Le promeneur - Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi

Publié le 19 juillet 2009 par Malaurie @jfbib

 

Une nouvelle BD réunissant les pérégrinations d'un promeneur dans les rues de Tokyo. L'homme, marié, responsable d'une petite société « toujours un peu au bord du gouffre » faisant des études de marché, profite de ces déplacements (rendez-vous ou aller-retour quotidiens) pour marcher et laisser son imagination guider ses pas. Il nous emmène ainsi à travers des paysage urbains insolites, faire d'agréables rencontres, et surtout laisser notre imagination coller aux pas de la sienne.

Il réfléchit et comprend combien il est difficile de vivre sous la pression, il sent aussi qu'il existe d'autres façon d'envisager la vie, une vie plus sereine.

Au delà de ces promenades : rien. C'est justement ce RIEN qui fait toute l'originalité du propos. Pas d'histoire familiale, pas d'entreprise à sauver ou à faire fructifier coûte que coûte. Les auteurs nous invitent à une réflexion sur la futilité de la vie moderne, sur l'importance du temps (celui qu'il faut prendre et savourer, pas celui qu'il faut gagner), sur l'importance de la marche qui représente vraiment un moyen de locomotion idéal pour appréhender toutes ces questions.

Il est, ô combien, vrai que la marche est bien le seul moyen qui nous permet d'aller d'un point à un autre tout en savourant les lieux traversés, en réfléchissant sur sa propre condition, en flânant, en élaborant des scénarios sur notre avenir. La marche nous permet aussi l'improvisation, les rencontres. On s'arrête et on repart quand on veut. Il existe aussi plusieurs façon de marcher, nous ouvrant plusieurs perspectives : la marche utile, la marche repérage, la marche flânerie...

Cet ouvrage et la réflexion qu'il suscite s'inscrit parfaitement dans une vision de la société renouvelée et pensée selon un modèle antilibéral et anticapitaliste. Dans la droite ligne de Henry David Thoreau et son Walden, d'Elisée Reclus, mais aussi de Jules Lafargue (Droit à la paresse), de Bertrand Russel (L'éloge de l'oisiveté).

Ce promeneur me fait penser aussi à Alexandre le bienheureux (Philippe Noiret)  dans le film d'Yves Robert. Tout un faisceau de réflexion que nous avions développé dans un billet écrit à quatre mains, avec Jef du Blog à Jef. : "Travailler plus pour gagner plus" ou "Travailler moins et vivre mieux"

C'est bien ce « travaillez moins ou autrement » qu'il s'agit de défendre et développer (à contre courant de la politique gouvernementale actuelle), en étant toutefois rétribuer décemment (exit parachute doré et compagnie) pour envisager de vivre mieux, en profitant plus fréquemment d'activité comme la marche.

N'est ce pas caractéristique si notre président Sarko est plutôt un jogger et qu'un marcheur ?

D'autres ouvrages de Jiro Taniguchi ici-même : K et Le sommet des dieux, L'homme de la Toundra et Le sauveteur.


Le promeneur

Jirô Taniguchi sur un scénario de Masayuki Kusumi, Casterman, 2008 - 15,00 €