Le vote socialiste : le seul vote utile en Europe et en France

Publié le 20 avril 2009 par Back2basics

Voici ci-dessous l’excellent discours d’Henri Weber, tête de liste PS pour la région centre, tenu à Guéret le 3 avril, que j’ai découvert aujourd’hui. Il est assez long mais reprend bien le bilan de la droite en Europe, nos objectifs et notre ambition pour changer l’Europe…

“Le 7 juin, lorsque les électeurs déposeront leur bulletin dans l’urne, il y aura en France 200.000 chômeurs supplémentaires, des dizaines de nouvelles entreprises au tapis, et ce ne sont pas les minables plans de relance de Sarkozy, en France, de Barroso en Europe, qui pourront empêcher ce désastre.

Les Français, les Européens, seront au comble du mécontentement, de l’indignation, et voudront sanctionner durement ceux qu’ils considéreront, à juste titre, comme les responsables de leurs difficultés. C’est ce qui s’est passé aux Etats-Unis, en novembre 2008. C’est ce qui peut se passer en France et en Europe, si les socialistes parviennent à incarner une alternative politique
crédible aux majorités de droite qui nous gouvernent.

Dans ces élections européennes, vous l’avez compris, nous poursuivons deux objectifs :

- changer la majorité au Parlement de Strasbourg pour faire triompher une politique de gauche en Europe.

- infliger une sévère défaite électorale au gouvernement de Nicolas Sarkozy, afin de donner un coup d’arrêt à sa politique de régression sociale et d’atteinte aux libertés publiques.

Gagner la majorité en Europe

Aujourd’hui, 60% des députés européens sont de droite; la Commission européenne est de droite : son président José Manuel Barroso est un ultralibéral sur le plan économique et un ultra-atlantiste sur le plan politique. C’est lui qui a organisé la conférence des Açores pour soutenir l’intervention de Bush en Irak ! Le Conseil européen est à droite. Si toutes les autorités sont à droite, il ne faut pas s’étonner que l’Union européenne mène une politique de droite, favorable aux gros actionnaires, aux financiers, aux managers insatiables, et préjudiciable aux salariés.

C’est le contraire qui serait étonnant.

En France, quand vous n’êtes pas contents de votre maire, vous votez pour une autre liste municipale; quand vous n’êtes pas content de votr gouvernement, vous votez pour un député de l’opposition. Il faut faire de même en Europe. Si nous sanctionnons la droite en Europe, si nous envoyons une majorité de députés socialistes au Parlement de Strasbourg, alors notre Union pourra mener une toute autre politique : une politique beaucoup plus ambitieuse, active, volontaire, sur le plan économique; beaucoup plus solidaire et équitable sur le plan social, beaucoup plus engagée aussi, dans la lutte contre le réchauffement climatique et la défense de l’environnement.

Notre programme commun de gouvernement : Le Manifesto

Depuis deux ans, les partis socialistes des 27 Etats de l’Union européenne travaillent à l’élaboration d’un programme commun de gouvernement, pour la législature 2009-2014. Ce programme, ils l’ont adopté le 1er décembre à Madrid, et l’ont appelé le “Manifesto”, mot que chacun comprend en Europe, quelle que soit sa langue maternelle.

Le PSE est le seul parti européen à avoir fait ce travail au terme d’une large concertation. Nous proposons une politique alternative à celle de la droite en Europe, nous incarnons le changement pour notre continent, nous sommes prêts à prendre les responsabilités du pouvoir dès le 8 juin, dès le lendemain de l’élection européenne. S’il y a une majorité socialiste au Parlement de Strasbourg, il y aura un Président socialiste de la Commission européenne, des politiques communes immédiatement mises en oeuvre.

Ce programme de gouvernement des socialistes comporte d’abord un plan d’urgence, pour faire face à la crise économique d’une exceptionnelle gravité qui frappe l’Europe et le monde.

Pour amortir cette crise, puis pour en sortir, retrouver le chemin de la croissance -mais d’une autre croissance, différente de celle que nous avons connue depuis 20 ans, une croissance moins gaspilleuse en énergie et en matières premières, moins prédatrice, une croissance verte, écologique-, nous proposons de mettre en oeuvre un vrai plan de relance de l’activité en Europe. Un plan de même ampleur que celui d’Obama aux Etats-Unis; un plan équilibré, qui marche sur ses deux jambes : le soutien aux investissements, pour préparer l’avenir; mais aussi le soutien à la demande, à la consommation populaire, au pouvoir d’achat des salariés, sans lesquels il n’y a pas de reprise
possible.

