Jusqu’en enfer

Publié le 01 juin 2009 par Vance @Great_Wenceslas

Titre original : Drag me to hell

Un film réalisé par Sam Raimi (2009) avec Alison Lohman.

 

Résumé : Christine est une employée de banque préposée aux prêts. Raisonnablement ambitieuse, elle décide de se montrer un peu plus agressive que d’habitude pour décrocher le poste de directeur adjoint qui vient de se libérer. Pour cela, elle va jusqu’à refuser un 3e prolongement de prêt à une vieille femme menacée d’expulsion. Cette dernière, humiliée par la manière dont elle a été traitée, décide de se venger en jetant un sort à Christine. Cette dernière comprendra très vite qu’elle n’a plus que trois jours pour sauver son âme…

Pas mauvais, mais déstabilisant. Je vais tout de même faire montre d’indulgence car, sans être aussi terrifiant que Unborn (qui avait flanqué une de ces trouilles aux spectateurs lors d’une de ces rares séances où une salle entière frémissait, sursautait, se voilait les yeux ou se bouchait les oreilles !), Raimi sait utiliser tous les ingrédients du cinéma de genre avec une maestria indiscutable. On est moins dans l’hommage ou la parodie que dans le respect des codes, avec ce qu’il faut de détournements, de contrepieds et de recul. A la manière de Constantine, le film commence par une séance d’exorcisme qui tourne mal ; Raimi annonce la couleur, et clairement : il n’est pas disposé à nous tromper sur la marchandise, donc pas question de distiller artificiellement des temps morts. Certes, la densité des séquences choc ou gore semble moins importante que dans Unborn, mais on voit très vite, avec l’inconsistance flagrante des personnages, que le réalisateur des Evil Dead désire aller droit à l’essentiel.

Sur ce point, il tient la distance : il fait sursauter aux moments attendus et parvient même à surprendre, poussant notamment la bande son (et nos capacités auditives) à ses (leurs) limites. La bande de jeunes spectatrices en goguette planquées dans un coin et papotant à tout va s’est très vite calmée, du coup. La salle n’était pas remplie mais je me suis surpris à frissonner deux ou trois fois, et parfois par anticipation. Bon signe, d’autant que les spectateurs réagissaient favorablement, mais sans excès. Le hic, c’est ce qui a déjà été soulevé par certains complices blogueurs (voir ci-dessous) : Raimi semble ne pas réussir à (ou vouloir) se départir d’un certain humour souvent grossier, voire cartoonesque et il est bien difficile à trouver dans ce tic narratif une justification permanente. A certains moments, un gag visuel ou (plus rarement) une réplique déplacée va faire légèrement retomber la tension, mais c’est pour mieux la relancer efficacement juste après ; d’autres fois, au contraire, il conclut une séquence horrifique en la dédramatisant totalement - et là, c'est vraiment dommage, imaginez le soufflé qui retombe. On en vient sur le coup à avoir des accès de colère contre ce gâchis, alors que jusque là Raimi avait réussi à satisfaire nos attentes. Car le décalage entre un ton volontairement premier degré, fondé sur un usage agressif de la bande son, et un humour de collégien altère le plaisir qu’on peut prendre à ce genre de films. Doit-on rire ou s’effrayer ? Est-ce du lard ou… ? Vous voyez ?

Je ne parle pas de trahison, mais d’une sorte d’hésitation dans le positionnement. Dans les Evil Dead, c’était évident, pas ici.

L’autre problème est le manque d’empathie envers les personnages : on a du mal à prendre parti, l’héroïne étant d'une rare fadeur, les seconds rôles ne parvenant pas à se mettre en avant ou à détourner l’attention. Alison est juste assez mignonne pour qu’on s’intéresse un peu à elle, mais alors que Raimi ne lésine pas sur la quantité de substances jaillissant, vomies ou dégoulinant, l’hémoglobine est curieusement absente : Christine se fait frapper violemment et la contusion qu’elle a à la lèvre cesse miraculeusement de saigner dans la minute, puis disparaît aussi vite que si elle était la fille de Wolverine. On ne vibre pas vraiment pour elle. Cela dit, on reconnaîtra encore à Raimi une certaine honnêteté dans son travail, notamment dans la fin qu’il a choisie. Et puis, il y a dans sa représentation de la damnation quelque chose d’incidemment cruel, malsain et choquant qui fait qu’on a vraiment l’impression de ne pas être venu pour rien.

Ma note : 3/5

  • > voir aussi l’article de Wade ici