Vie de merde: Oui, en effet

Publié le 23 avril 2009 par Innommables

Se promener sur internet, c’est un peu comme faire les poubelles.

Parfois, la providence pixellisée étend sur toi son aile bienveillante, et tu déniches une pépite à laquelle tu ne t’attendais certes pas, comme un site entièrement dédié aux Monty Python, par exemple.

Le plus souvent, cependant, et j’espère que tu abonderas dans mon sens (dans le cas contraire, nous n’avons irrémédiablement pas les mêmes valeurs et je te conseillerai de dégager ton adorable petit cul de ce modeste blog fissa), le plus souvent, donc, force est de constater qu’on a un peu l’impression de se promener dans une immense décharge à ciel ouvert et de déambuler entre des montagnes de déchets, tous plus nauséabonds les uns que les autres (entre autres phares de la scatologie internautique, laisse-moi te citer le blog de Jean-Marc Morandini, le site de Dieudonné ou encore le skyblog des admirateurs de Grégory Lemarchal).

Toujours est-il qu’hier, en parcourant négligemment quelques pages, je suis tombée sur un site dont le nom, à lui seul, m’a instantanément donné l’eau à la bouche tant le concept qu’il sous-entendait semblait prometteur.

Tu connais ma légendaire curiosité:
J’ai cliqué.

Ô rage, ô désespoir, ô pathétique monceau de conneries du pire acabit qui s’est  déversé devant mes globes oculaires instantanément gélifiés face à tant de bêtise et de vulgarité crasse!

Attends.
Je t’explique.

Il s’agit, pour l’internaute moyen, d’aller raconter aux milliers de visiteurs du dit site une anecdote particulièrement drôle qui illustre la phrase "j’ai une vie de merde".
Si l’histoire est appréciée, les lecteurs votent pour elle en cliquant sur le bouton "oui, tu as une vie de merde". Dans le cas contraire, ils la descendent en flamme en cliquant sur "tu l’as bien cherché".
L’auteur du site appelle ça "un concept unique et fédérateur".
Quand on consulte la liste des historiettes les plus prisées, on se dit que oui, sans aucun doute, le truc a le mérite de fédérer tout ce que la Toile compte comme abrutis congénitaux, beaufs trépanés du bulbe, ménagères de moins de cinquante ans décérébrées par l’abus de téléréalité et autres ramollis du bocal tout droit sortis d’une planche d’Edika.

Petit florilège?

Le plus applaudi, avec 222 502 clics (si, si):
"J’ai 45 ans et je suis toujours puceau. Vie de merde".
Au coude à coude, l’heureux deuxième du classement:
"L’agent immobilier est venu pour faire visiter ma maison. Quand il a ouvert la porte de ma chambre, j’étais en train de me branler. Vie de merde".
Pas trop loin dans le classement, une véritable perle:
"Etudiante en école vétérinaire, mon exercice est de branler un cochon pour insémination. J’ai 19 ans et je n’ai encore jamais caressé de garçon. Vie de merde".

Et le reste est à l’avenant.

On s’attend presque à voir surgir le Stéphane Collaro de la pire époque, accompagné par un Jean-Marie Bigard en string à paillettes avec une plume dans le cul, les deux bramant de concert: "On va faire un lâcher de saaaaaalopes" avant d’entonner gaiement "Viens boire un p’tit coup à la maison" et de roter bruyamment.

La seule navrante conclusion que je tire de cette pitoyable expérience, c’est qu’en tout état de cause, force m’est de constater que plusieurs milliers de mes concitoyens ont effectivement des vies de merde, vies qu’ils passent sans l’ombre d’un doute devant les pires sous-merdes télévisuelles que le PAF ait jamais produites, quand ils ne sont pas en train de ricaner devant leur écran d’ordinateur en décrivant leurs pathétiques séances de branlette.