Quand les énormités des uns complètent les énormité des autres

Publié le 06 avril 2009 par Lozsoc

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Cette évidence vaut également pour la vie politique. Pour preuve, le porte-parole du PS Benoît Hamon a estimé ce lundi que Ségolène Royal est « une personnalité politique incontournable ». Et de déclarer sur les ondes de RTL :

«C’est une personnalité politique incontournable, tous ceux qui pensent que Ségolène Royal pourrait être contournée se trompent […] Elle a été candidate, elle demeure une personnalité politique importante, c’est une lapalissade.»


Dans le landerneau socialiste, bien sûr, on se félicite plus ou moins bruyamment. On se prend enfin à espérer une grande réconciliation. On en oublierait presque que le compliment émane de quelqu’un qui, durant les derniers mois, n’a eu de cesse de mettre tout en œuvre pour justement contourner la personnalité incontournable, au prix d’ailleurs d’un véritable hold up politique et de quelques invectives.
On ne sait donc pas si les propos de Benoît Hamon sont censés faire rire ou pleurer, l’intéressé n’ayant donné aucune indication sur la façon dont il fallait les interpréter.
En tout cas, ceci montre que les hommes politiques ont une curieuse propension à traiter les citoyens – et plus particulièrement ici les militants socialistes – en amnésiques suffisamment bêtas pour croire tout et son contraire.
Les propos d’Hamon, s’ils sont sincères (et on ne peut qu’en douter), enfoncent aussi une porte ouverte : Ségolène Royal est le leader naturel du PS, comme en témoignent les importantes répercussions provoquées son interview accordé au Journal du Dimanche.
Depuis lors, l’UMP ne se contient plus et ses représentants se répandent dans les médias en énormités aussi grosses et grotesques que celles qu’Hamon et ses amis proféraient les mois derniers sur l’ancienne candidate du Parti socialiste, lorsque cette dernière était encore persona non grata.
A les croire, Ségolène Royal jetterait volontairement de l’huile sur le feu et prônerait, de façon totalement irresponsable, l’insurrection civile contre l’autorité légitime. Ségolène Royal encouragerait ainsi la séquestration des patrons par les salariés, faisant preuve d’un opportunisme politique scandaleux.
Mais où réside au juste l’opportunisme ? Quelque chose nous dit que les sarkozistes feraient mieux de le chercher chez ceux qui, au sein même de l’UMP, approuvent ostentatoirement la prise de position de Ségolène Royal, dans l’espoir d’offrir à la droite une alternative à l’actuel locataire de l’Elysée.
N’est-il pas par exemple savoureux d’observer la réaction de Dominique de Villepin qui, en 2006, avait pourtant essayé de vendre aux Français le Contrat Nouvelle Embauche (CNE) et le Contrat Première Embauche (CNE), aujourd’hui abandonnés parce qu’ils sont contraires aux normes définies par le bureau de l’Organisation Internationale du Travail ?
Curieusement, on n’a pas entendu le sinistre Lefebvre accuser Villepin d’être le Saint-Antoine de Padoue des programmes politiques perdus alors qu’il taxait, il y a quelques jours encore, Ségolène Royal d’être la Sainte Rita des causes désespérées.
Fort heureusement, l’intéressée n’a cure des critiques désopilantes de l’UMP. Elle les a d’ailleurs anticipées, en rappelant, dans son interview, ce que tout Français sait pertinemment, mais que le pouvoir en place feint d’ignorer :

« Ce n’est pas agréable d’être retenu, et c’est illégal de priver quelqu’un de sa liberté de mouvement. Mais on ne les a ni brutalisés ni humiliés. Ceux qui sont fragilisés, piétinés et méprisés, ce sont les salariés à qui l’on ment, avant de les mettre à la porte. A Caterpillar, ils ont appris leur arrêt de mort sociale en lisant la presse ; et on s’étonnerait de leur réaction ? Etonnons-nous plutôt de l’état du dialogue social dans notre pays ! »

Une chose est sûre : les mots de Royal portent dans l’opinion alors que tout le monde se contrefout de ce que peut dire Aubry. Quand cette dernière dit quelque chose !…
La présidente de la région Poitou Charentes est toujours la cible privilégiée du sarkozisme déliquescent. Il suffit en effet qu’elle prenne position pour que ses propos suscitent l’intérêt, le débat, les insultes, ou la simple stratégie de l’évitement (cf. Christine Lagarde qui a évité soigneusement de rencontrer Ségolène Royal au sujet de l’entreprise Heulliez).