Soignez vos bronches, roulez en 4×4

Publié le 02 août 2009 par Jpa

L’écologie est à la mode.

Ce qui est à la mode fait vendre.

Les publicitaires utilisent l’écologie comme argument de vente. C’est ce qu’on appelle le greenwashing ou l’art de repeindre en vert ses activités certes lucratives, mais catastrophiques pour la planète.

La pub fait certes vivre beaucoup de gens surtout du côté des journaux et des sites web.

Certes, la pub, on le sait, c’est l’art de vendre des glaçons aux Inuits – quoique à ce rythme-là, ça risque de devenir un secteur porteur… alors la pub deviendra l’art de vendre du sable aux Touaregs.

Mais dans certains cas, les publicitaires perdent vraiment les pédales. Peut-être avez-vous vu dans vos journaux, ces derniers jours, la réclame pour le Q7 d’Audi (cliquez sur l’image, l’agrandir).

Que vante-t-elle ?

“Difficultés respiratoires, hyperréactivité des bronches, bronchiolites infantiles, pluies acides. On continue à ne rien faire ou on se décide à agir ?”

Puis, en plus petit :

“Nouvelle Audi Q7 TDI© clean diesel. La technologie qui réduit de 90 % les émissions de NOx”

En encore plus petit, la pub explique comment la technologie AdBlue permet de réduire de 90% les émissions d’oxydes d’azote, les fameux NOx.

On récapitule, si on veut se “décider à agir” on achète un gros 4×4 Audi pour éviter que nos semblables ne souffrent de difficultés respiratoires, d’hyperéactivité des bronches, etc.

Ce lien, la pub ne le fait pas explicitement, mais c’est clairement ce qu’elle fait comprendre.

On peut aussi ne pas agir en n’achetant pas de 4×4. Parce que le “modèle présenté” est quand même une grosse bestiole, à savoir, une Audi Q7 V6 3.0 TDI© quattro clean diesel 240 ch. qui coûte quand même dans les 70 000 € (plus 43 € pour le cable pour iPod… un sourire et je suis sûr que le concessionnaire vous en fait cadeau).

Quelques réflexions à propos de cette réclame au goût plus que douteux :

  • - Tout en haut de ce visuel, Audi a indiqué sa devise : “Vorsprung durch Tecnhik”, comprenez “L’avance par la technologie”. C’est un exemple parfait de ce que l’on appelle la soutenabilité faibleen opposition à la soutenabilité forte. C’est un “sous-concept” du développement durable qui stipule que les progrès techniques nous permettront toujours de substituer aux ressources naturelles épuisées des ressources artificielles développées par l’homme.
  • -En France, la publicité est vérifiée par l’ARPP, Autorité de régulation professionnelle de la publicité, nouveau nom de feu le Bureau de vérification de la publicité (BVP). Cette instance de publicitaires a établi un code de bonne conduite qu’est censée suivre toute publicité. Parmi ces règles figure un chapitre sur le développement durable.

Morceaux choisis :

“Le message publicitaire ne saurait suggérer indûment une absence totale d’impact négatif.”

ou encore,

“Tout argument de réduction d’impact ou d’augmentation d’efficacité doit être précis et s’accompagner de précisions chiffrées, en indiquant la base de comparaison utilisée”.

  • -Il n’y a pas que les constructeurs automobiles qui se moquent des consommateurs, loin s’en faut. L’Alliance pour la planète publie régulièrement des analyses critiques des arguments publicitaires.
  • -Fin 2007, la Norvège a interdit toute référence à l’écologie dans les publicités pour les voitures. Le texte transmis aux constructeurs automobiles stipulait que “les termes véhicules propres, respectueux de l’environnement, naturel, verts ou toute description similaire ne peuvent plus être utilisés dans les campagnes de publicité pour des voitures”.