Caroline Loeb . Interview exclusive

Publié le 25 octobre 2009 par Flash-News

Il est des personnages qui traversent le monde de la chanson sans laisser aucune trace malgré le succès d’un titre, Caroline Loeb, c’est tout l’inverse, non seulement elle à gravé son nom sur les feux de la chanson avec l’inoubliable C’est la ouate, actuellement avec l’album Crime parfait, mais elle a su multiplier les casquettes, et démontrer qu’elle n’est pas que l’hologramme d’un tube, et elle est actuellement à l’affiche de son spectacle Mistinguett, Madonna et Moi



 

Tout d’abord si tu devais te définir en quelques mots, tu dirais quoi ?

Toujours difficile de se définir… Je suis passionnée, curieuse, têtue ; j’ai mille idées et envies à la seconde ; j’aime la vitesse. De pensée, d’action.

De toutes tes activités :Auteur, interprète, actrice, animatrice radio, metteuse en scène, écrivain, y’en a t’il une qui te donne le plus de frisson ou de plaisir ?

Chaque activité me procure des sensations très fortes ;

Chacune d’une manière très différente.

Ecrire est un moment libérateur ou ludique, suivant que j’écrive seule ou à deux, ce qui est toujours très amusant et joyeux. J’adore jouer avec le langage…

Jouer la comédie est très amusant. Surtout depuis que j’ai mis en scène les autres, je sais qu’il faut «  y aller ». Donner, donner, s’amuser, s’oublier. C’est très agréable et joyeux.

Mettre en scène est, évidemment, une activité enthousiasmante. Avoir une vision d’un spectacle, puis tout mettre en œuvre pour le faire exister (diriger le ou les comédiens, la lumière, les costumes, les décors, les chorégraphies) est grisant et passionnant. Ce qui est très fort quand on est metteur en scène, c’est qu’on est le premier spectateur. On VOIT ce qu’on fait. Ce qui n’est pas le cas quand on joue, ou quand on chante. Et cette partie de soi qui est sur scène, on peut continuer à la modeler à l’infini, avec le corps de l’interprète, avec les lumières qui, précises et pensées, créent la magie.

Animer une émission de télé ou de radio est souvent très amusant et excitant. Prendre la parole, la faire circuler, procure des montées d’adrénaline auxquelles on s’accroche facilement.

La télé est une drogue dure !

Dans la liste de réalisateurs avec qui tu as tourné, il y en a deux qui retiennent l’attention de part leurs noms :

Jacques Demy et James Ivory, peux tu nous parler de ces deux aventures ?

Je n’y ai fait que de courtes apparitions. Dans le film de Jacques Demy, j’avais une phrase à la fin d’un plan séquence très long, donc un trac fou. Si je me plantais, tout le plan était à recommencer… Je n’ai jamais vu ce film qui était produit par et pour le Japon.

Avec James Ivory, ma séquence est partie d’un malentendu. Sur le scénario il était écrit que le personnage de la bonne sœur avait une robe ouverte derrière. Je n’avais pas compris que cela impliquait de jouer la scène fesses nues. Très pudique, j’ai passé la journée à vouloir fermer le costume. C’était absurde. Ce jour là, je retrouvais Isabelle Adjani que j’avais rencontré à un stage de Francis Huster chez Florent…



 

Par quel chemin es-tu en 1983 arrivé en studio pour enregistrer ton premier album Piranana, et quel accueil a t-il eu ?

J’ai rencontré un producteur new yorkais, Michael Zilkha qui a lu mes textes de chansons et les a trouvées « gainsbouriennes » Il produisait déjà Kid Creole, Lydia Lunch, James White

Il m’a proposé de me produire ce premier album à New York. C’est la ville de mon enfance, j’étais donc très heureuse de me retrouver dans le studio créé par Jimmy Hendrix, « Electric Lady land ».

Je ne connaissais pas du tout ce monde des studios, ça donc été un peu compliqué pour moi. J’étais un peu perdue à l’époque, comme beaucoup de gens de ma génération. On sortait beaucoup, on avait des vies assez délirantes. L’accueil de l’album n’a pas soulevé l’enthousiasme. A part Alain Maneval et quelques rares personnes qui ont reconnu un univers particulier.

J’ai beaucoup regretté de ne pas avoir pu faire des meilleures voix. C’était un peu n’importe quoi. C’est d’autant plus dommage qu’il y avait vraiment de bonnes chansons et des musiciens incroyables.

D’où ma curiosité sur ton méga-tube C’est la ouate qui a été aussi dans les charts italiens.

Cette chanson a marché dans plein de pays. L’Italie bien sûr, mais aussi l’Espagne, l’Allemagne, l’Argentine… Ça a joué et joue encore quasiment partout dans le monde. En français ! On a fait une version en anglais, qui était très réussie « And so what » mais ça n’a pas eu le succès magique de « C’est la ouate ».




C’est la ouate

 

Comment as-tu vécu cette époque, ce succès ?

