Le Loup - Fable pour les tout petits

Par Mafalda

Il était une fois un loup
Maigre comme un clou,
On sait qu'un loup
Mange beaucoup,
Beaucoup !

Or, depuis trois longues journées
Qui lui semblèrent trois années,
(Oui, trois années !)
Dans les bois il allait rôdant,
Et n'avait rien mis sous sa dent
Qu'une vieille carcasse
De bécasse.

C'est que l'hiver était venu,
L'hiver avait mis au sol nu
Un grand manteau de neige blanche ;
Les oiseaux perchaient sur la branche,
Et les petits lapins peureux,
Cachés dans leurs terriers bien creux,
Restaient blottis sous terre,
Près de leur mère.

"Eh bien ! se dit le loup tout bas,
Ce soir je ne jeûnerai pas,
Je connais là-bas,
Au bord d'un village,
Derrière un grillage,
Des poules que je veux manger.
Foin du danger !"

Le soir venu, tout d'une haleine,
Le bandit traverse la plaine.
Tout dort au village :
Voilà le grillage ;
Voilà les poulets
Grassouillets.

Entre les barreaux peu d'espace...
Mais il passe
Notre loup
Maigre comme un clou.
Il est dans la place.
Vite en chasse !

Ah ! pauvres petits poulets
Grassouillets !
Pauvre, pauvre maman poule,
Toute en boule,
Qui dort avec ses tout petits...
Tous engloutis !!!

Il mange, remange encore.
Sa faim d'ogre carnivore
S'adoucit.
Nom d'un loup ! Oh ! quelle fête !
Mais la vengeance s'apprête...
Il grossit !
Il se lèche les babines.
Il savoure les chairs fines,
Et croque tout jusqu'aux os.
Mais, perdu par sa folie,
Ivre de joie, il oublie
Les barreaux.

Si bien que, quand, repu de sang et de chair fraîche,
Il s'efforce à sortir par le même chemin,
Il ne peut passer par la brèche,
Il faut attendre au lendemain.

Le matin les gens s'éveillèrent,
Tous les chiens aboyèrent,
L'odeur du loup flottant dans l'air.
Des fagots l'enfumèrent,
Des bâtons l'assommèrent,
Et les chiens en hurlant dévorèrent sa chair.

Quant à son âme, c'est le diable qui l'emporte !
Diable de sort !!!

MORALITÉ   

Gardez-vous, jeunes gens, d'entrer par une porte,
Sans savoir comment on en sort.

Paul LEHUGEUR