110ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy, monocrate mais minoritaire.

Publié le 13 juin 2009 par Juan
Nicolas Sarkozy a démarré sa 110ème semaine à l'Elysée triomphant: il avait soit-disant gagné les élections européennes. Qu'importe si 6 millions de votes s'étaient évaporés depuis 2007. L'UMP reste en tête dans un paysage politique désolant et abstentionniste.
Minoritaire
Les élections européennes ont renforcé le dispositif élyséen en vue de la réélection du monarque en 2012. Rien n'est perdu pour l'opposition, mais le chemin est encore long. Lundi, Sarkozy ne s'est pas trompé en saluant le "succès" de l'UMP au scrutin de dimanche. Qu'importe si son camp est rétréci à un niveau inégalé au sein des grandes démocraties européennes (Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni) ! Le président a expliqué que : "ce succès aux élections européennes commande d'aller plus loin. L'Europe doit changer. Les réformes doivent continuer. Le président de la République prendra dans les jours qui viennent des initiatives ouvrant de nouveaux chantiers". Jeudi, le président français a rencontré à nouveau Angela Merkel. Ont-ils comparé leurs scores respectifs (38% pour la CDU, 28% pour l'UMP) ?
Lundi, Sarkozy souriait donc. Il avait brillamment neutralisé l'élection européenne : abstention record (surtout parmi les classes populaires, les plus touchées par la crise), UMP en tête, PS et Modem KO. Que du bonheur ! Il pouvait même laisser Fadela Amara déclarer que Daniel Cohn-Bendit, l'autre vainqueur du scrutin, avait toute sa place au gouvernement lors du prochain remaniement, et Brice Hortefeux draguer Marielle de Sarnez. Le résultat de dimanche est le signal d'une offensive sarkozyenne. Le président a rapidement fait savoir qu'il convoquait les parlementaires en Congrès à Versailles le 22 juin prochain. Il pousse le cérémonial au maximum pour ouvrir la seconde partie de son mandat. Combien de parlementaires de l'opposition auront le cran de boycotter cette allocution à sens unique ? Sarkozy se saisit de ce pouvoir, offert à lui depuis la réforme constitutionnelle de juillet 2008. Il convoque, les députés et sénateurs godillots doivent accourir. Tout au plus, pourront-ils débattre, sans vote, une fois que le Monarque aura quitter la salle. Aux Etats-Unis, le président américain peut également s'adresser aux élus du Congrès. Mais la séparation des pouvoirs a une sacrée valeur là-bas. En son temps, Bill Clinton à peine élu avait lamentablement échoué à convaincre le Sénat et la Chambre des Représentants à voter sa loi sur la protection sociale. Le président doit s'exprimer pour convaincre. En France, Sarkozy est un petit monarque qui vient faire le fier devant des députés et sénateurs UMP qui tiennent leurs élections que de lui. Boycottez-le !
Le 23 juin, Nicolas Sarkozy devrait ensuite annoncer son remaniement gouvernemental. Il cherche toujours l'ouverture et les symboles. A défaut de trouver des "gros poissons", il se rabattra sur du menu fretin, comme Paul Giacobbi, député radical de gauche de Haute-Corse, ou encore Christophe Girard, adjoint de Bertrand Delanoë qui a déjà dit qu'il était d'accord. Côté symbole, Sarkozy aurait trouvé ses nouvelles Rachida Dati Nora Berra, eurodéputée UMP, et Fatine Layt, une ancienne associée de Jean-Marie Messier. Dans quelques années, on expliquera à ces débauchés de l'ouverture qu'ils n'ont été que les suppositoires d'une casse sociale sans précédent.
Hypocrite
Mardi, faux hasard, le monarque se déplaçait en Savoie pour parler "énergies renouvelables". Qu'importe si le Monarque parle davantage qu'il n'agit. Cela ne l'empêche pas de s'auto-proclamer premier écolo de France : «La croissance durable, j’ai fait campagne sur ce thème avec Jean-Louis Borloo, nous avons inventé le Grenelle de l’environnement». On n'oubliera pas la grève de la faim, à l'automne 2007, pour faire craquer le gouvernement sur le moratoire d'un maïs transgénique, la liberté de produire OGM, le rejet à l'Assemblée Nationale de deux projets de lois écolos, l'un sur "l’empreinte écologique de la France," (en janvier), l'autre sur la "transformation écologique de l'économie" (en avril); le compromis minimaliste sur l'engagement européen de réduction des émissions carbone à l'horizon 2020 (autrement dénommé "Paquet Energie Climat"), ou le circuit de formule 1 de Flins dans les Yvelines à proximité d'une zone de collecte d'eau potable.
