Télétravail des malades & “modernité” selon Frédéric Lefebvre : vivement l’esclavage !

Publié le 29 juin 2009 par Kamizole

L’asinien Frédéric Lefebvre n’en démord (aux dents ?) pas : la guérison – l’exploi-tation des malades – passe par le télétravail… A lire récemment Libération Travailler en congé maladie: Lefebvre en remet une couche, il continue d’en soutenir le principe alors que son amendement au projet de loi sur le prêt de main d’œuvre entre entreprises avait été retiré in extremis par la majorité devant le tollé général. Ballon d’essai, auquel à l’évidence… Sarko ne doit pas être étranger…

«Il y a beaucoup de Français, y compris en longue maladie, qui ont besoin du travail pour guérir» a jugé Lefebvre qui s’est prévalu du soutien du député UMP Bernard Debré, chirurgien de profession.

Je n’en disconviens nullement sur le principe mais cela pourrait être bénéfique aux salariés à la seule condition qu’ils en soient réellement demandeurs – alors que l’on sait bien que dans l’état actuel des choses, la plupart des entreprises se fichent de l’amélioration de l’état de santé et du bien-être des salariés en général comme de Colin Tampon ! – et non imposé sous le fallacieux prétexte du «volontariat» qui sera à l’évidence le fait de diverses pressions. Et qu’en fait de «longue maladie» le moindre arrêt de travail sera concerné.

Bref : les vertus thérapeutiques et psychologiques de la proposition de Frédéric Lefebvre ne pourraient être valables que dans un tout autre contexte managérial - sur le plan humain et social - dont hélas nous sommes bien loin !

En outre, si l’objectif véritable est l’amélioration de la santé des patients en maladie de longue durée, il faut - comme pour la reprise à temps partiel dite “thérapeutique” - l’entourer de garanties médicales et administratives sérieuses : que la reprise en télétraval fasse l’objet d’un certificat médical adressé au Médecin-Conseil de la Sécurité social qui convoquera ensuite le malade pour un examen médical.

Cela peut paraître formaliste et relativement lourd mais c’est la seule façon de protéger réellemnt l’intérêt bien compris des malades.

Dans les faits, les arrêts-maladie sont aujourd’hui considérés comme autant d’injustifiées «fraudes à la Sécu». En témoignent des articles récents à partir de pseudos «études»… Pour adhérer à ce raisonnement – destiné à enfumer les gogos ! – il faut n’y pas connaître grand chose…

Certes, dans le passé, certains médecins – et jamais les meilleurs ! – gonflaient leur clientèle en étant très «généreux» en matière de certificats d’arrêt de travail. Ayant exercé pendant 6 ans dans les années 70 comme infirmière en usine, je peux en témoigner. Nous connaissions et les «tire-au-flanc» et ces médecins, le phénomène étant par ailleurs très marginal.

Or, de plus en plus la Sécu exerce un contrôle rigoureux sur les arrêts de travail. Les praticiens laxistes sont dans le collimateur et prennent le risque d’être sanctionnés. De surcroît, leur activité étant strictement contingentée, ils ne risquent pas de chercher à augmenter le nombre de patients par cet artifice.

Par ailleurs, aujourd’hui les entreprises tendent à diligenter leur propre contrôle médical des arrêts-maladie. Effectué par des médecins-contrôleurs rémunérés par des officines privées. Je doute que leur contrôle soit médicalement objectif pour une raison bien simple : l’organisme qui les rémunère est lui-même dépendant des employeurs qui payent les prestations. Et donc prié de faire «du résultat» !

Quid d’un désaccord entre le service de contrôle médical de la Sécu et les médecins-contrôleurs privés sur la pertinence d’un arrêt-maladie ? En toute logique, le contrôle médical de la Sécu – organisme officiel qui verse les indemnités journalières – doit avoir la prééminence.

Enfin, les malades doivent savoir qu’ils peuvent contester une décision prise par un médecin-contrôleur en demandant une contre-expertise.

Frédéric Lefebvre aura beau dire qu’«Il ne s’agit pas de faire travailler les gens malades qui ne veulent pas», outre que je demande à voir si cela ne s’apparentera pas à des «travaux forcés» ! sa proposition s’inscrit dans une nouvelle remise en cause des acquis sociaux que nous devons pour une grande part au Conseil National de la Résistance et dont les principes sont inscrits dans le Préambule de la Constitution de 1946, notamment le Titre II : «Des droits sociaux et économiques» et tout particulièrement l’article 33 :

«Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence». «La garantie de ce droit est assurée par l’institution d’organismes publics de sécurité sociale»

Comment oser de parler de «modernité» ?

Alors même que nous assistons depuis le milieu des années 70 à une formidable régression sociale visant à ruiner pan par pan tous les acquis sociaux… Chaque gouvernement – de droite comme de gauche - y ayant depuis ajouté une nouvelle «couche»… le terme semble devenu à la mode : il est utilisé sur un blog du Figaro Retraite : François Fillon en remet une couche s’agissant des retraites mises à la sauce Fillon… C’est à dire : travailler jusqu’à ce que la mort – ou l’épuisement total – s’en suive ! J’en reparlerais…

A cet égard, le «on y reviendra(it)» de Frédéric Lefebvre est l’équivalent du «il n’y a pas d’autres solutions pour sauver nos régimes de retraites que de travailler plus longtemps» de François Fillon… De la même eau que le fameux «on a tout essayé» au sujet du chômage, si souventes fois entendu dans les années 80 et 90, s’agissant de faire avaler toutes les amères pilules.

Il s’agit à l’évidence de préparer l’opinion publique à une purge ultralibérale encore plus amère… Et à force de seriner les mêmes messages que cela rentre bien profondément dans le têtiau pour finir par croire ces solutions comme les seules possibles et adhèrer - avec résignation -aux réformes concoctées pour le seul bien des entreprises. Dont Sarko, Fillon, Lefebvre et l’UMP en général sont les braves petits valets.

Tous ces «chantiers de la démolition sociale» ne visent qu’à rendre les salariés chaque jour davantage taillables et corvéables à merci : bienvenue au XIXe siècle ! A l’époque bénie de la «Révolution industrielle» quand les travailleurs n’avaient aucun droit à opposer aux patrons «de droit divin».

Comme «modernité» cela se vraiment pose là !