MITTERRAND... la Mauvaise vie...

Par Laporteplume
Voilà le ministre Frédéric Mitterrand rattrapé par une affaire qui, pour sembler être de mœurs, n’en est pas moins, d’abord, éditoriale et de conscience citoyenne.
De larges extraits de son livre La Mauvaise vie ont été remis à la une par des opposants politiques de droite comme de gauche, chacun se jetant sur la proie avec l’avidité que suscite le goût du pouvoir comme, chez d’autres, le goût du sang.
Que les choses soient claires : la prostitution enfantine, fille de la pédophilie, est un crime, et tous ceux qui la pratiquent, organisateurs ou consommateurs, grands ou petits de ce monde, sont des criminels.
Mais que la curée se déchaîne maintenant contre un homme qui, jusque là, tant qu’il ne s’asseyait sur le Banc des Ministres dans notre temple à colonnes, malgré la parution de ce livre en 2005 (gros succès de librairie !), ne dérangeait personne dans sa résidence romaine et dorée de la Villa Médicis, a de quoi interroger.
Plusieurs questions se posent :
-Quand on nomme (ou élit) un politique à un poste d’action et de représentation nationale, pourquoi n’examine-t-on pas son passé à la loupe, comme la Nation le fait pour n’importe quel fonctionnaire ?
-Un nom prestigieux, dans cette société du paraître, suffit-il à gommer les éventuelles fautes dont l’individu à nommer ou promouvoir se serait rendu responsable ?
-A partir du moment où des éléments de vie privée sont révélés et publiés par celui-là même qui les a vécus, ne tombent-ils pas dans le domaine public et ne deviennent-ils pas appréciables par tout citoyen, quel qu’en soit la qualité (ou l’intention) ?
-Un récit de vécu publié n’est-il que réalité absolue, ou comporte-t-il des éléments rêvés, aspirés, des fantasmes parfois tellement puissants que pris souvent par l’auteur lui-même comme moments réels de sa vie ?
-Une telle violence en réaction à une œuvre comportant, peut-être, une part essentielle de création artistique ne risque-t-elle pas de réactiver le désir de censure à l’image de celle qui, au 19ème siècle, frappa aussi bien Les Fleurs du mal que Madame Bovary ?
Ne voit-on pas régulièrement des affiches de cinéma retirées de la rue sous la pression de telle ou telle violence communautaire !
Quelle(s) réponse(s) donner à ces questions qui en induisent bien davantage encore, tant le sujet est passionnel ?
Certainement pas celle(s) des politiques qui ne voient là que la possibilité de récupérer un fauteuil rendu vacant par la fureur sanguinaire des affamés de pouvoir dont était aussi… la victime !
Celle(s), probablement, de la conscience individuelle, dictée par l’âme, en référence aux valeurs immuables auxquelles doivent se référer les femmes et les hommes libres, dont… le RESPECT ! RESPECT de l’enfant esclave de Thaïlande et d’ailleurs, livré aux désirs troubles de touristes accourus en masse de chez nous… RESPECT du citoyen dans une République digne de ce nom… RESPECT de la création et des œuvres de l’esprit sans lesquelles il n’est plus d’humanité !
Hurler avec les loups ne peut que renforcer leur acharnement à vouloir dévorer l’autre. Et, quand ils auront dévoré l’autre, ils se tourneront vers leurs soutiens hurleurs pour les dévorer à leur tour.
Ne l’oublions pas : le goût du sang appelle… le sang ! photo AFP