Le plaidoyer écolo de Nicolas Sarkozy est d'une hypocrisie sans bornes : son propre plan de relance, voté il y a à peine quelques mois, est minimaliste en matière d'environnement (600 millions d'euros sur 26 milliards). Ainsi, les fameuses énergies renouvelables ne recueillent-elles que 10% des investissements supplémentaires d'EDF. Le plan contient même une trentaine de mesures "Grenello-incompatibles", comme la construction de 3 nouvelles autoroute pour 800 millions d'euros (contre 220 millions d'euros pour les TGV), ou la prime à la casse en faveur des voitures polluantes (160g de CO2 par km alors que l’objectif européen pour 2012 est de 120g).
Mardi, donc, Sarko l'écolo nous a vendu que la France dépenserait désormais autant pour les énergies renouvelables que pour le nucléaire. On pourrait lui rappeler que son propre plan de relance le contredit sur ce point. Deuxième (et dernière) proposition concrète: la création d'une taxe carbone. L'ennemi est dans le détail, Sarkozy veut taxer les pollueurs plutôt que le travail ou les entreprises. On objectera que cette nouvelle fiscalité (1) sera de moins en moins rentable à fur et à mesure que les comportements deviendront vertueux; et (2) frappera sans équité les foyers les plus modestes.
Autre lieu, autre jour, autre hypocrisie. Vendredi aux "24 heures du bâtiment", Nicolas Sarkozy était ovationné par quelques centaines de chefs d'entreprises du bâtiment. Le secteur est l'un des grands bénéficiaires du plan de relance. Devant eux, le monarque s'est déclaré en faveur de « l'allègement du droit de l'urbanisme et la simplification du droit juridique » : toutes ces règles censées protéger paysages et cadres de vie, définir des normes de construction ou d'habitation, quel fatras ! « C'est trop long, c'est trop lourd, c'est trop paralysant. Ça ne protège pas l'environnement, ça ne protège pas le paysage, ça a conduit à un certain nombre d'horreurs».
Sarko écolo ? La belle affaire.
Escamoteur
Le président français veut surtout escamoter les mauvaises nouvelles de Sarkofrance. Non seulement le monarque est ultra-minoritaire dans l'opinion, mais en plus le contexte social est désastreux: premier problème, le pôle emploi est submergé. Le président du du comité d'évaluation de Pôle emploi a violemment critiqué cette semaine le nouveau service issu de la fusion des Assedics et de l'Anpe : service surchargé, équipes bousculées, directeur incompétent. La charge est rude. Autant que les destructions d'emplois : 2 000 par jour depuis janvier... Quelques 187 800 emplois ont été détruits au premier trimestre 2009 d'après l'INSEE (175 000 d'après le pôle emploi). Tous les secteurs ont souffert (industrie, tertiaire) comme tous les statuts (intérim, CDD, CDI). Pour faire face, le pôle emploi embauche 500 CDD pour renforcer les plates-formes téléphoniques de son service, avant d'installer une sous-traitance privée dès septembre.
Seconde inquiétude, le Revenu de Solidarité Active est menacé de surchauffe budgétaire à peine en vigueur, : c'est " l'embouteillage à la CAF !" rapporte l'Express. Et l'emploi n'est pas là. Conçu pour les périodes de croissance, le RSA dépasse les prévisions. En septembre 2008, le plan gouvernemental tablait sur 1,1 millions de bénéficiaires, antérieurement tous au RMI. Plus de 3 millions de travailleurs pauvres, subventionnés de quelques centaines d'euros, seront bientôt disponibles "à bas coût". Attention à l'effet d'aubaine ! Le Mouvement national des chômeurs et précaires rappelle que le RSA va renforcer la précarité des allocataires les plus démunis.
Autre nouvelle de la semaine, les prix en France ont ... baissé en France, pour la première fois depuis 1957: -0,3% sur 12 mois glissants. Christine Lagarde parle de "repli de l'inflation", plutôt que de déflation. Sacrée Madame la ministre ! Tout pour rassurer ! Selon un expert, cette stabilité à la baisse, sur plusieurs mois, «est le signe tangible d'une déflation». Or le risque est là: les prix qui baissent démotivent les entreprises à investir, les salaires n'augmentent plus, la consommation chute, le chômage enfle. De fait, les producteurs de lait s'impatientent, l'immobilier s'effondre un peu plus.
