Fiche de lecture : Quand les dieux buvaient

Publié le 02 septembre 2009 par Francisbf

En relisant un peu mon blog (en fait non, en essayant de me remémorer ce que j'y avais fichu), je me suis rendu compte que si je donnais des conseils de lecture au moins deux fois, la seule fiche de lecture dont je me sois fendu concernait Marc Levy. Du coup, j'ai un peu honte, et je me suis dit "pourquoi ne pas parler d'un truc qui m'a plu en recyclant ce que j'ai écrit pour un autre site, hein ?", et je me suis dit "ha ouais, pas con", du coup, voilà.

S'il est une chose indubitable dans ce monde de machos, c'est que les gens rigolos sont généralement des messieurs. De braves messieurs, que j'imagine respectables le plus souvent, à l'anglicitude irréprochable jusqu'à la moustache cirée et au chapeau melon, et surtout qui sont immanquablement dotés d'un pénis et de la sempiternelle paire de coucougnettes qui l'accompagnent.

Des mecs, quoi.

Même en cherchant bien, on trouve peu de femmes ayant l'humour pour sacerdoce. On ne voit pas (enfin, je ne vois pas) au premier abord d'équivalent féminin aux Monty Pythons ou à Douglas Adams. Y'a qu'à regarder les H2G2, hein.

Je ne sais pas à quoi c'est dû. Peut-être au fait que les femmes sont là pour qu'on les fasse rire, afin de les coucher à moitié dans nos lits, mais qu'une femme drôle est vulgaire. Un bon exemple est Geneviève de Fontenay, la grande humoriste française, dont les traits d'esprits sont aussi dégoûtants que ceux de Bigard, que nul ne voudrait dans son pieu.

Mais il ne faut pas s'arrêter aux premiers abords, car au second, on peut trouver des perles, en fouillant les huîtres malodorantes de la littérature fantasy.

C'est le cas de Catherine Dufour (1).

Catherine Dufour est une écrivain française, qui longtemps refusa de publier ses textes, pour la bonne raison qu'elle les jugeait « très mauvais ». Beaucoup de gens n'ont pas cette pudeur (Marc, Guillaume, si vous me lisez, spécheule kassdédi).

Puis, dit-elle, elle découvrit Terry Pratchett, et décida que faire rire était une raison valable d'écrire.

En une semaine, elle avait fini Blanche-Neige = SS, titre explicitement pompé à Vuillemin (encore de la référence qui donne envie), qui allait se transformer en « Une cloche à fromage pour réception de huit cent personnes », jugé un peu long par son éditrice qui allait lui imposer « Blanche-Neige et les Lance-Missiles », premier tome du cycle Quand les dieux buvaient.

Autant le dire tout de suite, Blanche-Neige..., c'est un sacré bordel. Assez compliqué à résumer pour qui l'a abandonné (bon, perdu) au bout de la moitié, pour le finir deux mois plus tard.

Mais ce fouillis foutraque a quelque chose de jouissif.

Hommage appuyé et revendiqué à Pratchett, aux Monty Pythons et à Douglas Adams (on peut trouver pire comme maîtres), elle retrace l'histoire du monde depuis qu'il était plat (2), dans une uchronie foisonnante (c'est rigolo, c'est le mot utilisé en quatrième de couverture aussi, mais je l'avais trouvé en premier) de clins d'oeils (3), de références, et d'une invention langagière qui n'appartient qu'à elle.

Bon, ça vous dit pas vraiment de quoi ça parle...

A la base, mettons que c'est du conte de fées. On retrouve des personnages connus, Blanche-Neige, Aurore de Bois Dormant, Peau d'Âne, Dieu, Vareuse-Tagueule (enfin, le petit Chaperon Rouge), et ça commence par la fin du monde, parce que Dieu et ses anges sont devenus ivrognes par la faute de Bille Guette, qui voudra par la suite se débarasser des spectres qui auront envahi internet, en les convertissant de .spectr en .3d et en les faisant poursuivre par des meutes de PacMan, heureusement pour eux qu'Evariste Galois et les fées du Bois de Boulogne veillent...

Je saute des épisodes, pardon.

Alors, Blanche-Neige, après être devenue une abominable dictatrice...

Non, j'en dis trop.

Bon, alors, le couple formé par Peau-d'Âne et Cendrillon qui en avaient marre d'attendre le prince charmant battant de l'aile...

Non, ça va pas.

Alors, au tout commencement, il y avait un village gai et industrieux, peuplé d'êtres généreux et aimables, pourvu que vous soyez pas une saloperie d'étranger. Aïe, fils de Baffe, petit-fils de Ronfle, neveu de Bibron, Soluble et Perclus, cousin de Demi, Craspette, Liquette, Aufraise, Bedon, Arnica et Lampion, fait fortune dans la bière de saucisson des marais et...

Nan, ça explique pas vraiment.

Bon, je crois que je vais abandonner l'idée de raconter l'histoire, je ne parlerai donc pas de la fille du père Noël, des gragons ou de Mismas l'écrivaine fantasy auteur de Le Dit de l'Epée du Démon Blanc. C'est trop bordélique.

Mais on s' y retrouve quand même, c'est ça qui est fort.

En plus, c'est tellement savoureux qu'on peut se relire des passages trente six fois en continuant à se bidonner comme un pot de pétunias.

« Alors, j'y ai dit, à ma mère, que j'avais pas envie d'y aller, cause que ma grand', elle pique du menton et elle me fait faire sa vaisselle. 'lors a m'a dit :

-Et mon sabot dans ton cul, ça va t'y piquer ?

 et a m'a donné ce panier, là, avec du pain sec pour l'âne à ma grand', pis j'y ai dit :

-Pis si je rencontre un loup ou un linsk, hein ?

 alors a m'a dit :

-T'y fous un peu de ce poivre dans la truffe, ça ira bien.

 et a m'a donné ce sachet de poivre, alors j'y ai dit :

-Pis si je rencontre le monsieur tout velu qui me dit des cochonceries ?

Alors a m'a dit :

-Ca te fera l'occasion de t'instruire, pour une fois.

 et a m'a donné ce petit pot de beurre, alors j'y ai dit :

-Pis si je rencontre un korrigan ou un elfe noir ?

 alors a m'a dit :

-Tu t'démerdes.

 alors j'y ai dit :

-Pis si je croise un ours, hein ?

 alors a m'a dit :

-Ben là, tu l'as dans l'fondement

 alors j'y ai dit :

-Pis si je...

 alors a m'a dit :

-Ta gueule !

Et a m'a foutue dehors, dites donc ! »

Et je passe le don qu'elle a pour les petites phrases définitives suintantes d'un cynisme de bon aloi, et les myriades d'expressions plus inventives les unes que les autres.

Non, décidément, Catherine Dufour, c'est du bon. Et elle doit être inspirée par de la bonne.

  1. Mais pas que : en réfléchissant un peu, j'ai trouvé aussi Nathalie Dau, qui dans un recueil de nouvelles intitulé [Pro]Créations, a été la seule à me faire rigoler avec une histoire de paternité chez des elfes de Wow, alors que les mecs me déprimaient plutôt, même Yoze.

  2. jusqu'à ce qu'il devienne rond, tout à fait rond, rond du dessus et du dessous en plus de rond dans les coins

  3. Putaing, quelqu'un qui a lu le Pays des 36000 volontés, ça se respecte, ça.

  4. Ha, et sinon, les infos que je donne imprudemment sont intégralement issues du bouquin.
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