Sylvie Duverger : L’ange du foyer est mort, vive les quotas !

Publié le 15 juillet 2009 par Colbox



“L’Ange du foyer ou le Triomphe du surréalisme”, Max ERNST, 1937

L’ange du foyer est mort, vive les quotas !
par Sylvia Duverger, Journaliste, doctorante


11.07.09


Le 17 mai dernier, Nancy Huston insinuait ici même que les féministes universalistes et queer commettaient un crime de lèse-féminité en refusant d’être des femmes comme leurs mères.

Beauvoir, la première, aurait fait le jeu d’un androcentrisme mortifère et impénitent. Pire, les soupçons qu’elle a fait peser sur les féminité et maternité auraient persuadé jusqu’à Françoise Héritier qui, dans son entretien du 9 mai avec Josyane Savigneau, insistait sur la construction des féminin et masculin et n’hésitait pas à faire valoir que la contraception permettait aux femmes d’être des hommes comme les autres, c’est-à-dire des personnes.

Indignation de Nancy Huston, qui, comme on le sait sans doute, est une « romamancière ». Car, s’avise-t-elle, les « mâles de l’espèce humaine », les « phallophores », semblent poussés à devenir des « mâles violents », sanguinaires et tortionnaires, par ressentiment à l’égard de leur impuissance à porter, mettre au monde et allaiter des enfants. Violer et découper la Mère serait en somme leur tentation spécifique, puisque certains, parmi les dominants dominateurs – pour plus de 90 % des mâles –, y céderaient frénétiquement.

Donc, « avant qu’il ne soit trop tard », la Femme en tant que mère devrait être reconnue comme l’humain-e par excellence : mieux vaudraient la conscience et le corps accueillant (à) l’autre que la prétention à une subjectivité autonome, déliée, voire invasive - telle est la ligne de crête de la plupart des essais de Nancy Huston depuis 1975.

A ce discours, dont le simplisme n’a pas été sans séduire, l’on préférera le rappel de Brigitte Grésy, auteure du récent rapport sur l’égalité professionnelle (Le Monde du 9 juillet) : « Les compétences n’ont pas de sexe », dit-elle, la destructivité non plus, ajouterais-je. Car les assignations genrées, à douceur pour les femmes et à dominance violente pour les mâles risqueraient fort de ranimer l’ange du foyer, avec peine étouffé par les Virginia Woolf, les Beauvoir… et les pédégères.

« Donner la vie fait de vous une femme, donner la mort fait de vous un homme : deux clichés » dont la complémentarité « fascine » (Le Journal de la création).

J’aimerais pour ma part poser à Nancy Huston, que je crois moins dogmatique qu’il n’y paraît, les questions suivantes : Faut-il entériner ces «clichés » dont la complémentarité nous « fascine » ou défaire la trame de ces fictions identitaires, comme il me semblait que L’espèce fabulatrice (2008) le proposait ?

Est-il vrai qu’ « un homme et une femme ce n’est pas pareil » ou, au contraire, tout étant construit dans l’espèce humaine, les hommes peuvent-ils être des mères comme les autres ? L’homoparentalité gay doit-elle être interdite et sa version lesbienne encouragée ?

Si le discrédit jeté par Beauvoir et Badinter sur l’instinct maternel est douteux et soupçonnable, les mères porteuses sont-elles dénaturées ? Les « apares », les femmes dénuées du désir d’être mères sont-elles des nihilistes s’évertuant comme les hommes à dénier leur mortalité ou peut-on admettre que certaines femmes procréent parce qu’elles sont impuissantes à créer (Désirs et réalités, 1995 et Professeurs de désespoir, 2004) ?

Lorsque dans le Deuxième sexe, Beauvoir évoque le sadisme de ces mères qui en veulent à leurs enfants parce qu’elles ont été mises dans la nécessité de renoncer à leurs possibilités d’accomplissement personnel, cède-t-elle au fantasme de la mère destructrice ou tente-t-elle, par la démystification, de dénoncer le fardeau des maternités non désirées ?

La répression de l’agressive curiosité des petites filles, déplorée par le Freud « cryptoféministe » (Monique Schneider, Le paradigme féminin, 2004) ou par Elena Gianini Bellotti (Du côté des petites filles, 1973) – pour ne citer que des sources bien connues des féministes – aurait-elle si bien réussi que, chez les femelles « pacivisées » (Alain Etchegoyen, Éloge de la féminité), nulle trace ne subsisterait d’acrimonie satisfaite par procuration, insidieusement retournée contre soi et ses proches… ou sublimée ? Si tel était le cas, comment pourrait-il y avoir des chirurgiennes, des psychanalystes, des chercheuses, des écrivaines… qui chacune à sa manière a affaire à l’énigme de l’origine ? Ou encore, comment pourrait-on jamais atteindre les 40 % de femmes remplissant des fonctions décisionnaires préconisées par Brigitte Grésy ?