Le ver dans la pomme de John Cheever

Par Sylvie

ETATS-UNIS

Editions Joëlle Losfeld, 2008
Il y a deux ans, j'avais découvert John Cheever avec le magnifique recueil Insomnies, nouvelles qui examinaient à la loupe le malaise de la middle class américaine.
Dans ce recueil, le personnage central est toujours l'américain moyen un peu raté qui rêvait d'une vie meilleure mais qui finalement se contente de ce qu'il a. Mais le ton est plus monocorde ; moins de cruauté et d'humour et finalement une insistance sur la résignation de l'anti-héros.
Cette fois-ci, l'américain s'expatrie, ce qui nous vaut de superbes descriptions de l'Italie. Mais, là encore, il manque quelque chose, ce petit rien qui fait que l'on peut être heureux : parce que l'on ne maîtrise pas bien la langue, parce que l'on imagine le rêve américain que l'on n'a jamais vu, on souhaite revenir au bercail...
Cheever insiste sur les ambitions déçues des hommes ce qui nous offre de belles pages ironiques : citons ce scénariste de séries télé qui se rêve poète sur les rivages italiens et qui est acclamé par les italiens parce qu'il est scénariste ! Ou encore ce poète qui rêve d'obtenir le Prix Nobel est qui culpabilise alors qu'il se met à écrire des poèmes grivois.
Finalement, ces nouvelles regorgent de portraits d'hommes qui vivent leur petite vie bien modeste, avec parfois une douce résignation. Citons ce couple d'arrivistes qui finalement terminent comme domestiques dans les demeures bourgeoises. Le ton est doucereux, gentiment résigné.
Il se fait rarement cruel ; citons un modèle du genre, la nouvelle éponyme du titre du recueil raconté par un oeil extérieur envieux qui cherche le ver dans la pomme au sein d'une famille très heureuse. Mais le ver est en fait cet oeil scrutateur jaloux qui rêve que ce bonheur s'effrite...
Règne dans ces nouvelles une certaine langueur : Cheever peint l'âme sur une rivière à peine nostalgique ; quelques sursauts de regrets, mais la vague est déjà bien calme...