Iggy Pop : Préliminaires

Publié le 07 juillet 2009 par Oreilles

Iggy Pop et Michel Houellebecq réunis pour un disque. Belle affiche. Pour ma part, je n’aurais pu trouver rencontre plus alléchante et intrigante. Que pouvait donc bien donner l’association – aussi inattendue qu’excitante – du mythique iguane et de l’écrivain français ? Quid d’un album annoncé sous influence de La possibilité d’une île, dernier roman en date de notre libidineux littérateur ?
Beaucoup, dès les premières écoutes, ont été surpris voire offusqués de découvrir un album à l’ambiance plus posée et suave qu’à l’accoutumée. « Merde ! Iggy nous fait du jazz maintenant ! ». Plutôt que jazz, je parlerai volontiers d’un certain blues-rock, joliment cuivré et aux accents baroques me rappelant sur certains titres un autre monstre sacré, Lou Reed. L’Américain livre un de ses plus beaux tours de chant, tout en langueur et en distinction. Sans pour autant renier sa culture rock – qu’il exprime assez nettement dans la seconde moitié du disque - le reptile se fait crooner et expose davantage sa corde sensible.
L’ouverture est sans appel. Pour nous accueillir – ou plutôt nous cueillir (délicatement), sur quelques notes d’orgue velouteuses et quelques discrètes pointes de guitare basse, Iggy Pop nous gratifie d’une magnifique reprise des « Feuilles mortes » de Prévert, originellement chantée – pour l’anecdote – par le plus qu’oublié Jacques Douai en 1947 et non par Yves Montand qui se targuait pourtant d’en avoir été le premier interprète. Je vous parlais de crooner, ce premier titre, livré dans la langue de Molière, en est l’éclatante démonstration, sublimement parachevé par un magnifique solo de clarinette. Enchaîné avec l’éblouissante quoique trouble « I want to go to the beach », il nous dévoile un chanteur charnu, fragile et chaud. Une facette plutôt cachée de l’icône américaine.
« King of the dogs », avec ses cuivres fanfarons et son piano cabaret, verse dans un registre plus glamour et baroque à mon goût mais non moins appréciable. Il y a pour moi dans ce titre indéniablement du Transformer. Ceci étant dit, on pourrait abonder inlassablement en références légendaires au fil des 12 morceaux du disque. Cela serait à mon avis oublier trop facilement à quel mythe et quel grand vocaliste nous faisons face.


Quelques que soient les dominantes des morceaux, du rock rageur « Nice to be dead » au blues garage aux guitares grasses « He’s dead / She’s alive », via des phases d’inspiration new wave (l’excellente « Party time ») ou jazz, règne une atmosphère erratique, menaçante, légèrement déroutante et indubitablement mélancolique. Isolé et pénétré par ses vies antérieures, comme pouvait l’être le personnage de Daniel 24 dans La possibilité d’une île, Iggy Pop, bien que fièrement dressé de toute sa hauteur, expose ses plaies et ses multiples personnalités.
Pour la première fois, le chanteur a travaillé seul, ne rencontrant pas ses musiciens et à de très rares occasions Michel Houellebecq, l’auteur des textes. Incontestablement, cet ermitage lui a été bénéfique. Débarrassé de ses Stooges, il nous revient dans les habits d’un crooner blues inquiétant et caverneux, bien servis par les mots et les obsessions du Français ainsi que par des arrangements n’ayant pas souffert la distance.
En bref : En mode loup solitaire et plus envoûtant que jamais, l’iguane change de peau et se mue en ténébreux crooner blues. Pas un vague album à tendance jazzy d’une icône déchue, un disque bluffant d’un grand Iggy.

Le site web dédié à Préliminaires.
“King of the dogs” en live à France Inter :


“Les feuilles mortes” également à France Inter :