Baby Doll de Tennessee Williams au Théâtre de l'Atelier

Publié le 07 avril 2009 par Babs


Tennessee Williams écrit Baby Doll quelques années après ses deux grands succès, La ménagerie de verre et Un tramway nommé désir. Lorsque j'ai lu qu'elle était jouée au théâtre, je m'y suis précipitée. En France, son adaptation est une grande première. C'est Pierre Laville qui l'adapte au Théâtre de l'Atelier et Benoît Lavigne qui l'a met en scène jusqu'à fin juin.  Voici un résumé de l'histoire que propose le Théâtre de l'Atelier : 
"1939 - Sud des Etats-Unis. Archie Lee, exploitant de coton en faillite est marié à Baby Doll, une femme enfant. Suite à la promesse faite au père de Baby Doll, le mariage ne sera consommé que lorsque celle-ci aura 20 ans. La veille de l’anniversaire de Baby Doll, arrive Silva Vaccaro, l’étranger, voisin et concurrent d’Archie Lee. Il soupçonne ce dernier d’être responsable de l’incendie qui a détruit son égreneuse à coton, et est bien décidé à se venger de lui. Son arme sera Baby Doll".   La scène d'ouverture donne le ton lorsqu'on aperçoit Mélanie Thierry en Baby Doll toute ensommeillée et recroquvillée dans un lit d'enfant, trop petit pour cette jeune femme de 20 ans. Derrière la porte, son "mari" qui a l'âge d'être son père, fantasme sur sa "femme" qu'il ne peut approcher. Toute l'ambiguité malsaine de la situation est alors résumée dans cette scène qui préfigure l'irréversible destinée des deux personnages. Tout comme la scène de la balançoire pendant laquelle Baby Doll s'éveille au jeu fébrile de la séduction et du désir avec Silva, le voisin et concurrent d'Archi. La tension monte, l'atmosphère est électrique.

J'ai été séduite par la mise en scène, le décor, cette baraque "hantée" dépouillée de ses meubles et ces jeux d'éclairages avec ces lumières rouges, oranges, cette sensation de chaleur d'un sud suffocant et moite; les bruits de tonnerre qui gronde, le bruit des mouches contrastant avec la fraicheur et "l'immaculée" blancheur de Baby Doll. Atmosphère électrique, presque sauvage, mais toujours contenue comme une sous-pape prête à exploser...Cela sonne juste, on est bien chez Tennessee Williams.
Mélanie Thierry incarne Baby Doll avec un naturel désarmant, à la fois mutine, enfantine, touchante, parfois agaçante. Peut-être peut-on lui reprocher de trop surjouer par moment mais le charme sévit pourtant.
Les autres comédiens autour d'elle sont excellents pour incarner Archie bougon, rustre, mauvais perdant et sale magouilleur, au voisin Silva, malin et habile qui tombe sous le charme de Baby Doll, sans oublier Tante Rose, toute discrète, exquise lorsque sa surdité lui joue des tours et dont le mot de la fin sera pour elle.
Tout est hypnotique et brûlant comme un grand feu que l'on regarde de trop près, un vrai plaisir de théâtre.