Homélie 33 T.O.B 2009 – Savoir ce que l’avenir nous réserve pour vivre le présent avec sagesse

Publié le 14 novembre 2009 par Walterman


Ce discours de notre Seigneur se situe dans l’Evangile selon saint Marc à un tournant décisif, au moment où Jésus et ses Apôtres, après une journée harassante d’enseignements et de diatribes avec les rabbis dans le Temple,  prennent un peu de repos au Mont des Oliviers qui surplombe Jérusalem. Jésus sait qu’il arrive à l’apogée de sa mission terrestre : sa passion et sa crucifixion auront lieu dans à peine quelques jours. Ceci trouve son écho dans la liturgie, puisqu’avec ce dimanche nous nous approchons de la fin de l’année liturgique. Dans ce contexte, Jésus profite d’un commentaire de l’un de ses disciples à propos de la beauté du Temple pour leur rappeler la nature passagère des gloires terrestres.

Nous pouvons nous représenter la manière dont il explique ces évènements à venir, les ayant présents à son esprit, pendant que les disciples le regardent, hébétés, ayant de la peine à le croire, se demandant ce qu’il peut bien vouloir dire.

Jésus, lui, parle des ces évènements à venir avec assurance et clarté, ce qui a dû d’autant plus effrayer ses disciples. Si nous, nous écoutons ces paroles comme si nous les entendions pour la première fois, nous pouvons mieux comprendre la note d’urgence qui caractérise la manière dont les premiers chrétiens annonçaient l’Evangile. Le Seigneur parle de la fin de l’histoire comme si c’était demain, ce qui est vrai, sinon en ce qui concerne la fin de l’histoire, du moins la fin de notre vie. C’est cela que nous devons garder présent à notre esprit. En fait, juste avant le passage que nous venons d’entendre, Jésus avait dit :

« Quant à vous, prenez garde : je vous ai tout dit à l'avance. »

Jésus veut que nous sachions ce que l’avenir nous réserve – le fait que le bien triomphera du mal après un rude combat – pour que nous puissions vivre le présent avec sagesse. Voilà l’essentiel, mais pour le comprendre pleinement, nous devons approfondir.

Dans ce discours , Jésus dit quelque chose qui est particulièrement déconcertant. Il dit à ses Apôtres que « cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive ». Si Jésus parlait de la fin du monde, il a dû se tromper, n’est-ce pas ? Après tout, "cette génération"– celle de ses premiers disciples – a passé depuis longtemps, mais le monde est toujours là… Nous ne pouvons comprendre les paroles du Seigneur que si nous les situons dans le contexte du passage dans son ensemble, au lieu de nous contenter d’écouter les quelques versets du passage de ce jour.

Il y a trois niveaux de signification dans la conversation de Jésus avec ses Apôtres. Au premier niveau, le niveau primaire et littéral, le Seigneur prédit la destruction de Jérusalem. Cet évènement historique eut lieu, en effet, avant la disparition de la génération des premiers disciples, en l’an 70 après Jésus Christ. Jésus les avertit que les jours où l’armée romaine ferait siège devant Jérusalem seraient des jours de grande détresse. Et c’est ce qui est arrivé. Plus d’un million de Juifs sont morts – la plupart de faim – lors de cette rébellion finale et du siège. Seuls 30.000 d’entre eux ont survécu, selon le témoignage de l’historien contemporain, Flavius Josèphe. Jésus savait que cela allait arriver, et, en l’annonçant, il voulait assurer ses disciples que ces évènements, d’une manière mystérieuse, faisaient partie de son plan de salut.

Mais ensuite, quand il décrit “ces jours”, le ton change, et il utilise un autre langage. Il parle du soleil qui s’obscurcit, de la lune qui perd son éclat, des étoiles qui tombent du ciel, et des puissances célestes qui sont ébranlées. Le Fils de l’homme viendra sur les nuées et des anges rassembleront les élus des quatre coins de l’horizon. C’est le langage utilisé par les prophètes (et par d’autres auteurs spirituels de l’époque) pour désigner la fin de l’Ancienne Alliance et l’établissement du Royaume messianique promis. C’est le cas, par exemple, du passage du Livre de Daniel (1° lect.). Dans la première partie de son discours, il avait préparé ses disciples à la destruction de Jérusalem ; à présent il explique ce que signifie cette destruction. Elle sera un signe visible de l’accomplissement de l’Ancienne Alliance par la Nouvelle. Ainsi, les Apôtres de la communauté de la Nouvelle Alliance du Christ, l’Eglise, auront à être des messagers de la fin des temps, car la Nouvelle Alliance inaugurera la dernière période de l’histoire humaine, le temps de l’Eglise. Cette ultime période touchera à sa fin quand Jésus viendra de nouveau pour présider le Jugement Dernier, bannir le mal définitivement, et recréer les cieux et la terre.

