Bootleg ou la sélection de la rencontre

Publié le 26 février 2009 par Gregory71

Ma boîte Gmail est inondée depuis quelques jours de messages provenant de Facebook.

THE GAME
A quoi ressemblerait votre pochette d’album si vous étiez dans un groupe? Suivez les instructions ci dessous…
Voici les règles:
1 - Va sur Wikipedia. Tape “random”
ou clique sur http://en.wikipedia.org/wiki/Special:Random
Le premier article qui sort est le nom de ton groupe.
2 - Va sur la page des citations et tape “random quotations”
ou clique sur http://www.quotationspage.com/random.php3
Les derniers mots de la dernière citation de la page sont le titre de votre premier album.
3 - Va sur Flickr et clique sur“explore the last seven days”
ou clique sur http://www.flickr.com/explore/interesting/7days
La 3e image, quelle qu’elle soit, sera la pochette de ton album.
4 - Utilise Photoshop, Paint ou autre pour associer ces 3 éléments.
5 - Poste le tout sur Facebook (dans un album intitulé “Cover Game”) avec cette règle du jeu dans la description de l’image ou dans un commentaire, et Taggue les amis que souhaites voir participer à ce jeu.


Le succès de ce jeu est lié aux résultats souvent cohérents et amusants qui sont produits. Or, on remarque le recours à l’aléatoire qui semble contradictoire avec une telle cohérence. On tire dans un Internet comme dans un grand chapeau des fragments pour constituer un certain genre littéraire et visuel: la pochette de disque, un genre abscont. Ce n’est pas du cadavre exquis ou du dadaïsme, ce n’est pas du collage, c’est bien autre chose. C’est la jonction entre l’aléatoire et le style, mais un aléatoire qui n’est pas un automatisme. Il consiste dans le fait de suspendre un fragment du flux. Il ne s’oppose pas vraiment à l’intentionnalité, puisqu’il répond à un programme et à des règles précises, un peu à la manière du poème de Graham.

»Poem«, march 1966 by Dan Graham.

Notre époque révèle de manière de plus en plus frappante que le récit ou le style est fonction d’un aléatoire réglé. Serait-ce une réponse à la complexification? Au sentiment que chaque jour se déverse sur nos consciences une quantité tels de médias que nous ne saurions les absorber? N’avons-nous pas ainsi un certain plaisir, par la rencontre entre le hasard et le programme (c’est-à-dire finalement le jeu), à produire des résultats signifiants? La signification non comme produit de l’intentionnalité du sujet mais comme rencontre contextuelle? La communication comme interférence? Ne faudrait-il pas y voir quelque chose de proche du concept de fiction sans narration? Le flux, dans son chaos même, dans sa multiplicité, n’est-il pas en train de devenir notre bassin culturel modifiant jusqu’à notre schématisme même?