Patricia Laranco : quelques réflexions...

Publié le 28 mars 2009 par Ananda
La vie ? Un coup de projecteur subit dans la nuit du non-être ?
L'inachevé rassure. Car seule la mort achève.
Reculer le moment de l'achèvement, c'est reculer le moment de la fin. Voilà qui, par exemple, éclaire certaines pratiques superstitieuses qui veulent qu'une maison totalement construite à qui il ne manque plus rien, porte malheur (c'est le cas à Madagascar).
Comme si achever, c'était ne plus attendre, ne plus désirer. Ne plus avoir de but et, donc, se couper de la vie même, de l'avenir. L'avenir est un prolongement du présent, une continuation. Ne plus y projeter de souhaits, de projets, de buts n'en fait plus qu'une coquille vide.
Comment aborder un avenir où l'on ne se serait pas projeté ?
En gros, on peut dire que les hommes divisent les femmes en deux catégories : celles qu'ils regardent et celles qu'ils écoutent.
Le problème est qu'ils peuvent rarement faire les deux à la fois et que c'est presque à tout coup l'un OU l'autre !
Double message : comment peut-on à la fois exiger des gens qu'ils respectent les lois et qu'ils se fassent une idée de ce qui est bien et de ce qui est mal alors même qu'à côté, on trouve toujours à leurs comportements néfastes des explications psychologisantes du style "ils le font parce qu'ils ont souffert, parce que cela, parce que ceci" , l' on "s'intéresse à leur cas" (qui acquiert le statut de "sujet d'études" ) quand on n'est pas prêt à leur dénicher des circonstances atténuantes ?
Comment veut-on que le comportement des gens soit susceptible de changer, de s'améliorer si l'on ne se borne qu'à les "étudier", si l'on ne porte sur eux que ce regard neutre de soi-disant "scientifique" ?
De l'"étude" à une certaine forme de complaisance, n'y a-t-il pas qu'un pas ?
Ne peut-on pas dire qu'en un sens, la psychologie est une "science" qui fait des ravages ?
La satisfaction d'un désir - du désir - nous déçoit toujours.
Peut-être parce que c'est  vouloir, désirer, qui nous motive, nous mobilise.
Nous nous imaginons volontiers que c'est le but que nous désirons, voilà le leurre. Car, en fait, le but n'est que secondaire, et l'atteindre ne fait que déplacer le problème.
L'ambition n'est jamais rassasiée : il lui en faut toujours plus.
C'est ainsi qu'elle débouche facilement sur la démesure de la mégalomanie.
L'amour nous transforme tous en vers de terre épris d'une étoile.
L'amour
aspire votre pulpe
et gobe
comme on gobe un oeuf
votre contenu, ne laissant
plus qu'une coque bien vidée,
vide où il peut tout à loisir
s'installer et occupper en
Bernard l'Ermite tous les lieux
vous n'êtes plus alors vous-même !
Avant nous, le monde était seul.
Il était; ça lui suffisait.
Mais peut-être, un jour, a - t - il eu besoin de sortir de lui-même, de prendre suffisamment de distance d'avec lui-même pour que naisse la conscience ?
Si la conscience existe, c'est qu'elle était de l'ordre du possible.
De là à penser qu'elle devait apparaître tôt ou tard, il n'y a qu'un pas...
Être...qu'est-ce, sinon la concrétisation d'une possibilité ?
N'existerait-il pas une force qui produit de la rupture, qui produit de l'altérité : la vie qui émerge de la matière inerte, la conscience qui émerge de la vie ?
Quelle sera la prochaine étape ?
Une vieille dame se penche et prend le doigt d'un nourrisson :
celle qui va finir sa vie salue celui qui la commence.
Ce qu'elle salue à travers lui, c'est son espoir dans le futur.
Une fois qu'ils t'ont catalogué, les gens, par pure paresse d'esprit, ne consentent plus à en démordre. Cela est bel et bien définitif.
Ils ne te "lisent" plus qu'au travers de leur étiquettage, de l'opinion qu'ils se sont faite de toi.
Et les mêmes veaux de s'étonner, après, que tu les surprennes, que tu les "déstabilise" !
Nous sommes tous compliqués, pluriels, tortueux, imprévisibles.
Peut-être est-ce justement là la cause de cet empressement à tout simplifier, tout réduire.
La vérité sort toujours de la bouche des enfants et des alcooliques.
La vérité sort toujours des coliques de l'état second
.
L'a - vérité sort toujours de l'ivresse de la vérité.
La vérité...au fond, ne serait-ce pas ce qui n'est pas mensonge ?
Les mots. Jongler, jouer avec en dit plus long sur leur nature que les prononcer, les enfiler, avec tout le sérieux attendu.

P.Laranco