Débuts numériques d’Arrêt sur image

Publié le 14 septembre 2007 par Jean Paul

Arrêt sur image version tube cathodique, LCD ou même écran plasma, c’est fini. J’aurai voulu l’annoncer plus tôt, la nouvelle ne datant pas d’hier mais la jeunesse de ce blog ne me l’a pas permis. La plus vieille émission de France 5, s’arrête donc subitement après 12 ans de bons et loyaux services. 12 ans à décrypter, décortiquer et analyser l’actualité en images afin d’en comprendre les fondements et les principes pas toujours jolis, jolis des marionnettistes qui manipulent l’opinion.

Arrêt sur image nous donnait l’illusion idyllique que les grands medias n’avaient pas encore un control total sur l’information télévisuelle et que, dans un petit studio retranché, perdu au fond des bois, des hommes et des femmes se battaient pour la liberté d’expression et contre les mensonges de la grande messe du 20 heures. Arrêt sur image c’était le reflexe critique, le cran de sécurité d’une société surmédiatisée et ultra-commerciale prête à exploser, le symbole d’une époque où il était encore normal de poser des questions.

Mais à force de torpiller les grands noms du paysage politique et télévisuel français, certains d’entres eux aux bras longs ont préféré faire sauter la dernière poche de résistance. Retour en arrière sur une émission emblématique et son avenir numérique qui se profil.


Ce qu’on aimait dans Arrêt sur image, c’est lorsque Daniel Schneidermann, petit sourire en coin et sa chroniqueuse Maja Neskovic, les yeux pétillants nous révélaient que le dernier reportage de Sans aucun doute était tout bidon, que Pascal Sevran, aux yeux de Drucker n’est pas un raciste mais simplement « sans langue de bois » ou que Thierry Ardisson est un gros copieur incapable d’écrire un bouquin sans pomper à droite à gauche. Bref, ce qu’on aimait dans Arrêt sur image, c’était une impression étrange et nouvelle, la sensation que pour la première fois à la télé on ne nous prenait pas pour des cons. Et franchement, ça faisait du bien.

Sur France 5 par contre, ont nous prend encore pour des billes et on cache la décision, clairement politique derrière un audimat en berne : 5,9% de part d’audience pour la dernière émission. Soit presque 6% de la population prêt à risquer un coup d’œil en dehors de l’univers aseptisé de ses programmes TV habituels. Trop peu pour reconduire Arrêt sur image. Ou peut être tout simplement… trop ? En effet, Schneidermann ne se demandait-il pas cet été sur son blog : Au fond, la question n’est pas : pourquoi s’arrête Arrêt sur images ? La question est : pourquoi ne s’arrête-t-elle que maintenant ?

La réponse, pas besoin d’aller la chercher très loin. Il y a 5 ou 10 ans, à l’époque où Youtube et autres dailymotion n’existaient pas encore, le virus Schneidermann était encore isolé ne touchant effectivement QUE 6% de téléspectateurs. Pas grand-chose à craindre donc. Mais depuis 2, 3 ans, avec l’avènement des sites de partage de vidéos sur Internet, l’information circule à une vitesse incroyable. La menace d’une vérité qui éclate au grand jour ne cesse de grandir et on expose le terrible virus à une population bien plus nombreuse, avide de savoir, souvent plus jeune et donc moins enclin à se faire mener par le bout du nez. L’épidémie devient difficile à contenir. La décision est radicale : Arrêt sur image, comme un écho à lui-même, s’arrête.

Mais ceux qui ont des poux vous le diront mieux que moi : à force d’antibiotique, la sale bébête qu’on voulait éliminer, elle devient résistante. Elle mute.

Arrêt sur image réapparait alors… sur Internet. Schneidermann, l’annonçait depuis le 31 aout via son blog et depuis hier, jeudi 13 septembre, le site d'Arrêt sur image est en ligne. Le site, c’est un bien grand mot pour le moment. Encore en phase beta, il se rapproche du concept des blogs et propose actuellement :

1. De découvrir ceux qui veulent la mort d’Arrêt sur images, vidéos à l’appui.

2. De s’abonner au site en partie payant (je reviendrai la dessus) qui sera mis en place dans environ 2760 heure, soit 115 jours, soit le 7 janvier prochain si l’on se réfère au compteur. On a le temps de voir venir…

L’équipe éditoriale ne semble pas avoir beaucoup changée, si ce n’est qu'elle s’est complètement détachée de France 5 et travaille en solo. Schneidermann, afin de rester totalement indépendant n’a fait appel à aucun investisseur et compte fiancer son site grâce à la pub et surtout aux abonnements. En effet, le pari est de mettre en place Un site à deux vitesses. Les abonnés seront dorlotés, ils voyageront en Première, on leur servira le champagne, et surtout ils auront la grande satisfaction morale de permettre au projet de vivre, mais le site sera aussi accessible à tout le monde. Le prix de l’abonnement étant de 3 euros par mois soit 30 euros par ans (les mois d’été sont offerts). Pour les étudiants, les chômeurs et les précaires se sera 1 euros par mois seulement et sans justificatif demandé nous avons choisi de vous faire confiance. Mieux encore, si vous ne souhaitez pas dépenser le moindre kopek, une case est faite pour vous : la case « ami radin » ! Cette fois il faudra un justificatif argumenté de vos motivations si vous voulez profiter de l’offre.

Le pari est donc osé, terriblement osé. A l’heure du tout gratuit et du piratage massif, il y de forte chance que les meilleures vidéos et articles d’Arrêt sur images se retrouvent rapidement disponibles sur Internet en libre service. Mais c’est bien tout le challenge de cette nouvelle monture numérique et avec 3000 abonnements dès les premières 24 heures (on ne sait pas combien d’amis radins se cachent parmi eux) on se plait à croire à nouveau, à cette sensation fugace, que non, nous ne sommes pas des cons et que peut-être, l’illusion d’une télévision meilleure à de beaux jours devant elle.