Du côté des investissements, notre Manifesto propose de mettre enfin en oeuvre les grands travaux d’infrastructure transeuropéens, qui dorment dans les dossiers, certains depuis 1994, faute de volonté politique : il s’agit du fret ferroviaire, des liaisons fluviales, des TGV, des “autoroutes de la mer”, de l’Internet haut débit.

La Creuse en bénéficiera avec la construction de la Route Centre Europe Atlantique - la RCEA -, financée en partie par des fonds européens, et achevée bientôt grâce à leur engagement. Comme elle a bénéficié du Plan dorsale, qui a permis d’équiper le département en Internet à large bande.

Investissements aussi dans l’économie verte : les nouvelles technologies - éolienne, voltaïque, biothermique,… et les économies d’énergie. Celles-ci constituent, comme on sait, le principal gisement énergétique de nos pays L’isolation thermique des logements permettra en outre de soutenir l’industrie du bâtiment, aujourd’hui sinistrée. La production des “voitures propres” - voitures à moteurs électriques, voitures hybrides,…relancera notre industrie automobile, qui emploie 10% de la population active, plus sûrement que les “primes à la casse”, dont les effets ne durent qu’un temps.

Investissement aussi dans les équipements collectifs : c’est le moment d’en finir avec notre crise chronique du logement, en lançant un ambitieux programme public de construction de logements sociaux. C’est le moment de rénover notre bâtiment universitaire, nos hôpitaux, nos prisons qui en ont un impérieux besoin.

C’est ce que font nos collectivités locales. J’étais hier aux Ancizes, dans le Puy-de-Dôme. Le Conseil général a touché par avance 14 millions d’euros sur la TVA, que lui devait l’Etat : il les a immédiatement réinvestis dans la réfection des lycées et collèges.

Investissement enfin dans la matière grise- la Recherche, l’Enseignement, la formation permanente-qui est notre principale ressource dans la compétition internationale.

Ces investissements lourds, qui préparent l’avenir, doivent être financés par l’emprunt. L’Union européenne est la première puissance commerciale et économique du monde, son patrimoine est immense. Sa signature est excellente, son endettement est égal à zéro, car les Traités lui interdisent, jusqu’à présent, de lever des emprunts sur le marché international des capitaux. C’est absurde. Nous devons mettre à profit la crise actuelle pour conquérir le droit d’emprunter pour l’Europe, afin de financer ses investissements productifs. Ce n’est pas jeter de l’argent par les fenêtres que de construire des TGV, des canaux, des réseaux de fibre optique, des centres de Recherche. Les retours sur investissements seront considérables et permettront de rembourser les dettes avec profit. Si nous voulons réduire la valeur de l’Euro par rapport au dollar et au yuan chinois, si nous voulons faire de l’euro une monnaie de réserve internationale, nous devons obtenir le droit pour l’Union européenne de lever des emprunts.

Ce plan de relance comporte aussi, j’y insiste, un vaste volet social, pour des raisons d’équité, mais aussi d’efficacité : l’effet économique des investissements est à moyen et long terme, l’effet de la préservation et de l’augmentation du pouvoir d’achat des classes populaires est, lui, immédiat.

Notre Manifeste propose la création d’un SMIC, dans chaque Etat membre, égal à 60% du salaire médian en vigueur dans cet Etat. Il y a beaucoup de pays de l’Union où le SMIC n’existe pas, et pas seulement à l’Est de notre continent. Le SMIC n’existe toujours pas en Allemagne, il a été institué en 1999 seulement en Grande-Bretagne. L’expérience montre que dès qu’il est instauré, il tend à monter : le SMIC britannique, d’abord très faible, est équivalent désormais au nôtre.

C’est cette convergence vers le haut que nous appelons de nos voeux. Nous proposons aussi d’améliorer l’indemnisation du chômage, en augmentant la durée et le niveau des allocations. De défendre et de développer les services publics en Europe. Il faut mettre un terme aux politiques de déréglementation, libéralisation, privatisation des services publics conduites par la droite. Réaffirmer que l’Hôpital, l’Ecole, la télévision ne sont pas des entreprises comme les autres; que leur but n’est pas la recherche du profit maximum, mais la satisfaction de besoins humains fondamentaux et la réalisation ainsi, de la cohésion sociale et nationale. Nous proposons aussi de conditionner les aides publiques aux entreprises à l’ouverture de négociations avec les syndicats de salariés, portant sur les salaires et l’emploi, avec obligation de résultat.

