Le scandale Métro

Publié le 21 septembre 2009 par Francisbf

Cela fait un moment que je lis le journal Métro, en particulier ses pages de messagerie rose. Ca fait toujours rêver le célibataire endurci que je suis, ces descriptions de rencontres complètement fortuites à l'occasion d'un trajet en métro, et surtout tous ces espoirs fondés en général sur un simple échange de regards.

« Toi, brune sculpturale portant une écharpe mauve, moi, sémillant étudiant portant le bouc et une chemise Hermès. A Glacière, nous avons échangé un regard enflammé. Mais tu es partie, laissant mon coeur en cendres. Ecris-moi – bogossdu94 »

« Mon étalon brun fan de métal de la ligne B, tous les jours, je te dévore des yeux, et tu me le rends, et ça fait des étincelles entre nous, mais jamais je n'ai osé t'adresser la parole, et jamais tu n'as ôté les écouteurs de ton iPod. Je suis la jolie rousse aux yeux pétillants qui descend à Luxembourg, j'espère que tu liras ces lignes - rouquemoutangel69 »

Etant donné la population qui utilise le métro ou le RER comme moyen de transport, et le nombre bien moins important des personnes qui osent écrire à un journal, on peut se dire que ça arrive tous les jours à une quantité de personnes assez imposante, ces prémisses de relation torride.

Pourquoi ça ne m'est jamais arrivé à moi, alors ?

En une bonne douzaine d'années d'usage intensif de ce mode de transport, pas UNE SEULE fois je n'ai échangé de regard entendu avec une brune sculpturale portant une écharpe mauve ou une rousse aux yeux pétillants, ou aucun autre membre du sexe opposé, même pas une moche. Et je peux vous assurer que ce n'est pas faute d'essayer. A chacun de mes voyages, je prends soin de fixer une jeune fille attrayante (si tant est qu'il y en ait dans mon wagon), et que mon regard soit langoureux, perdu-dans-le-vague-mais-néanmoins-braqué-sur-ses-yeux-bleus-profonds-comme-l'océan, ou empreint de toute la frustration sexuelle que je pouvais y mettre (et croyez-moi, je peux en mettre), tout ce que j'ai récolté, c'est une conjonctivite. Au mieux, mes futurs partenaires sexuels potentiels m'ignoraient complètement, en général elles se tortillaient sur leur strapontin ou elles le quittaient, au pire elles m'envoyaient une baffe, et j'ai une fois été foutu dehors par un type qui devait se prendre pour un gentleman défenseur de la vertu offensée.

Alors je veux bien ne pas être un canon de beauté, mais je ne suis pas moche comme un pou non plus, en tous cas pas plus que beaucoup de types qui se sortent une bonnasse alors qu'ils sont en plus cons comme des balais et prennent des pseudonymes allant de « sexyloverboy » à « choupinoulol69 ».

Je ne vois qu'une chose à en déduire : ces messages sont une propagande éhontée au service de la RATP.

Ils sont pas idiots, ces salauds. Ils savent que la proportion de célibataires en Ile de France est énorme (on en compterait plus de deux millions), et que c'est une tranche de la société qui est plus riche, donc plus susceptible d'utiliser une voiture, un taxi, et de s'épargner les contraintes du transport ferré, tels qu'odeurs pestilentielles, grèves, suicides et foule. Et ils savent que le seul moyen de convaincre ces utilisateurs potentiels est de leur faire miroiter une rencontre amoureuse totalement improbable.

Et j'ai une preuve supplémentaire de ce complot. Quand je clique sur l'onglet « courrier du coeur » du site metrofrance.com, qu'est-ce qui apparaît ?

Bien sûr, 404, page non trouvée.

Ma théorie était juste.

Le courrier du coeur du journal Métro est une vaste fumisterie publicitaire.

Ces basses manoeuvres me dégoûtent. Oui, me dégoûtent. Jouer sur les faiblesses des gens, tirer profit de leur envie d'avoir une vie sentimentale pour se faire du fric, alors même qu'on est un service public, c'est scandaleux. Et j'espère bien que ce sera puni quand je ferai éclater la vérité au grand jour.

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