Supercalifragilisticexpialidocious

Par Orange Mecanique & Lady Penelope

Ce qui est drôle, quand on prend de l’âge (naan, je ne suis pas aussi vieille que ça, attendez la suite) c’est de voir combien les générations suivantes sont persuadées de faire des découvertes sensationnelles devant ce qui nous apparaît comme familier.

Ainsi, cet échange surréaliste surpris au rayon CD : « T’as vu, le dernier album (?) de The Cure, The head on the door, je kiffe ! ». Mouais sauf que l’ami Robert Smith avoisine gaillardement la cinquantaine et que j’écoutais ce fameux album sur mon walkman SONY (le jaune, étanche SVP) lors d’un voyage scolaire en 1986… Non ne comptez pas, ça va me faire du mal. L’attrait de la nouveauté donc.


Mais la redécouverte a parfois du bon. Ainsi Colette, réputée pour le caractère pointu de ses trouvailles proposées faubourg saint Honoré, proposait il y a quelques temps le DVD de Victor Victoria. Kézako ? Demanderont les plus jeunes. Rien de moins qu’une comédie musicale sortie en 1982.


Et me voilà toute chose, devant ce que ma chère Orange Méca’ appellerait à juste titre « une madeleine ». Aussitôt, je pense à Mary Poppins avec Julie Andrews dans le rôle titre, bienvenue en enfance.


1963, (je n’étais pas née, n’exagérons rien) Walt Disney entreprend le tournage d’un film retraçant les aventures d’une nounou magicienne, une certaine Mary Poppins. Nous sommes bien loin des tribulations de la nounou d’enfer Fran Fine et les tenues portées par les enfants Banks ne proviennent pas de la même boutique que celle qui habille les jeunes Sheffield. Autres temps autres mœurs, mais la recette d’une préceptrice « décalée » aux méthodes peu orthodoxes fonctionne toujours aussi bien.

Pour mémoire (ou plutôt pour le plaisir, parce que personne n’osera dire qu’il ou elle a oublié), monsieur et madame Banks engagent une énième nounou pour venir à bout de leurs deux petits monstres. Les débuts sont difficiles, évidemment, mais après quelques thés bus « au plafond » et quelques promenades en chevaux de bois, le miracle se produit. Un monde merveilleux, une odyssée presque fantastique, des effets spéciaux hallucinants pour l’époque, des personnages attachants, des chansons made in bonne humeur, tout est réuni pour en faire un chef d’œuvre du cinéma. La comédie musicale est un triomphe et vaut à son interprète principale l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure actrice en 1965.


La même année, elle tourne la Mélodie du Bonheur. Encore une histoire de nounou me direz vous. Une novice quitte le couvent pour s’occuper des sept enfants d’un veuf autoritaire, le capitaine Von Trapp, le tout sur fond d’Anschluss (certes le thème est moins léger que la vie des beaux quartiers de Londres). Sa performance la sélectionne à nouveau pour le Golden Globe et l’Oscar mais la cantonne dans un registre un peu gnangnan, comme si Hollywood la cataloguait « nounou à vie »… Fatale erreur !

En 1982, l’épouse de Blake Edwards, le papa de la Panthère Rose, s’attaque à un tabou en interprétant un travesti homosexuel dans le fameux Victor Victoria. Comme elle le dit elle-même dans le film, « une femme se faisant passer pour un homme se faisant passer pour une femme » dans les années 30’. Elle est encore une fois pressentie pour le Golden Globe et l’Oscar.
Dernièrement, les plus jeunes l’ont (re)découverte dans Princesse malgré elle (2001) et un Mariage de princesse (2004). Elle joue la grand-mère furieusement moderne de la jeune Anne Hattaway.
C’est comme ça que je me suis retrouvée à fouiller dans mon légendaire fourbi à essayer de remettre la main sur mes cassettes vidéo (les ancêtres des DVD). La grande (c’est moi) et les petites (les mini moi) se sont ainsi retrouvées un dimanche devant la télé pour s’organiser une séance remember. Croyez le ou non, tout ce petit monde a eu une mini larme à l’œil quand Mary Poppins a quitté les petits Banks et son ramoneur préféré ; a eu le cœur serré quand Maria, le capitaine et les enfants se sont enfuis en Suisse ; a ri en découvrant la tête du gangster de Chicago (tombé amoureux de la belle au premier regard, le pauvre) devant la sublime Victoria qui se transforme en comte polonais sous ses yeux.
A l'heure où nombre d'anciennes séries ou films font l'objet de reprises, j'imagine que les producteurs ne vont pas tarder à s'attaquer à ces classiques. Mais rassurez-vous Julie, c’est supercalifragilisticexpialidocious, mais vos films ne vieillissent pas (toujours aussi imprononçable en tous cas...) !


Victor Victoria - Le Jazz Hot