Anorexia Nervosa : une ode à tous les moralistes

Publié le 19 mars 2009 par Basan
Très chers lecteurs, j'ai décidé dans cet article de traiter des Pro-Anas, ces filles soit-disant atteintes d'anorexie et se structurant en communautés sur le web. Bien évidemment notre société sclérosante et hypocrite s'est empressée de stigmatiser un tel phénomène, qualifié souvent de “mortifère“. Le 15 avril 2008, on parlait d'ailleurs même à l'Assemblée nationale Française de limiter la liberté d'expression pour mettre fin aux sites Pro-Anas tenant des propos encourageants à la maigreur excessive.
Avant d'aller plus loin dans la dans la description de la tendance maigreur, voici deux liens à consulter pour que tout le monde sache bien de quoi il s'agit :
Sur les Pro-Ana .
Ex. de blog pro-ana.
Je me permet en outre d'ajouter pour des raisons légales évidentes que le présent ARTICLE N'ENCOURAGE ABSOLUMENT PERSONNE A UNE REDUCTION DE SON REGIME ALIMENTAIRE. Il est en effet nécessaire pour la bonne santé de tout être humain de se nourrir correctement, tant en terme de quantité que de qualité. Tous les textes cités et liens mentionnés dans cet article sont présents pour des raisons purement informatives et ne doivent pas être suivis au risque de mettre sa santé en danger.
Toutefois, il est absolument scandaleux que la société veuille empêcher des individus d'exprimer leurs points de vues sur un sujet particulier, aussi dérangeants soient-ils. L'interdiction légale de l'apologie des comportements de type anorexiques est justifiée dans l'opinion publique par la nécessité de protéger ces pauvres brebis pathétiques et tellement influencées par les magazines de mode qu'elles en viennent à s'imposer le code de conduite suivant :
1. Si tu n'es pas mince, tu n'es pas attirante.
2. Être mince est plus important qu'être en bonne santé
3. Tu dois t'acheter des vêtements étroits, couper tes cheveux, prendre des pillules diurétiques, jeûner,… Faire n'importe quoi qui puisse te rendre plus mince.
4. Tu ne mangeras point sans te sentir coupable.
5. Tu ne mangeras point de nourriture calorique sans te punir après coup.
6. Tu conteras les calories et restreindras tes apports.
7. Ce que dit la balance est plus important.
8. Perdre du poids est bien / en gagner est mauvais.
9. Tu ne peux jamais être trop mince.
10. Être mince et ne pas manger sont les signes d'une volonté véritable et de succès.
Source : http://pinkforlife.unblog.fr/2007/03/25/les-dix-commandemants-pro-ana/
Bien entendu, l'application de telles consignes dénote clairement une tendance marquée à l'anorexie, cependant personne n'a jamais forcé ces jeunes filles devenues squelettiques à suivre de tels “commandements“. D'ailleurs la plupart des blogs mentionnent même le fait qu'être ou non une Pro-Ana relève d'un choix purement personnel. À mon humble avis, ce n'est pas du tout le rôle de la loi que de décider si il est légal ou non d'adopter un comportement maladif. À fortiori quand ce-dernier n'engendre aucun comportement criminel ou dangereux pour les autres.
Pourquoi n'y aurait-il pas un droit à la mort comme il existe un droit à la vie ? La liberté est à mon sens une donnée sociale précieuse et je met au défi quiconque, sans entrer dans des considérations purement morales (et donc subjectives), de m'opposer un seul argument valide justifiant la fermeture des sites Pro-Anas.
D'ailleurs, il est tout de même cocasse de noter que notre société capitaliste si protectrice des jeunes permette l'obésité, qui est pourtant au moins aussi dangereuse que l'anorexie. Est-il en effet illégal d'aller s'empiffrer trois fois par jour au Mac Donald's ? Bien entendu les plus éveillés m'objecteront qu'il est désormais mentionné sur les emballages de hamburgers qu'il faut faire du sport et manger varié pour rester en bonne santé. Mais les sites prônant l'anorexie seront-ils autorisés si, comme sur les paquet de cigarettes, ils font mention de leur dangerosité ?
La société ne cherche en réalité nullement à protéger les jeunes écervelées soit-disant influençables d'elles-mêmes mais il s'agit ici bien plus de réprimer le développement d'une tendance mortifère que la masse ne peut tolérer. Les Pros-Anas ont tout simplement transcendé leur maladie par la sublimation. Et il ne faut pas s'y tromper car il s'agit bien là d'un mécanisme de défense, même si la conception occidentale du tout-soin ne saurait accepter que certains préfèrent vivre leur idéal, même si ce-dernier va contre leurs intérêts les plus fondamentaux. On peut donc tolérer les centaines de milliers d'attaques cardiaques causées par l'obésité survenant par année au motif qu'elle sont la cause d'une opulence vue au final comme salutaire, mais on ne peut accepter que nos canons de beauté -qui pourtant s'affichent dans tous les magazines de mode - créent une certaine émulation dans la jeunesse.
OUI, la minceur excessive mène au cimetière, mais n'est-ce pas là une subtile association du thanatos et de l'eros à laquelle nous adhérons tous, secrètement tout du moins. Qui peut en effet affirmer n'avoir jamais été attiré par l'éphémère du beau. Il suffit de prendre la langue française elle-même à témoin : Il faut souffrir pour être belle ! Nos mannequins sont même toutes bourrées de cocaïne pour faire lever les queues de ces-messieurs.... Ce ne sont pas les Pro-Anas qui sont fautives de propager la mort par la minceur, la société s'en charge déjà parfaitement toute seule. La véritable question est de savoir si nous pouvons ou non accepter ce que notre idéal de beauté génère en réalité ?
Je ne reviens pas ici sur ma conception de la force comme seul régulateur social légitime, mais je trouve l'interdiction législative du mouvement Pro-Ana tout à fait ridicule et inappropriée. Elle n'aura d'ailleurs pas pour effet de supprimer la tendance, mais la fera simplement retomber dans la douce obscurité qu'internet avait si subitement révélée aux pourceaux friands de moralité qui pullulent à la surface de cette terre. Les Pro-Anas n'auront au final été qu'un symptôme révélant la véritable nature de notre société aussi amorale et sauvage. De quel droit les bien-pensants s'autorisent-ils donc à préserver la vie si certains ont choisi une forme de beauté éphémère conduisant à la mort ? Ce choix étant d'ailleurs lui-même insidieusement conditionné par cette même société qui en fustige ensuite les victimes par pure frustration.
Mais riez doucement car malgré la loi il y aura toujours des vomissures dans les toilettes, des régimes excessif et la quête de la forme parfaite. La liberté d'expression meurt, mais l'anorexie va survivre, en catimini.
NB : Je n'exprime ici qu'un point de vue sur ce que je vois comme une atteinte à la liberté d'expression. Il est évident que la loi - si promulguée - devra être suivie en tous ses points. Rappelons aussi que l'anorexie est une maladie grave et qu'il faut consulter un médecin pour la soigner.