Malevil, un grand roman de Robert Merle

Par Theclelescinqt

Je n'avais jamais lu Malevil, le roman de Robert Merle, édité chez Gallimard en 1972.

Jusqu'à ce que mon mari me demande de le lui racheter, puisqu'il l'avait lu il y a fort longtemps. Vous connaîtriez mon mari, vous feriez comme moi, vous courriez vous le procurer par n'importe quel moyen. Car mon mari n'est pas un lecteur. Il n'a pas le temps. Il lit les magazines que je rapporte, mais ne connaît aucun écrivain actuel, à ma connaissance. Sa vie de salarié n'est pas propice à ce genre de choses. Le soir, il regarde des films, le week-end il fait des travaux et regarde des films. Il vit sans lire de livres, faire les boutiques ni tenir de blog tendancieux et ne semble pas trop en souffrir.

Malevil n'était pas en bibliothèque à Verte-Ville, non plus que dans les rayonnages de mon libraire. Mais j'ai poursuivi l'idée fixe de voir à quoi ressemblait ce roman assurément très connu -tous nos amis l'ont lu- âgé de 36 ans, ce qui est considérable pour les livres comme pour les salariés lambda, par les temps qui courent, mais surtout réclamé par mon mari.  Je l'ai donc commandé : il ne pouvait qu'être exceptionnel. Robert l'a relu en deux jours, et quand j'ai enfin pu l'approcher j'ai fait la connaissance d'un grand roman à l'ancienne, aux descriptions minutieuses et léchées, au service de la méritante entreprise de nous plonger dans un monde post-bombe nucléaire, dans la lointaine campagne. Et avec succès. C'est un très bon livre. 

Je ne l'ai pas lu tout à fait hier, il y a déjà plusieurs semaines peut-être, mais en ce jour où le président américain Obama exprime clairement sa volonté de réduire à long terme l'existence des bombes nucléaires, et où la Corée du Nord s'amuse à lancer en l'air des objets peut-être de la même famille, sans que cela soit bien clair, j'ai le plaisir de vous (re)présenter une oeuvre forte, très agréable à lire, pas si triste que cela et même porteuse d'espoir. Mais ayant l'immense qualité, en sus du plaisir qu'elle ne pourrait manquer de vous procurer, de vous faire penser, en refermant ces pages :

il faut vraiment abolir le nucléaire, ça devient plus urgent que mon plan d'épargne retraite!

Le narrateur, éleveur-cultivateur, est dans la cave de son château fort rénové, avec des amis et sa gouvernante, quand éclate la bombe qui ravage le monde entier, la France tout au moins, car bien sûr, si les protagonistes survivent, ils se retrouvent immanquablement plongés aux environs de l'époque de Cro-magnon, munis de quelques effets sauvés par la présence de la falaise qui surplombe le château, de leurs connaissances d'hommes modernes, et deviennent immédiatement incapables de savoir ce qui peut se passer des kilomètres alentours.

C'est tout de suite la lutte pour la vie et pour cela la mise en place d'une solide organisation, qui devient rapidement militaire. Ce petit groupe retrouve des réflexes des bourgades du monde antique : stockage collectif, vote à main levée, tours de garde. Car il s'avère que d'autres hommes ont survécu et n'ont pas toujours les mêmes valeurs. C'est la lutte du plus fort et du groupe le mieux organisé.

C'est aussi la course à la semence, l'inquiétude du soleil, de la pluie, de l'angoisse de ne plus avoir que quelques animaux. La mise bas d'une pouliche par l'une des deux dernières juments occasionne un véritable épisode d'abattement collectif : la fin des chevaux! Lorsqu'un peu plus tard on retrouve un cheval de labour non coupé, à des kilomètres de là, et un taureau, alors qu'il leur reste une vache, c'est la liesse.

L'épisode des femmes et du traitement donné à la sexualité dans ce livre est lui aussi très intéressant. Il nous rappelle que le sexe, c'est avant tout la vie, une belle chose quand on compte vivre sur Terre.

Une des bonnes conclusions de ce livre est aussi la suivante : si vous avez mal au bide ou aux dents, n'attendez pas avant de vous faire soigner. Une seule petite bombe nucléaire pourrait rayer de la carte tous les médecins et les dentistes. Vous regretteriez alors amèrement les honoraires corsés non conventionnés, et ce serait tant pis pour vous.

Un grand livre.

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