C’était assez compliqué. D’un côté il y avait cette folie autour de la chanson, ce succès inouï, invraisemblable. De l’autre des rapports très tendus, pour ne pas dire atroce avec un des co-créateurs du tube.

Derrière le succès il y a eu beaucoup de souffrance, d’humiliations. J’ai mis longtemps à me relever de la manière dont j’ai été traitée à l’époque.

Qu’est-ce qui t’a amené à la mise en scène de spectacles et de courts-métrages ?

Je suis arrivée à la mise en scène par hasard. Avec et grâce à Michel Hermon, qui était un metteur en scène de renom. Il m’a demandé conseil sur sa tenue de scène, et de fil en aiguille, je me suis retrouvée à le mettre en scène. Ma première mise en scène a donc eu lieu aux Bouffes du Nord avec « Michel Hermon chante Piaf ». C’était quelques années après mon tube, et c’est là que je me suis aperçue que les médias avaient beaucoup de mal à passer à autre chose avec moi.

Le fait que je devienne metteuse en scène ne devait pas coller à l’image qu’ils avaient d’une chanteuse de variété assez punk, il faut bien dire, des années 80 ! En fait avec Hermon, je me suis aperçue que tout mon bagage (ma cinéphilie, le fait que j’avais été styliste photo, mon goût pour le théâtre et la photo) me prédisposait à la mis en scène. J’ai donc fait 5 spectacles avec lui, puis il y a eu « Lio chante Prévert », « Shirley » avec Judith Magre (Molière 2000) , « Loin de Paname » avec et pour Viktor Lazlo, « Les bons becs en voyage de notes », les Weepers Circus et bien d’autres…

J’ai eu le plaisir de réaliser mon premier court métrage, « Vous désirez ? », pour la collection dirigée par Sophie Bramly, X plicit films. Après plus de 15 ans de mis en scène de théâtre, ça m’a semblé assez naturel. Et j’ai eu une chance incroyable d’avoir une équipe de rêve !

En 2007 est paru l’album Crime parfait, a quoi cette longue absence des ondes est-du, est-ce un choix ?

Je mentirais si je disais que c’est un choix ! Je ne vais pas vous faire le coup de « j’avais besoin de prendre du recul » ou « j’ai décidé de me consacrer à mon enfant » !
Je n’ai jamais cessé de faire des maquettes, proposer des nouvelles chansons, mais l’album qui a suivi « C’est la ouate » a été fait dans des conditions humaines épouvantables, et m’a planté. J’ai cru que j’étais assez solide professionnellement pour m’en relever. Je me suis aperçue que soudain j’étais devenue une paria.
Il m’a fallu longtemps pour comprendre qu’il fallait que je me produise seul. J’ai donc monté ma société « On peut » la bien nommée, et ainsi, ai produit mon album « Crime parfait » et mon spectacle « Mistinguett, Madonna et Moi ».

J’invite d’ailleurs les lecteurs à découvrir le beau clip réalisé par Philippe Gautier et produit par Unreel pour « Crime parfait ».




Crime parfait
 

Cet opus est-il un aboutissement, un nouveau tournant, ou une continuité dans une carrière à multiples facettes ?

C’est évidemment les trois, mon général.

Un aboutissement des années à travailler, sur moi, avec les autres comme metteuse en scène. Mais aussi avec Laurent Balandras, mon éditeur, un homme intelligent, cultivé, passionné, tenace et courageux. Une perle rare dans ce milieu.

Un nouveau tournant puisque je m’assume enfin comme productrice de mon travail.

Une continuité puisque ce que je dis et comment je le dis n’est pas totalement différent de ce que je faisais il y a 20 ans. C’est toujours un peu sombre, légèrement cruel, apparemment léger, et foncièrement désespéré. Quoique le désespoir soit maintenant contrebalancé par un réel émerveillement pour la vie.

Tu es sur scène actuellement avec « Mistinguett, Madonna et Moi » dans le joli Théâtre Montmartre-Galabru à Paris, où l’atmosphère est propice pour un spectacle intime et chaleureux, mélange de stand-up et de chansons.

D’où es venu l’idée de ce spectacle ?

Je porte ce spectacle en moi depuis longtemps. Je pourrais même dire depuis toujours. J’ai commencé à écouter Yvette Guilbert à l’âge de 8 ans, et ça m’a tout de suite passionnée et fascinée. La voix, d’abord. Tellement particulière, étrange, comique.

Puis j’ai découvert tous ces personnages extraordinaires que sont Marlene Dietrich, Zizi Jeanmaire, Mae West, Mistinguett… et enfin Madonna.

Chacune d’elles géniale, unique, intelligente, tenace, originale. Ce sont elles, et Gainsbourg bien sûr qui m’ont nourri toute ma vie. J’avais donc envie de renouer avec les raisons profondes pour lesquelles je fais ce métier. Un amour immense pour la chanson, depuis les années 1900 jusqu’à nos jours, puisque je chante aussi du Juliette. Et une passion pour la comédie musicale, la vraie, celle des années 30, 50 aux Etats Unis.

