Sh’t’aime moi non plus, tabarnak !

Publié le 26 juillet 2009 par Boustoune

Mais qu’est-ce que c’est-y que ce titre de movie, J’ai tué ma mère, tabernacle ?
Un drame familial ? Un thriller horrifique? Un documentaire sur la psychanalyse ?
Non, non, rien de tout ça… Juste une petite comédie québécoise qui a enthousiasmé le public et les différents jurys de la Quinzaine des réalisateurs lors du Festival de Cannes, édition 2009. Et le premier long-métrage d’un cinéaste prometteur, Xavier Dolan.
Le jeune homme, qui endosse également avec talent le rôle principal du film, y raconte sur un ton vachard la relation conflictuelle qui s’installe brusquement entre un garçon de seize ans et sa mère. Son personnage, Hubert est un adolescent en pleine crise identitaire, à cet âge charnière où l’on n’est plus un enfant, mais pas encore tout à fait un adulte. Il rêve de prendre son indépendance, de quitter un univers scolaire qu’il juge trop étriqué pour lui, et d’assumer enfin ses choix de vie – notamment son homosexualité.
    
Dans ce contexte, sa mère, Chantal, avec laquelle il vit seul, est de plus en plus perçue comme un élément indésirable, un boulet qu’il doit se traîner. Elle a beau l’envelopper d’une affection constante, il ne la supporte plus. Il abhorre ses goûts vestimentaires, sa façon de manger ou de parler pour ne rien dire. Il déteste les légères pertes de mémoire dont elle est victime, la considérant comme atteinte de la maladie d’Alzheimer. Enfin, il lui reproche d’être à la fois constamment sur son dos et de ne pas suffisamment s’intéresser à lui…
La mère d’Hubert ne prend tout d’abord pas au sérieux les subits accès de colère de son fils adoré et lui oppose un amour encore plus étouffant, encore plus dégoulinant de mièvrerie, qui contribue à exacerber davantage l’agacement du garçon. Un cercle vicieux… Puis, comprenant que sa tête-à-claques de rejeton l’a vraiment prise en grippe, elle adopte aussi un comportement hostile, ce qui donne lieu à des scènes d’engueulades dantesques, pleines de férocité et d’humour décapant…
Mais, évidemment, il y a aussi beaucoup de tendresse derrière cette relation un peu masochiste entre le fils et la mère. L’amour est toujours là et finira obligatoirement par reprendre ses droits, différemment. Il s’agit juste d’une période de transition, une mue nécessaire. Aussi bien Hubert que Chantal prennent conscience de la fin d’une époque et d’une relation exclusive et fusionnelle. Elle était jusqu’alors la seule personne qui comptait pour lui. Elle lui apportait affection et protection maternelle et il l’aimait en retour, Mais il a grandi, mûri, et, de manière très naturelle, s’est éveillé à d’autres amours.
Cette émancipation est un passage obligé dans la vie d’un individu, et la période difficile que vivent Hubert et sa mère, bien qu’exagérée pour les besoins du film, a quelque chose de très universel.
 
Evidemment, le sujet n’est pas franchement novateur, mais le film est porté par une sincérité touchante, une mise en scène maîtrisée et un humour réjouissant. Les dialogues, notamment, sont des petits joyaux d’esprit et de répartie, amplifiés par le charme de l’accent québécois et les spécificités linguistiques locales, et débités par un duo qui fonctionne parfaitement. Même si le rôle a sans doute une part autobiographique, Dolan est aussi à l’aise devant que derrière la caméra. Il parvient à rendre attachant son insupportable personnage d’ado hautain et colérique. Et face à lui, Anne Dorval réussit à trouver le ton juste, entre dépit et résignation, amour et agacement. Elle se révèle drôle et bouleversante.
Derrière son titre peu engageant de prime abord, J’ai tué ma mère est donc une œuvre sympathique et très plaisante, qui, par son humour et sa portée universelle est susceptible de toucher un large public. Et, bien que l’avalanche de récompenses obtenues par le film soit un peu exagérée – il y avait mieux, à la Quinzaine des réalisateurs cette année… - ce premier film rafraîchissant laisse éclater le(s) talent(s) d’un jeune acteur de réalisateur/acteur qui n’a que vingt ans. Autant dire que Xavier Dolan s’inscrit d’ores et déjà parmi les auteurs les plus prometteurs de ce nouveau siècle de cinéma…
Note :