Rat's 10 Les gros mots : si la tête passe, le reste suivra

Publié le 02 août 2009 par Actualitté
Ptiluc, j'avais eu le plaisir de le rencontrer à Angoulême, alors que je bossais pour un magazine, ou plus précisément comme chauffeur pour les auteurs publiés dans ce magazine... Autant vous avouer qu'après une bouteille (ou deux ?) bien torpillée, sa théorie sur les cochons et les hommes et le chromosome qui nous séparait (salope de discrimination...) m'avait conquis. Je garde surtout un souvenir ému de sa gentillesse, lui qui, une main dans le plâtre, souvenir d'un voyage en moto, était allé piller le stock des Humanoides associés pour m'offrir des BD, histoire d'alléger la peine de mon bénévolat. Bref, Ptiluc, je t'aime.
Autant que j'aime tes rats, tout à fait désagréables, bien humanisés à souhait, façon fable moderne et corrosive. Débarqués sur une terre encore à conquérir, nos rats vont faire connaissance avec une flore plutôt hostile, jusqu'à ce que l'un d'eux soit capturé par des campagnols adeptes du langage purifié... de tout gros mot. Si fait. Et les aventures politico-langagières ne sont pas prêtes de s'arrêter, si l'on ajoute à la gentillesse ambiante un supplément religieux : l'Emblème. Tout le monde lève la main droite, se prosterne et dit amen, je veux voir qu'une seule tête.
Epaulé par une taupe myope ; pardon, mal voyante ; notre rate va tenter de se sortir de ce cauchemar de politesse et découvrir que derrière l'ordre apparent règnent des forces ourdies, tapies dans l'ombre et qui tirent doucement les ficelles d'un fragile équilibre social. Bordel de m...
Inimitable (ou alors c'est du plagiat et c'est dégueulasse), le dessin de Ptiluc est un bonheur pour les yeux, autant que ses histoires un plate roboratif pour ses lecteurs. Pour ce tome 10, on sort l'artillerie lourde, à grand renfort de complot campagnolesque, de milices armées, secrètes mais polies et de tout ce que l'on peut trouver pour étayer une thèse : pas facile d'arriver en conquérant et de s'installer en lobotomisé frontal. Si, même pour des rats, c'est possible.
L'histoire se tient plutôt très bien d'un bout à l'autre de l'aventure, on grince des dents, on sourit, et l'on se dit que si Marx avait écrit le Capital en version BD, on se serait moins emmerd... Et avec Ptiluc au dessin, on aurait carrément pris son pied. Pas de temps mort, des rats ridicules à souhait et tout à fait idiots ; encore que ; un scénario qui mérite son pesant de mort au rat, justement, voilà tout ce qui fait un bon album.
Servi pour un tarif léger, à moins de 10 €, c'est plus qu'à recommander. Après, de là à dire que Marx serait d'accord avec tout, y'a quand même un monde. Mais ça aurait bien servi à Colomb, je pense.
Les rats, 10, Les gros mots, publié chez Soleil, par Ptiluc, pour 9,95 €