Cunégonde contre la grippe A : 8

Publié le 12 août 2009 par Porky

Scène 11

Les mêmes, moins Cunégonde, plus Daktari

 

DAKTARI (Se frottant les mains)

Ah, vous êtes tous là ! Que cela tombe bien !

LA MADONE

Allos bon, maintenant, voilà le mongolien !

Le traître à son parti, le Grand Humanitaire,

Qui vient baver devant notre cher grabataire.

DAKTARI

Ton amabilité, si connue parmi nous,

Qui dans le monde entier a tant fait de remous,

Ne m'empêchera pas ici de triompher :

Grâce à moi les vaccins sont en sécurité.

ROSIE (Fronçant les sourcils)

Que veux tu dire ?

DAKTARI

                             Et bien, je m'en suis emparé,

Dans un autre frigo, je les ai transférés.

Ils sont bien à l'abri dans mon cher ministère

Gardés par des agents et de belles panthères.

ROSIE (Qui devient peu à peu toute rouge)

Tu as fait tout cela, et sans me prévenir ?

DAKTARI

Je t'ai cherché partout. Mais il fallait agir

Avec célérité. Car ton vieux frigidaire

Ne vaut pas mon abri bien antinucléaire.

ROSIE (Se précipitant vers lui et commençant à l'étrangler)

Espèce de vieux con, radasse déplumée !

Par toi, affreux nabot, j'ai failli trépasser !

Mais tu vas le payer, c'est toi qui vas partir

A ma place là-bas, tu vas aller gésir !

DAKTARI

A l'aide ! J'étouffe !

SCARLATINA

                                Un autre assassinat !

Mais dans le meurtre ici, c'est un vrai championnat !

Fifi, Lanlan, pitié, faites donc quelque chose !

ROSIE (Continuant d'étrangler Daktari)

J'en ai assez de toi, j'ai même l'overdose

De ta stupidité, de tes initiatives

Et je vais t'étrangler pour que ta mort s'ensuive !

FIFI (Libérant Daktari)

Assez ! C'est indécent !

LANLAN (Retenant Rosie)

                                        Déplorable spectacle !

Parmi nos rangs, hélas, c'est vraiment la débâche !

Retrouvons par pitié un peu de dignité

Ou bien des électeurs nous serons la risée.

SCARLATINA (Dubitative)

N'est-ce pas déjà fait ? (A Daktari) Cher docteur, ça va mieux ?

DAKTARI

J'ai le cou en morceaux.

FIFI

                                        Il exagère un peu.

Tu t'es fait secouer* comme un triste prunier,

Mais j'absous là Rosie, tu l'avais mérité.

DAKTARI (Pleurnichant)

Je croyais bien agir et n'avais à l'esprit

Que faire de mon mieux, ainsi que le prescrit

La charte politique à laquelle j'adhère.

LA MADONE

A quoi adhères-tu, dis-le moi, pauvre hère ?

Rien qu'à tes intérêts.

LA LANGOUREUSE ARIELLE

                                   Et bien, comme tous ceux

Que je vois réunis dans cet insigne lieux.

SCARLATINA

Il faut que maintenant j'aille voir mon chéri

Afin de raconter cette péripétie,

Et que de Cunégonde au verbe magnanime

J'aille porter secours en ce moment sublime.

(Elle rentre dans la chambre à droite.)

Scène 12

Les mêmes, moins Scarlatina

 

FIFI

Beaucoup de bruit pour rien, telle est donc la morale

De tous ces grands discours, de cette joute orale

Qui eut lieu aujourd'hui, dans ce couloir désert,

Recouvert de poussière et plein de courants d'air,

Que Dieu merci personne à part nous n'entendit :

De quoi aurions-nous l'air ?

LA MADONE

                                            Peut-être de bandits.

Plus sûrement de sots, poussant le ridicule

Jusqu'à lâcher en nous la moindre particule

De cette intelligence à nulle autre pareille

Et qui dans nos partis a fait tant de merveilles !

ROSIE

L'Antarctique s'éloigne et je sens ma colère

M'abandonner aussi. Ainsi donc, je tolère,

Près de moi ce vieux schnock, mais pourvu qu'il se taise.

FIFI

Son rôle est terminé.

DAKTARI

                                 Ah, je me sens fort aise.

Car par moi, Dieu merci, la classe politique

Est sauvé du virus, d'une problématique

Vacance du pouvoir si cette épidémie

Venait bien affaiblir toute l'économie.

ROSIE (A part)

Je fais quoi, je le gifle ou bien je fais semblant

De ne point avoir ouï ce qu'a dit ce manant ?

(Nouveau barouf dans la chambre de droite. Puis on entend distinctement quelques mots.)

(A suivre)