Hip....hip...hypermarché !??

Publié le 03 novembre 2009 par Christophe Foraison
Nous allons analyser l'efficacité productive des grandes surfaces à travers 3 questions esssentielles:

1 / leur organisation sont-elles efficaces ?
2 / Quels moyens utilisent-elles pour augmenter leur productivité ?

3 / Quelles ont été les utilisations de ces gains de productivité ?


Ces questions renvoient à différents thèmes du programme de Terminale: le rôle du progrès technique, l'organisation du travail, le partage des gains de productivté.

Aujourd'hui, nous nous limiterons à la première question pour ne pas faire des billets trop longs.


Les grandes surfaces sont-elles efficaces ?

En économie, on utilise le concept de productivité pour connaître l'efficacité:
- de la combinaison productive (productivité globale = production / facteurs de production)
- du facteur travail (productivité du travail = production / facteur travail).

Souvent, on confond production (le résultat de la combinaison productive) et productivité (confrontation entre le résultat obtenu et les moyens utilisé pour obtenir ce résultat).
Les deux ne sont pas équivalent: une entreprise peut produire beaucoup avec une faible productivité, inversement une autre entreprise peut avoir une production plus modeste avec une forte productivité.

Concrètement, si on prend l'exemple de l'industrie, on peut obtenir divers indicateurs de la productivité du travail:

- productivité physique: un salarié produit  x voitures par an

- productivité monétaire:
   - soit  par personne: un salarié réalise un chiffre d'affaires ou une valeur ajoutée de x euros par an
   - soit par heure de travail: un salarié réalise un chiffre d'affaires ou une valeur ajoutée de x euros par heure.

Appliquons maintenant ces généralités aux grandes surfaces.


Productivité horaire (Valeur Ajoutée / heure de travail) en € en PPA en 2005

Indice base 100 = France

Allemagne

20.87

89

Danemark

18.03

77

Pays Bas

17.25

74

Royaume-Uni

20.19

86

France

23.10

100


Source:  EU-KLEMS ; OCDE et données sociales de la FCD, Insee ; Food Marketing Institute, Progressive Grocer, Food Industry Center [Dube et al., 2005] ;estimations fondées sur les rapports d’activités de Wal-Mart (www.walmartstores.com) .Cité dans bas salaires et qualité de l'emploi rapport du cepremap

Clé de lecture
: en Allemagne, chaque heure de travail dans les grandes surfaces crée une richesse de 20.87 €, ce qui représente 89 % de la richesse créée par heure de travail en France.

Commentaire: nous voyons, à l'évidence, que les grandes surfaces françaises sont les plus efficaces (d'environ 20 % en moyenne) par rapport à leurs homologues européennes.

Comparons maintenant la France aux Etats-Unis


Ventes annuelles   indice base 100 =

 par m2   France

Ventes par heures   indice base 100 =

de travail   France

Supermarchés et hypermarchés français

9.8 K€

100

200 €

100

Supercenters américain

4.2  - 6.5 K$

43  -  68

120  -  140 $

60  -  70

Wall Mart (Etats-Unis)

4.7 K $

48

110 $

55


Source: idem

Clé de lecture
: les grandes surfaces françaises réalisent 9800 euros de ventes par m2, et 200 euros de ventes par heure de travail; ce qui représentent environ 50 % de plus que le numéro 1 mondial (Wall Mart).


Commentaire: nous retrouvons l'idée que les grandes surfaces françaises sont, de loin, les productives par rapport au modèle américain.


Pourtant, la mesure de la productivité dans les services (ici la distribution) avec comparaison internationale n'est pas sans poser de redoutables problèmes méthodologiques:


problème n°1: comment mesurer la production d'un service commercial ?

Les grandes surfaces mettent à disposition des consommateurs des biens et services.
Les statistiques ne prennent en compte que la distribution des biens.

Or, de grandes différences peuvent intervenir sur la quantité de biens mis à disposition dans les grandes surfaces (de 10 000 à plus de 50 000 produits selon le type de grandes surfaces).

Ensuite, cette mesure ne prend en compte que les aspects quantitatifs: on comptabilise le nombre de produits distribués, mais pas la mise en valeur de ces produits (on sait que la présentation est importante dans le commerce, l'aspect "vitrine" n'est pas pris en compte dans la mesure de la productivité)

De plus, les services sont rarement comptabilisés. Par exemple, la productivité plus modeste des grandes surfaces américaines peut s'expliquer par la présence de nombreux employés qui produisent des services à faible valeur ajoutée (remplir les sacs des clients à la sortie des caisses, tâche d'accueil à l'entrée du magasin...)

problème n°2: comment mesurer la valeur ajoutée d'un service commercial ?

On sait que la valeur ajoutée se mesure par la différence entre le chiffre d'affaires et les consommations intermédiaires.
Par conséquent, on peut augmenter la richesse créée en élevant le chiffre d'affaires et diminuant les consommations intermédiaires.
Comment élever le chiffre d'affaires ?
Un chiffre d'affaires (prix de vente unitaire multiplié par quantités vendues) élevé peut avoir pour origine un accroissement des ventes et / ou des prix de vente plus élevés.


Des prix plus élevés dans les grandes surfaces être expliqués par:

- un positionnement plus haut de gamme: dans les grandes surfaces, ce sont les marques qui, très souvent, ont des prix plus élevés que les marques de distributeurs (MDD)

- une concurrence moins élevée: une grande surface en position de monopole local aura des prix plus élevés.

Dans les deux cas, les prix élevés permettent d'obtenir une productivité supérieure sans que cela soit réellement explicable par une plus grande efficacité.

On sait que le marché français, à cet égard comporte quelques particularités:

- il est structuré autour de trois groupes (Carrefour, Auchan et Casino) et de quelques chaînes de magasins indépendants (Leclerc, Intermarché, Système U).

- les barrières à l'entrée sur le marché des grandes surfaces sont importantes: de nombreuses lois ont limité l'ouverture de grandes surfaces (pour protéger les petits commerces).


- Un certain nombre d'enseignes ont été en position d'oligopoles locaux, limitant ainsi la concurrence sur les prix.

Différentes études estiment que les prix de PIB en parité de pouvoir d'achat sont 5 à 10 % plus élevés en moyenne en France qu'en Allemagne et aux Pays-Bas.


Ceci dit, même en corrigeant les données de la productivité par ce facteur "concurrence", la productivité horaire est plus élevée en France qu'ailleurs.



problème n°3: les comparaisons internationales.

Les différences nationales dans ce secteur sont importantes:

1 / Les hypermarchés à … la française n’existent pas aux Etats-Unis.
Le commerce alimentaire américain est dominé par des grands  supermarchés  alimentaires (de plus de 3000 m2) implantés dans les quartiers et non sur les pôles commerciaux. Même les supercenters développés depuis dix ans par Wal-mart ne ressemblent pas aux hypermarchés français : ils ressemblent  davantage à un grand Monoprix qu’… à un hypermarché.

2 / En 2007, les hard discounters d’une surface de vente de 300 à 800 m2
pesaient globalement en France 13 % des parts de marché des produits
alimentaires
, ce qui est loin du niveau des pays du nord de l’Europe. Le hard discount domine en Allemagne avec plus de 40 % du marché alimentaire


Conclusion:
On voit donc
que l'efficacité des grandes surfaces françaises reste importante. Même si la mesure de cette efficacité est sujette à de nombreux biais, il n'en demeure pas moins que les hypermarchés français bénéficient d'une productivité horaire du travail importante.

Reste à savoir d'où peut provenir cette performance des grandes surfaces en matière de productivité.

Ce sera l'objet du prochain billet ^^


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