Walkyrie" est un film qui se déroule pendant la guerre mais paradoxalement on ne peut pas le qualifier de film de guerre. La séquence d’introduction n’a qu’une seule utilité : nous présenter un Von Stauffenberg blessé, amoindri, touché dans sa chair et son âme par le destin de son "Allemagne sacrée" (mots soi-disant prononcés lors de son exécution) qui s’enfonce dans une spirale infernale. Le long métrage de Bryan Singer est surtout un thriller politico-historique. Ce qui peut expliquer la présence de si peu de scènes spectaculaires à proprement parlé.
Force est de reconnaître que Tom Cruise porte une grande partie du film sur ses épaules et que l’acteur est particulièrement bon. Sa composition est juste, mesurée, pleine de gravité. Le personnage de Von Stauffenberg, considéré depuis plus de quarante ans comme un héros et symbole de la résistance au régime nazi, prend une nouvelle dimension. Le poids des images y est forcément pour quelque chose.
Le reste du casting est aussi admirable. Kenneth Brannagh, Bill Nighy, Tom Wilkinson, Terence Stamp ou Kevin McNally secondent admirablement Tom Cruise. Les acteurs de premier plan et les seconds rôles donnent le meilleur d’eux même.
Mon seul regret concerne l’apparition quasi météorique de Carice Van Houtten. Mais comme je l’ai dit plus haut, cela peut s’expliquer par l’angle d’attaque choisi par Bryan Singer. Le long métrage met en perspective des faits, nous donne des informations et au diable les sentiments (enfin j’exagère un peu).
Ma seule véritable déception vient de l'acteur qui interprète Hitler. Une composition sans saveur. Un Hitler sans grande envergure ni charisme. A l'opposé d'un Bruno Ganz dans "La chute".
Le cinéma n’a pas vocation, en théorie, à réécrire l’Histoire mais de mettre en lumière des pages tragiques de notre passé récent. En ce sens le long métrage de Bryan Singer remplit parfaitement sa mission. L’opération "Walkyrie" fut un échec mais tend à nous prouver qu’il y avait en 1940-1945 des voix allemandes discordantes. Tous les citoyens du Reich n’étaient pas tous aveuglés par la propagande du régime qui devait durer 1000 ans. La vingtaine d’attentats (ou tentatives) contre Hitler témoignent de cet état de fait.
Nos aïeux ont souvent été aveuglés dans le passé par leur rage contre "l’allemand" en oubliant que le régime Nazi a également abrité en son sein des hommes et des femmes qui avaient décidé de faire autrement. Le long métrage de Bryan Singer permet de rafraîchir les mémoires à défaut d’éveiller les consciences.
Sans faire de conjectures de manière inconsidérée on peut légitimement penser que l’échec de l’opération "Walkyrie" a empêché la guerre européenne de se terminer à la fin de l’été 1944 et a occasionné entre autres pour les alliés la désastreuse campagne des Ardennes.
J’aime ce genre de films car la mécanique fonctionne parfaitement. Le spectateur que je suis, et passionné d’histoire, apprécie une présentation originale des faits et une mise en scène impeccable et pleine de force. Le spectacle est total.