Banderille n°294 : Môdem, ô désespoir, ô jeunesse ennemie !

Publié le 13 mars 2009 par Toreador

Cette banderille est dédicacée à Jacques Rosselin, et Vendredi, qui me qualifient de « centriste » dans leur dernière édition. Qu’ils en soient détrompés…

La fin des haricots

Francis Fukuyama, en 1992, annonçait « la fin de l’Histoire » et la généralisation du « modèle démocratique » dans le Monde. La décennie 90 lui a donné tort, et l’évolution des vieilles démocraties va même plutôt dans le mauvais sens.

Prenons au hasard notre beau pays : force est de reconnaître qu’en matière de partis politiques, la France s’éloigne douloureusement de ce schéma idyllique.

Sur ce point, éliminons les faux-débats. On ne s’étonnera pas du fait que l’UMP soit une monarchie constitutionnelle, où un seul détient le Mandat du Ciel, même lorsqu’il pleut. C’est dans son ADN.

On ne désignera pas, non plus, du doigt, le FN.  Ce serait de mauvais goût. Certes, c’est une monarchie absolue héréditaire de droit divin. Mais que peut-on lui reprocher ? Chez ces gens-là, cela tient quasiment du consubstantiel.

Non, je vise d’autres partis.

Au P.S, par exemple, après avoir pendant 10 ans pratiqué les joies  du modèle confucianiste consensuel, on est en train également de se doter d’un Matriarcat autoritaire. Les décisions tombent d’en haut, les amis de mes amis ont les prébendes, et les autres méditeront sur l’injustice de la politique. Pour mieux faire avaler la couleuvre, on enrobe tout cela d’un référendum sur les listes européennes, que l’on pourrait agréablement requalifier de « plébiscite ».

Mais les meilleures dictatures de l’Hexagone se nichent dans les petits partis. Une bonne dictature est silencieuse, pour échapper aux grandes oreilles des médias.

De la Démocratie en Armorique

Pendant un moment, le Modem a attiré tous ceux qui y ont vu un moyen de faire exploser le bipartisme. Or, aujourd’hui, c’est sans doute le parti le moins démocratique de tous. Ce parti orange que tout le monde voit, à juste titre, tirer les marrons du feu en 2012, entre un P.S divisé et un Sarkozy haï*, ne se porte pas mieux que les grands Anciens dont il prétend déboulonner les anciennes pratiques.

L’ambiance n’est ni rose, ni orange au Modem, même s’il y a encore des inconditionnels (ici ou là). Sa grande Pythie, Marielle de Sarnez tient le parti par les cojones, tandis que tout débat interne est verrouillé par avance. Rien de neuf sous le ciel orange : si les jeunes sympathisants désormais déçus s’étaient un peu renseignés sur la défunte UDF, ils auraient su que Bayrou est comme un avocat qui a mûri : doux et mou au toucher, gorgé de lui-même, mais dur à l’intérieur. Avec in fine, pas grand chose à bequeter.

Pourquoi croyez-vous que ses fidèles l’aient déserté les uns après les autres ?

Le cas Quitterie est extrêmement éclairant : malgré les critiques légitimes qu’il est possible d’adresser à cette jeune femme idéaliste, il faut lui reconnaître un certain talent, au moins pour se mettre en scène et pour motiver les troupes.

Le fait qu’elle ait percé grâce à sa proximité avec de Sarnez aurait pu la protéger de ses foudres. Hélas, rien de tout cela… François Bayrou n’a pas su l’utiliser et l’a perdue. Elle a rendu sa modémission.

François Bayrou et Facebook partageaient deux points communs : les initiales et le réseau de Quitterie Delmas. L’un d’eux est tombé à l’eau…

Et je ne parle même pas des dissensions internes et des mazarinades qui circulent sous le manteau parmi les adhérents, comme celui-ci signé par un « bayrouphile convaincu » moquant le coté  antidémocratique du chef de guerre« Soyons flous, soyons démocrates » conclut l’auteur. Sans doute aurait-il pu rendre hommage au Chef suprême en le citant : « Si tout le monde pense la même chose, alors plus personne ne pense plus rien »

Le Modémiurge

Falconhill pointait dans un article récent  l’extrême hétérogénéïté du Modem : Benhamias, Bariani, Lepage, Begag, Cavada, Peyrelevade, de Sarnez, et maintenant J-F Kahn…Il y voir un seul dénominateur commun : l’anti-sarkozysme. Je pense qu’il se fourvoie. Ce qui caractérise l’establishment du Modem, c’est sa vassalisation à l’ambition d’un seul homme : François Bayrou. Ceux qui refusent de le comprendre s’en vont – comme par exemple Cavada.

Qu’importe que vous soyez trotskiste ou conservateur, pourvu que vous soyez bayrouphile. Arrière idéologies ! François Bayrou, centriste pro-européen, est l’homme qui réussit à protester contre la venue du Pape et la réintégration dans l’OTAN. Qu’importe le flacon pourvu qu’il ait l’ivresse !

Si vous googlisez, vous verrez que le Modem contrôle très bien ses frontières : il est extrêmement rare de trouver des témoignages négatifs à ciel ouvert, les réfugiés politiques sont rares… et il vient même de se doter d’un Ministère de la propagande du tourisme… Un fonctionnement cynique avec une base naïve, le Modem est un parti Janus. N’attendez aucun renouveau de lui… Gémeaux, ascendant scorpion ?

* En réponse au billet de Garçon, je pronostique qu’en 2012, Martine Aubry étant à peu près aussi détestée que Ségolène Royal, le P.S investira François Hollande, sagement resté au chaud. Ségolène Royal ne le supportera pas et présentera une candidature dissidente. En face, si les sondages sont bons, Sarkozy se représentera. Sinon, une primaire aura lieu à droite entre Bertrand et Copé.
Le Nouveau Centre se dissoudra et une partie de ses troupes passera avec armes et bagages chez Bayrou, de même que les centristes de l’UMP. Au final, l’élection présidentielle se fera dans un mouchoir de poche, mais je pense que Bayrou sera au second tour, grâce à la trahison des néo-gaullistes. Le débat sur l’OTAN illustre d’ailleurs le rapprochement idéologique inoui. L’héritier de Monnet s’allie avec celui de de Gaulle !
BayrouModem

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