Hiroshima, Nagasaki et Miyajima

Par Jean-Michel Frappier

Le 6 août 1945, la première bombe nucléaire explose juste au-dessus du centre-ville d'Hiroshima, tuant instantanément près de 90 000 civils. Des feux ravagent la ville, un nuage de cendre toxique se dissipe dans toute la région et une pluie noire radioactive empoisonne les cours d'eau, tuant encore plus d'innocents. Plusieurs de ceux qui ont miraculeusement survécu à l'explosion développeront au cours de leur vie une maladie reliée à la bombe.


De nos jours, le centre-ville d'Hiroshima ressemble à n'importe quelle autre grande ville japonaise, si ce n'était du dôme-A, un bâtiment qui se situait juste sous l'hypocentre de la bombe et qui a été laissé là, en ruine, pour rappeler la tragédie. Juste en face, dans le parc du mémorial de la paix, un cénotaphe contient le nom de toutes les victimes connues de la bombe, une flamme y brûle nuit et jour et ne sera éteinte que lorsque toutes les armes nucléaires restantes seront détruites.
Au moment de l'explosion, la petite Sadako Sasaki se trouvait tout près du point d'impact, mais s'en tira pourtant sans blessures graves. Dix ans plus tard, elle développa une leucémie comme plusieurs des enfants qui grandirent dans les ruines d'Hiroshima. Une légende japonaise affirme
que si l'on fabrique un millier de grues en origami, symbole de longévité et de bonheur, notre voeu sera exhaussé. Dans l'espoir de guérir, elle se mit à plier inlassablement des centaines d'oiseaux de papier, mais elle mourut avant d'avoir atteint son but. En sa mémoire, les élèves de son école confectionnèrent les grues manquantes. L'histoire se propagea et des enfants de partout à travers le monde se mirent à envoyer des oiseaux en origami. Devant le musée de la bombe A, le mémorial des enfants pour la paix, qui consiste en une statue de Sadako tenant une immense grue au bout de ses bras, est entouré de ces minutieux pliages en l'honneur des enfants morts suite aux guerres tout au tour du globe.


Avant même d'entrer au musée, on a déjà les yeux humides, la lèvre du bas qui tremblote et une boule qui nous serre la gorge. Un guide audio retrace l'histoire d'Hiroshima avant, pendant et après l'explosion de la bombe exposant sans censure l'absurdité et surtout l'atrocité de la guerre. La plupart des visiteurs, les yeux vitreux, évitent de se croiser du regard, comme si tous se sentaient coupables qu'il y ait, encore plus de soixante ans après cette journée tragique, autant de barbaries dans le monde et que la plupart d'entre nous ne fait rien pour y remédier. Le silence total, mis à part quelques reniflements, est frappant même pour un musée et en sortant, rares sont ceux qui n'ont pas versé une larme.

Hiroshima avant le bombardement



Hiroshima après le bombardement




Trois jours après la première explosion, le 9 août 1945, malgré avoir constatés les effets atroces de la première bombe, un avion décole pour bombarder la ville de Kokura. Le mauvais temps empêche de visualiser la cible malgré trois passages. On décide donc de se diriger vers Nagasaki où le temps d'une éclaircie, l'histoire se répète. En un flash, près de 75 000 personnes perdent la vie et au moins autant suite aux effets à long terme des retombés radioactives.
De nos jours au centre-ville, un musée retrace l’histoire des armes nucléaires et de leur prolifération à travers la planète. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les choses ne vont pas en s'améliorant, plusieurs tests sont encore conduits chaque année et l'on continue à développer de nouvelles armes encore plus perfectionnées.


Après trois jours, le moral à zéro, découragés par la cruauté de l'homme, pour se changer les idées, on fait une excursion vers Miyajima où se trouve l'un des sites les plus photographiés du Japon. La photo du Torii flottant de Miyajima, une arche rouge que les bateaux devaient emprunter pour se rendre au sanctuaire de l'île se retrouve dans toutes les brochures et les guides de voyages. Des centaines de Japonais font le pèlerinage chaque jour pour avoir leur propre cliché. Depuis qu'on est arrivé au Japon, on se pose une question. À quoi ça sert d'avoir un appareil professionnel hors de prix pour prendre des photos de la famille et des amis qui font des signes de peace?