Ouverture en beauté de la rentrée littéraire, avec Colum McCann

Par Pmalgachie @pmalgachie
Vous allez le lire partout, et les mots se trouvent d’ailleurs dans les premières lignes de la quatrième de couverture du nouveau livre de Colum McCann, Et que le vaste monde poursuive sa course folle : «roman polyphonique». L’appellation – non contrôlée – est exacte. Autour d’un point sur lequel se focalise toute l’attention, des grappes de personnages évoluent dans leur propre monde et, parfois, se croisent vraiment.
Nous sommes le 7 août 1974, à New York. Philippe Petit, funambule français de haut vol, se trouve sur un fil entre les deux tours du World Trade Center. L’exploit a été filmé, et on peut en trouver la trace ici. C’est impressionnant. Tous ceux qui sont là regardent, d’abord sans comprendre ce qui se passe. Avec la crainte d’une chute. Ou, pour certains, l’espoir de cette chute. (L’âme humaine est ainsi faite.) La foule lève les yeux. C’est un point sur un fil, avec le ciel pour décor. Un avion passe – la photo, seule image dans le volume, et on n’en avait peut-être pas besoin, est saisissante et renvoie, comme le dit d’ailleurs Colum McCann, au souvenir plus récent du 11 septembre 2001. Mais, ici, pas d’avions dans les tours. Seulement un homme qui tente et réussit un improbable exploit. Avant d’être arrêté et de se retrouver face à un juge qui fait partie de la polyphonie évoquée plus haut.
Surtout l’épouse du juge, en fait, puisqu’elle réunit, ce jour-là, d’autres femmes qui, comme elle, ont perdu un fils – ou plusieurs – au Vietnam. Elles sont d’origines sociales très diverses, mais la douleur qu’elles partagent leur permet d’oublier les barrières qui se dresseraient, en d’autres temps, entre elles. De la même manière que Corrigan, un moine irlandais qui a fait vœu de chasteté, néglige ces barrières pour s’occuper – paradoxalement – de prostituées dont deux sont mère et fille. Plus tard, une des filles de la seconde changera de statut, comme la dernière partie du roman, située en octobre 2006, le fait comprendre. Il y a aussi, à Palo Alto, de jeunes informaticiens assez doués pour court-circuiter les réseaux téléphoniques et vivre en direct, par le truchement de personnes présentes sur place, le défi de Philippe Petit…
Tout cela grouille d’histoires souvent tragiques, que l’on suit comme les fils d’une pelote particulièrement serrée mais dans laquelle on n’éprouve aucune difficulté à se repérer. Chaque personnage a sa place dans la vie, dans son quartier, avec ses proches. Et ils ont tous quelque chose d’assez attachant pour qu’on ait envie de connaître leur destin. En tout cas, moi, j’ai eu envie. Et je ne regrette pas d’avoir passé quelques heures inoubliables en leur compagnie. Colum McCann est un grand – on le savait, bien que j’en aie fait personnellement peu l’expérience. Voici un premier temps fort de la rentrée littéraire. Je nous en souhaite beaucoup d’autres.