Le déficit de la Sécu, lui, explose à plus de 20 milliards d'euros. Mais Nicolas Sarkozy a son idée : Trois jours avant le scrutin européen, il avait annoncé l'une de ces casses sociales volontaires qu'il affectionne : transférer la prise en charge des maladies longues aux mutuelles, pour alléger la charge de la Sécurité Sociale. Espérons que l'électorat âgé du monarque soit aisé. Cinq millions de foyers français n'ont aucune mutuelle. Combien d'entre eux votent encore en conscience pour l'UMP ? Autre sujet de préoccupation, le SMIC n'augmentera que du strict minimum le 1er juillet prochain : +1,05%. Brice Hortefeux nous avait prévenu il y a 2 mois. Il n'y a que les émoluments de Sarkozy qui peuvent encore bénéficier d'une augmentation à deux chiffres ! Les salaires stagnent ou baissent en période de crise. L'État subventionne l'apprentissage, les stages, les "contrats de professionnalisation". Vendredi, lors des "24 Heures du Bâtiment", Martin Hirsch se réjouissait de ces exonérations au micro de BFM: "ces emplois ne coûtent presque rien aux entreprises !". Il croit bien faire. A la faveur de la crise, le gouvernement entend bien réajuster à la baisse le coût du travail. Quand l'entreprise Osram, filiale de Siemens Eclairage, menace 108 employés de licenciement économique s'ils ne réduisent pas leur salaire, personne ne bronche au gouvernement. Chez Hertz, les cadres ont cédé, et accepté une baisse temporaire de leur salaire.
Menaçant
Côté libertés publiques, ce n'est pas mieux. La France glisse tranquillement vers un état autoritaire. Lundi dernier, l'Assemblée Nationale étudiait en effet ces nouvelles dispositions de la loi de programmation militaire 2009-2014, proposée par Hervé Morin. Un débat à l'image de notre pays. Alors que l'Amérique tente de faire le bilan de 8 années d'administration Bush marquées par un rétrécissement des libertés publiques sous couvert de lutte contre le terrorisme, Nicolas Sarkozy engage la France, avec retard, sur le même dangereux chemin: fusion des services de renseignement (2008), préparation de la loi Loppsi 2 en matière de cybersurveillance (2009), exemption au secret des sources journalistiques (2008), installation des peines planchers (2007), et maintenant renforcement du secret défense. La Sarkofrance aime la manière forte. Le projet d'Hervé Morin comble un vide juridique: un juge devra demander l'autorisation au Parquet de perquisitionner tout lieu sensible "abritant un secret de la Défense Nationale". Après des débats houleux, le compromis est tombé : ces "lieux sains" ne le seront que pour 5 ans, et leur liste sera connue.
Laquais
Mardi prochain, Nicolas Sarkozy ira saluer la dépouille d'un autre monarque. Omar Bongo était l'ami de la France, un président à vie, corrupteur et corrompu. L'an passé, il avait fait virer l'idéaliste Jean-Marie Bockel, éphémère secrétaire d'État à la Coopération qui croyait pouvoir en finir avec la Françafrique. Alain Joyandet, son successeur, s'était précipité au Gabon prêter allégeance. Toujours sous le coup d'une colère, Omar Bongo ne le reçu même pas ! Bernard Kouchner sera aussi du voyage, mardi prochain. Il ira rendre hommage à un ancien client. En France, on ne sait pas encore si ce décès si nationalement célébré libèrera les procédures judiciaire en cours sur les avoirs détenus en France par la famille Bongo, suspectée de détournements de fonds, qu'ils auraient par la suite investi en France. La morale peut attendre. Elle n'a rien à faire dans les affaires africaines de la France.
Nicolas Sarkozy apparaît tel qu'il est: un monocrate, mais minoritaire, qui a solidemment conforté sa position, tant politique, institutionnelle que sécuritaire. Le 22 juin, clou du spectacle, il aimerait qu'on l'écoute, lors d'une cérémonie bonapartiste ridicule dont seule une certaine France est encore capable.
Ami Sarkozyste, où es-tu ?

Vas donc à Versailles applaudir ton Monarque !
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