Europe : L'erreur turque d'Obama

Publié le 08 avril 2009 par Theatrum Belli @TheatrumBelli

Lors de son étape à Ankara, le président américain a plaidé avec insistance pour l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. A tort, estime la presse allemande, qui prône un alignement sur la position du président Sarkozy.

Aux yeux du président Obama, il n'y a pas de vieille ni de nouvelle Europe, il n'y a qu'une Europe unie. C'est en tout cas ce qu'il a déclaré lors de sa tournée sur le Vieux Continent. Les Européens ont bien aimé ces propos, surtout venant de lui, et les ont pris pour une preuve supplémentaire que le nouveau chef d'Etat a totalement rompu avec la politique de l'administration Bush. Ces flatteries sont pourtant aussi éloignées de la vérité que d'affirmer que ce sont les Américains qui ont inventé l'automobile*. Précisément à Prague, où Obama a déclamé son ode à l'unité, la polémique sur la constitution politique et les frontières de l'Europe fait rage jusqu'au Château [résidence du président eurosceptique Vaclav Klaus]. Ce qui n'empêche pas l'Américain - dans la plus pure tradition de son prédécesseur - de prendre parti dans ce débat européen. Son plaidoyer pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne (UE), comme sa visite à Ankara, ne constitue pas le "prix à payer" pour la levée du veto turc contre la nomination d'Anders Fogh Rasmussen au secrétariat général de l'OTAN. C'est plutôt le signe de l'intérêt que Washington porte depuis longtemps à l'ancrage occidental le plus étroit possible d'un partenaire de l'Alliance atlantique déjà important pour des raisons géopolitiques.

Les Européens qui souhaitent voir la Turquie adhérer à l'UE ou au moins se maintenir dans le processus d'adhésion, que certains estiment toujours pouvoir interrompre, invoquent également l'importance stratégique du pays situé sur les rives du Bosphore. Pourquoi Obama ne pourrait-il pas souhaiter ce que des responsables politiques allemands qui se piquent de penser le monde trouvent juste ? Le fait que le président tchèque Vaclav Klaus, leur bête noire favorite, ne voie aucun inconvénient à poursuivre l'intégration européenne jusqu'aux frontières de la Chine - entendez : jusqu'à ses frontières orientales - devrait pourtant les faire tiquer. Car élargir l'UE - au-delà de petits Etats, qui plus est foncièrement européens comme la Croatie - signifierait la fin du projet d'unification politique. Et si les Etats-Unis n'y sont pas complètement indifférents, ils peuvent vivre avec, et très bien même, selon d'aucuns à Washington.

Ankara a cependant donné avec l'affaire Rasmussen un spectacle qui devrait suffire aux Européens. Comment marchera l'Union si la Turquie s'y fait le représentant du monde musulman, que ce soit sur le terrain de la liberté d'expression (caricatures) ou sur toute autre question de politique intérieure d'importance ? Quand on participe au gouvernement à Bruxelles, on participe aussi au gouvernement à Berlin. Paris est-il vraiment le seul à l'avoir compris ?

* Le 24 février 2009, dans son premier discours devant le Congrès, Barack Obama a déclaré que "le pays qui a inventé l'automobile ne peut pas l'abandonner". Or la voiture a été inventée en plusieurs étapes entre la France et l'Allemagne.

Berthold KOHLER

Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL / FAZ