Traboules

Publié le 18 septembre 2009 par Marc Lenot

À Lyon et à Saint-Étienne, une traboule, c’est un passage entre deux rues à travers les immeubles, non point un beau passage benjaminien avec boutiques et verrière, mais une série de couloirs sinueux plus ou moins obscurs en enfilade, débouchant sur des cours intérieures, des arrière-boutiques ou des loges de concierge. Même si le digicode en a tué beaucoup, les traboules restent un espace de liberté, entre public et privé, entre exposé et intime, et donc un refuge pour chenapans en école buissonnière et amoureux voulant échapper aux regards.

C’est donc dans une traboule que Verónica Gómez doit trouver l’amour, c’est ce qu’une voyante (ou un ‘fortune cookie’) lui a prédit. Son installation est la plus attrayante de l’exposition Rendez-vous 09 à l’IAC à Villeurbanne (jusqu’au 29 novembre). On accède par un long couloir sombre à une chambre de parfaite jeune fille romantique, moquette rouge, lumière douce, vêtements en désordre, lit défait, journal intime ouvert sur le bureau, rose fanée dans un vase, Emma de Jane Austen sur la table de chevet. Une mélodie triste d’Erik Satie (Vexations, 1893) contribue à la mélancolie ambiante. La jeune fille cherche l’amour dans les traboules lyonnaises et ne le trouve pas; en attendant, elle dessine. Verónica Gómez écrit un livre dans l’espace, dans une mise en scène très méticuleuse et nous sommes come des détectives tentant de déchiffrer cette histoire, de reconstruire ces indices. L’oeuvre est aussi pour nous un labyrinthe, une traboule (The Impossible Appointment).

Dans l’exposition, qui comprend vingt artistes, j’ai aussi remarqué le papier peint de Botto e Bruno à l’entrée, les absurdes petites vidéos désopilantes de Kuang-Yu Tsui, la montagne de papier (Kamiyama) de Charles Lopez, les dessins acides de dran et l’épurée et glaciaire installation de Bettina Sanson.

Sinon, je n’ai pu aller au Fort du Bruissin, mais on m’a dit grand bien de l’exposition là-bas.