Gaston Chérau Le Monstre

Par Bruno Leclercq


Gaston Chérau
Le Monstre


Qui est le monstre ? Le père Massé, le maître du Chebroux, consommateur de filles de ferme, amateur de chair fraîche qui s'octroie le droit de cuissage sur toutes les « nouvelles », pauvres servantes renvoyées sitôt engrossées ? Mame Massé, « la Bourgeoise », qui laisse faire son mari, mais veille au grain et se charge du renvoi des filles avant qu'elle ne soient grosses ? Leur fille, Hortense, enceinte des oeuvres de son père, ravalée au rang de servante, qui aidée par sa mère, conseillée par Gentil, le rebouteux, tente de se « délivrer » en s'épuisant aux travaux des champs ? Le curé qui menace de la damnation éternelle, la mère venue lui demander conseil ? Les frères, complices apeurés de leur mère ? La ferme et le village entier, effrayé, fuyant Hortense et son fils comme des bêtes malade ? Non le monstre, pour tous, c'est « l'Fi » qui est venu, venu malgré tout, ce fils qui est le fils de son grand-père, le frère de ses oncles. Ce « Fi » devant qui les femmes se signent, les hommes se taisent et dont les petits parlent « avec un tremblement dans la voix ».

Le Monstre est une tragédie se déroulant dans le Berry du début du siècle, la nouvelle paraît pour la première fois en 1907 dans le Mercure de France. Ses protagonistes ne sont que des « Pésans », durs au mal, brutaux, Chérau nous décrit leurs réactions face à un fait inconcevable, « une chose si nouvelle ». Il nous conte le destin tragique de deux être rejetés par leur milieux, leur famille. Un milieux fermé, où les secrets sont chuchotés au curé ou au rebouteux, un famille où l'on ne parle pas, où le travail et la réputation ont plus d'importance que la vie même, où seule la peur de la punition divine empêche le meurtre.

Face à l'abjection Chérau ne juge pas, il ne se fait pas moralisateur, il décrit, donne à voir le point de vue de chacun, il n'intervient pas et c'est ce qui fait la force de cette nouvelle, ce qui fait qu'elle bouleverse et ne peut laisser indifférent.
La force de cette nouvelle, l'émotion et les questionnements qu'elle suscite, ne peut que nous inciter à aller voir de plus près dans la bibliographie de son auteur donnée en fin de volume.

Gaston Chérau : Le Monstre. Préface de Sylvaine Viel-Notte. 80 pages, Format : 13 x 19 cm Prix : 11,00 €

Versant Libre.
7, rue du Stade
36400 La Berthenoux

Gaston Chérau dans l'Alamblog.