Et puis à force de diriger les autres, je me suis aperçue qu’après tout, l’envie de remonter sur scène et de faire un show était toujours là. J’ai eu envie de ne pas renoncer à ce rêve, à cette envie profonde.

Quoiqu’on en dise, ce sont des métiers où le temps n’existe pas.
La scène est un endroit magique où on peut embarquer le public dans son rêve, aussi fou soit il !




Mistinguett, Madonna et moi

 

Peux-tu nous en parler plus, car tu viens d’évoquer des monstres comme Mistinguett, Marlène Dietrich ou Madonna, et aussi Mae West ou Arletty, pourquoi ces choix ?

Parce que ce sont des femmes libres, qui ont inventé leurs propres codes, qui ont réussi à imposer leur parole, leur vision, d’elle mêmes et du monde. Ce sont des femmes qui n’ont pas eu peur d’aimer des hommes et/ou des femmes.

Ce sont des femmes qui s’assumaient. Ce sont des femmes intelligentes et volontaires. Des femmes d ‘esprit. Ce sont mes modèles, bien sûr !

La critique est dithyrambique :

Le Figaro : Un spectacle drôle, émouvant et subtil à voir absolument.

L’Express : Un spectacle musical rétro et moderne en diable,…. pétillant, rosse et bien troussé.

Pourtant, la télévision t’invite peu, pour quelle raison à ton avis ?

Ah……. La télé………

Ils ont le pouvoir, ils le savent.

Ils ont droit de vie et de mort sur les artistes.

Ils ont sans doute du mal à assimiler le fait que je sois passée de « la fille-qui-n’a-fait-qu’un-tube » à « la fille-qui-n’arrête-pas-qui-est-sur-scène-et-qui-se-réalise ». 

Comme disait Einstein « Il est plus facile de désintégrer un atome que de détruire un préjugé »

A part quelques présentateurs fins et curieux comme Michel Field ou Jean Noël Mirande, je sens souvent une pointe de condescendance chez ces animateurs vulgaires et incultes qui n’arrivent pas à décoller de mon tube, alors que moi, ça fait des années lumière que je suis ailleurs.

Heureusement il y a Internet, et plein d’autres espaces de communication !

Y a t’il une ou plusieurs choses que tu regrettes d’avoir faites en tant qu’artiste ?

Je n’aime pas dire que je regrette quoi que ce soit. Mais tout de même , je regrette d’avoir été tellement déstabilisée par ce succès foudroyant que ma vie m’a échappée après le tube. Foudroyée, c’est ça.

Si j’avais été moins fragile, j’aurais sans doute pu imposer d’avantage ma vision des choses, et continuer à créer avec bonheur. Mais l’époque était aux excès. Ça fait rêver tout le monde aujourd’hui, mais ça m’a aussi coûté très cher.

Avec qui aimerais-tu collaborer ?

Juliette Nourredine, Bob Wilson, Tim Burton, Woody Allen…. Puisque vous me demandez de rêver… autant rêver en grand ! Et puis…. Brigitte Fontaine qui vient de me scotcher avec sa nouvelle chanson ! Elle est géniale !

Quels sont tes projets ?

Je travaille avec Isabelle Alonso sur un spectacle avec ses textes féministes « Et encore, je m’retiens ! », je serais sur un album pour enfants réalisé par les Weepers Circus qui va sortir mi novembre, et je tourne mon « Mistinguett, Madonna et Moi » un peu partout…



 

Quelles sont tes passions dans la vie ?

L’art me nourrit tous les jours. J’en ai un besoin vital.

Je peux aussi être éblouie par un geste dans la rue, une personne qui passe, une lumière. La beauté, la drôlerie, l’étonnant sont partout. Il faut juste regarder.. je regarde beaucoup.

Si tu avais une priorité à défendre ou à partager avec ceux qui vont lire cette interview, que leur dirais-tu ?

Tout est dit au mieux dans ce que je fais, ce que j’écris, ce que je chante, ce que je joue….

Quand on doit expliquer , c’est que c’est raté, non ?

Le plus important c’est partager des émotions. Fortes, vraies.

A quelle question que l’on ne t’a jamais posée aimerais-tu répondre ?

Je ne suis pas frustrée de questions….

Pour conclure cet entretien, quel mot te vient à l’esprit ?

POURSUIVRE !

Un grand merci Caroline, pour ce jeu de questions auxquelles tu as répondu pour les internautes de Flash-News, avec gentillesse, sincérité du cœur, sans le paravent de la langue de bois.

Je te souhaite un superbe succès avec ton nouveau spectacle, et continu à nous étonner !

Site du spectacle Mistinguett Madonna et moi

Le dimanche à 19h

au

Théâtre Michel Galabru

4 rue de l’armée d’Orient – 75018 Paris

Tél : 01 42 23 15 85
(interview michel p. / copyright flash-news)