Les nocturnes ...

Par Ericsansault

Commençons par un proverbe débile (pléonasme) : « La nuit, tous les chats sont gris. »
On pourrait s’interroger longuement sur la signification philosophique de cette phrase, en construisant notre argumentation autour de la notion de perception – en effet, si nous les voyons gris, cela veut-il dire qu’ils le sont ? Un peu comme l’arbre qui tombe dans une forêt où nul être vivant ne peut l’entendre. S’il n’y a personne pour l’entendre, sa chute fait-elle du bruit ?
Bref, revenons à la nuit. Les dernières semaines ont été l’occasion de sortir les lampes torches ainsi que l’efficace casque-flash (idée piquée à Gilles Martin, fallait déposer le brevet mon Gilloux !). C’est aussi l’occasion d’observer quelques espèces de mammifères, si discrètes durant le jour, ainsi que quelques reptiles et arthropodes (celles et ceux qui n’aiment pas les araignées peuvent changer de chaîne).
Les hauteurs de Cairns (Queensland) abritent encore quelques forêts tropicales, souvent parcs nationaux, et jouissent d’un profil hydrogéologique particulier, résultat de millions d’années d’activité volcanique. Le lac Barrine, un des deux lacs du Crater National Park, fait partie de ces lacs volcaniques entourés d’une dense forêt humide.
Dans de tels biotopes, la vie, si bruyante et colorée le jour, se fait plus discrète la nuit. Elle n’en est pas moins omniprésente.
Au détour d’un sentier, on se fait soudain couper la route par un petit rongeur qui se perche rapidement sur une liane et nous fixe sans crainte.


Fawn-footed Melomys – Melomys cervinipes .

Les marsupiaux comme les bandicoots ou les antéchinus courent dans les sens à la recherche d’invertébrés et de petits reptiles dont ils se nourrissent. Un bandicoot, probablement aveuglé par la lampe, ne m’évite pas et se prend dans mes pieds !


Yellow-footed Antechinus – Antechinus flavipes.

Sous les pierres ou sous les souches en putréfaction, le monde des reptiles s’ouvre à nous. Geckos, scinques, serpents daignent parfois nous montrer leur frimousse et nous tirent la langue avec malice.


Oedura coggeri, représentant les Gekkonidae.

Les yeux des araignées brillent de mille feux et nous permettent de les repérer. Les Lycosidae chassent au sol, se déplaçant rapidement et sautant sur leur proie avec vigueur grâce à leurs papattes velues. Certaines espèces sont très mimétiques et paraissent ternes lorsqu’on les regarde de notre point de vue de géant. Mais baissez vous et observez de plus prêt, vous constaterez alors avec émerveillement (rien que ça !) quelles fantastiques couleurs arborent ces arthropodes.


Lycosidae sp. nous montrant ses magnifiques chélicères rouges et noirs.

Enfin, profitons de la nuit pour observer le ciel, différent de celui de l’hémisphère nord.
C’est l’occasion de se rappeler quelques nuits passées en Turquie avec une bande de joyeux ornithologues qui prendraient vraiment leur pied ici.


La nuit, tous les chats sont gris …