Le programme des socialistes européens comporte par ailleurs toute une série de propositions visant à réformer en profondeur le système financier et monétaire international, afin d’empêcher que des crises comme celle que nous vivons ne se reproduisent. Mais les nouvelles réglementations que nous proposons, et qui rencontrent un écho croissant, ont un préalable : l’éradication des paradis fiscaux. Il ne sert à rien, en effet, d’édicter des nouvelles règles de fonctionnement de l’économie mondiale, si continuent à proliférer des territoires opaques, où les multinationales, les fonds d’investissement spéculatifs, les mafias peuvent agir en toute impunité. Nous sommes les premiers à avoir engagé le combat, sur ce terrain, il y a plus de dix ans. Nous avions investis deux de nos jeunes Turcs -Arnaud Montebourg et Vincent Peillon- de la tâche d’enquêter sur les paradis fiscaux en Europe. Ils y avaient mis toute la fougue de leur jeunesse et leur talent de provocateurs et de communicants.

Leur rapport parlementaire avait fait grand bruit, mais leurs préconisations pour lutter contre ces centres d’évasion fiscale -200 milliards d’euros par an !- et de blanchiment de l’argent sale, n’avaient pas été suivies d’effets.

Aujourd’hui, sous la pression de l’opinion publique, les gouvernements tonnent, le G20 établit des listes, mais ce n’est que gesticulation.

Pour abolir le secret bancaire, pour contraindre les paradis fiscaux à la transparence et au contrôle, il faut que les Etats et les banques centrales s’engagent à couper tout lien avec les centres off-shore récalcitrants. C’est possible, ce n’est qu’affaire de volonté politique, donc de rapport de force entre les privilégiés et les opinions. Le PSE, l’Internationale socialiste doivent se saisir de ce combat. Ils doivent chevaucher la vague d’indignation qui se lève contre les agissements de la finance et des “patrons-voyous” pour imposer une action efficace contre les paradis fiscaux. Sinon les nouvelles réglementations seront inopérantes.

Je conclurai d’un mot sur notre second objectif ; sanctionner la droite au pouvoir.

Les Français sont indignés et inquiets, ils cherchent une alternative crédible au gouvernement de Nicolas Sarkozy. Ils sont indignés par l’injustice, mai aussi par l’irrationalité du système. ils ne peuvent plus supporter qu’on leur répète : pour faire face à la guerre économique mondiale, il faut que vous, salariés, vous acceptiez sans cesse davantage de sacrifices, en matière de revenus et de droits; mais il faut, dans le même temps, consentir sans cesse davantage de privilèges aux financiers, aux managers, aux actionnaires, pour les inciter à donner toute la mesure de leur talent et de leur créativité !
Cette crise a une dimension morale que n’avaient pas les crises économiques précédentes : tous ces parachutes dorés, ces bonus, ces retraites-chapeau, ces rémunérations obscènes, -300, 400, 500, fois le SMIC ! - alors que les charrettes de licenciements se succèdent et que les contribuables sont mis à contribution. Tout cela est indigne, tout cela exaspère, bien au delà des salariés, bien au-delà des électeurs de gauche.

Les socialistes proposent non seulement une réforme en profondeur de l’économie mondiale, mais aussi un nouveau modèle de développement, une nouvelle civilisation, dont l’Union européenne serait le cadre et le levier.

Si nous nous montrons capables d’incarner l’alternance au gouvernement Sarkozy, mais aussi une alternative au capitalisme financier qui s’est imposé depuis les victoires de Thatcher et Reagan en 1980, - à la dictature de l’actionnariat- nous pourrons réduire l’abstention et la dispersion le 7 juin prochain.

Nous pouvons convaincre les électeurs que le vote socialiste est le seul vote utile en Europe et en France.

En Europe, pour changer la majorité et changer de politique.

En France, pour donner un coup d’arrêt à la politique de régression sociale de Sarkozy et mettre en échec sa stratégie de la tension. ”