L'étoile imaginaire : saisissant de réalisme

Publié le 10 août 2007 par Titus @TitusFR
Ceux qui n'ont pas eu la chance de voir la somptueuse "Etoile imaginaire" du réalisateur italien Gianni Amelio, lors de sa sortie en salles, peuvent désormais se rattraper en se procurant le DVD. Une oeuvre magique et bouleversante. Un portrait saisissant et réaliste de la Chine contemporaine.
Rien ne va plus dans la vie de Vincenzo Bunoavolonta, responsable de la maintenance d'une usine italienne en faillite dont le haut-fourneau vient d'être vendu à une entreprise chinoise. Dans cet ancien antre de la sidérurgie, un silence lugubre a remplacé le vacarme assourdissant des machines. Seul Vincenzo (formidable Sergio Castellitto) est encore sur le pont. Il sait qu'une pièce du fourneau comporte une anomalie susceptible de provoquer un grave accident. Il veut donc s'en ouvrir à la délégation chinoise venue procéder au démontage de l'outil.
Chine insolente
Deux mondes s'affrontent ici : celui de la vieille Europe qui n'en peut plus de fermer ses usines pour cause de délocalisation et celui d'une Chine insolente au taux de croissance à deux chiffres. Vincenzo s'approche des Chinois en train de sabler le champagne, veut leur exposer le problème. La jeune traductrice du groupe se montrant incapable de retransmettre son message, il finit par lui arracher son dictionnaire des mains, la discréditant totalement vis-à-vis de ses supérieurs. La Chinoise perd son emploi par sa faute... Un détail qui n'en est pas un car cette jeune Chinoise (superbe Tai Ling) dont il a conservé le dictionnaire sera le seul point de chute du Don Quichotte italien lorsqu'il décidera de partir en Chine. Son but : remettre aux nouveaux propriétaires du fourneau une pièce métallique supposée éviter la catastrophe. Ou s'agit-il plutôt de redonner un sens à une existence qui s'en est trouvée soudain dépourvue ?
Désenchantement
Encore fallait-il que Lin Hua accepte le rôle d'interprète que Vincenzo souhaitait lui confier. D'emblée, elle lui oppose une fin de non recevoir. Comment osait-il se présenter devant elle, lui qui était responsable de son renvoi ? Dès son arrivée en Chine, l'ingénieur candide découvre un monde auquel il n'était absolument pas préparé. Il se bute, tel Sisyphe, à une multitude d'obstacles, le premier étant de retrouver l'usine où a été installé le haut-fourneau. Dans cette Chine en pleine révolution industrielle, le réalisateur dresse le portrait d'un pays en proie aux ravages de l'industrialisation exacerbée. Dans ce cadre oppressant où les moeurs, la langue, la nourriture même lui sont étrangers, le Cyrano italien se raccroche au moindre signe d'humanité qu'on veut bien lui témoigner. A cet égard, Lin Hua se montre exemplaire, acceptant de l'accompagner tout au long de son odyssée d'un bout à l'autre du fleuve Yang-Tsé.
Chine aux mille contrastes
Adapté d'un roman d'Ermanno Rea ("Démantèlement"), ce film au réalisme digne d'un documentaire nous entraîne sur les chemins de la Chine contemporaine, des bureaux luxueux des gratte-ciels de Shanghai jusqu'aux villes intérieures de Wuhan ou Chong-Qing.
Un pays aux mille contrastes et contradictions, où l'idéologie communiste continue de côtoyer un capitalisme des plus débridé, dont les excès sont autant visibles sur les populations (déplacées, par exemple, pour la construction d'une digue) que l'environnement. Un film dont on ressort bouleversé et qui mérite d'être vu, à l'orée d'une année où, jeux Olympiques obligent, la Chine sera vraisemblablement sur toutes les lèvres !