Eclats d'enfance de Marie Sizun

Par Sylvie

Rentrée littéraire 2009


Editions Arléa

Je vous présente en exclusivité le nouveau roman de Marie Sizun. Nous avons eu la chance de la recevoir à la médiathèque de Noisy-Le-Grand. Pour nous remercier, elle vient de nous envoyer un spécimen de son dernier roman, Eclats d'enfance, qui va paraître le 3 septembre prochain.
Toujours cette écriture si juste et épurée qui fait sa force et son thème de prédilection, l'enfance. Mais, par rapport aux autres romans, on sent l'influence très nette de l'autobiographie. Pour la première fois, l'auteur dit "je". C'est le "Je" d'aujourd'hui, qui tente de retrouver ses souvenirs d'enfance. Mais dans le passé, l'enfant devient "la petite" et son entourage "le père" et "la mère".
Il faut tenir à distance coûte que coûte ce secret familial, jamais expliqué, seulement suggéré, dans cet "immeuble aux briques rouges".
Alors, plutôt que de rentrer dans cet immeuble en brique rouge qui abrite le secret familial, elle va concevoir son récit d'enfance comme un carnet de voyage dans le 20e arrondissement, contourner cet immeuble aux briques rouges : fuyant le récit chronologique, elle va concevoir chaque chapitre comme un éclat d'enfance qui remonte à la surface grâce à un nom de rue, un cinéma, un square, une station de métro. Elle va saisir des petits morceaux de vie comme de petits papillons épinglés pour faire ressurgir les sensations de l'enfance.

Refusant le sentimentalisme, prônant la distanciation, elle conçoit ses personnages comme des ombres, des esquisses fuyantes que l'on ne fait qu'apercevoir.

Chaque rue, chaque carrefour, chaque square est vue à travers la vue, l'odorat, l'ouie de l'enfant.

Ainsi, dans cette belle promenade d'enfance, le mystère des êtres reste entier. Bien sûr, nous devinons des choses (un petit frère pas tout à fait comme les autres, une mère fragile), mais l'itinéraire parisien contourne habilement la "chambre du secret".
Un récit sous forme de fragments, d'éclats qui figure une mémoire séquentielle surgissant grâce à une promenade dans les rues de Paris. On appréciera les détails figurant le Paris d'autrefois comme la description des vieux métiers comme le grainetier ou le rémouleur.
Quelques extraits :
" "Qu'est ce qu'un enfance ? Ce temps étrange, marginal, secret, infiniment personnel, inconnu des parents, ce temps où l'on devient soi, où l'on se met à voir, à entendre, à penser. Envie de raconter cela. De retrouver cela. C'était le tracé des rues qui me le racontait, cette histoire. Qui m'aidait à me la raconter, qui en était le support. Le fil d'ariane.
C'était comme si, au hasard des rues, rue Haxo, rue de Borrégo, rue du Télégraphue, je retrouvais, papillons posés ici et là, prêts à s'envoler, des éclats de l'enfance perdue, dispersée, oubliée. De petits morceaux de vie. Comme si je surprenais, épinglé là, puis là, ce qui peut être, autrefois, m'avait échappé.
"Pourtant, mais cela, c'est un cadeau du temps et de l'âge, chaque fois que j'entends ou que je lis le joli nom de la station Porte-des-Lilas, ce n'est pas à l'odeur du métro que je pense, si prestigieuse fût-elle pour l'enfant, mais à une branche de fleurs fraîches qui m'aurait laissé dans la mémoire comme un parfum mauve
...Alors, les tendres et cruels fantômes de l'immeuble de briques rouges, j'ai simplement eu envie de les prendre dans mes bras, de les rassurer, de les réchauffer, de leur redonner vie. Une autre vie.
Leurs secrets, leurs mystères, les les garderaient, je les respecterais; Mais j'écrirais leur histoire, une histoire plus vraie que la vraie vie, que leur vraie vie, que la mienne. Une histoire qui dirait ce que nous n'avions pas su dire. "