Ainsi, les deux niveaux de signification – la destruction de Jérusalem et la "destruction" de l’Ancienne Alliance – sont liés : le premier étant le signe visible du second. Cela veut dire que toutes les prophéties de Jésus concernant les désastres, les guerres et les souffrances s’appliquent directement à Jérusalem, et indirectement à la suite de l’histoire, comme l’inauguration visible de la fin des temps, le temps de l’Eglise.

Mais il y a encore un troisième niveau de signification. Les prédictions de Jésus à propos des souffrances et des épreuves forment aussi la trame de tout ce qui doit arriver au cours du temps de l’Eglise jusqu’à la fin de l’histoire. Les Apôtres ne connaissaient par "le jour et l’heure" de la destruction de Jérusalem. Mais ils savaient, parce que Jésus le leur a dit, qu’avant que cela n’arrive, l’Eglise se répandrait dans le monde entier, et qu’ils auraient à souffrir la persécution et le rejet. Et cela aussi s’est réalisé exactement. Onze parmi les douze Apôtres sont morts martyrs, la plupart au cours de persécutions qui ont eu lieu avant l’an 70 de l’ère chrétienne.

C’est ainsi que la séquence d’évènements : l’expansion de l’Eglise, la persécution, et ensuite la destruction de Jérusalem – forme la trame de tout ce qui arrivera au cours du temps de l’Eglise. L’Eglise continuera de se répandre dans l’univers ; elle connaîtra, au moins en partie, des périodes d’intenses persécutions et de souffrances ; et puis, à la fin, le monde déchu sera détruit pour faire place à des cieux nouveaux et une terre nouvelle, quand le Christ aura mis ses ennemis "sous ses pieds", comme l’affirme la deuxième lecture de ce jour. Et tout comme les Apôtres ignoraient le jour et l’heure de la destruction de Jérusalem, ainsi nous ne savons pas le jour et l’heure de la fin de notre vie sur terre, ni quand Jésus mettra fin à toute l’histoire humaine. Mais ce que nous savons, c’est que le Royaume de Dieu, l’Eglise, continuera sa croissance, dans la douleur de l’enfantement, en nous et dans le monde jusqu’à ce moment-là.

Ce que Jésus veut que ses Apôtres sachent – qu’ils doivent vivre avec la pleine conscience que cette vie est un temps pour la mission, et non pour la paresse ou la satisfaction de nos désirs égoïstes – cette leçon-là s’applique également aux chrétiens de tous les temps.

Concrètement, qu’est-ce cela veut dire : retenir cette leçon ? Que veut dire "être vigilant", ou, selon l’expression du Psaume de ce jour, "garder le Seigneur devant soi sans relâche" pour être "inébranlable" ? Cela veut dire trois choses.

Premièrement, cela veut dire que nous devons faire de notre relation personnelle avec Dieu une vraie priorité : par la prière quotidienne, un approfondissement permanent de notre foi, et la réception fréquente des sacrements. C’est cela que l’on peut appeler "entretenir la vie divine en nous".

Deuxièmement, cela veut dire partager avec d’autres la nouvelle que Jésus nous a fait connaître. Jésus n’a pas donné sa vie seulement pour nous qui sommes ici aujourd’hui, mais aussi pour ceux qui ne sont pas là. Si nous, nous ne leur apportons pas le message du Christ, qui le fera ?

Troisièmement, cela veut dire que nous devons suivre l’exemple du Christ dans notre vie de tous les jours. Jésus était honnête, courageux, aimable, patient, humble, dévoué, pur, fidèle… Chaque jour il nous nous l’occasion d’apprendre à suivre son exemple pour que nous soyons prêts pour la grande aventure du ciel.

En poursuivant cette Messe, rendons grâce au Seigneur de nous avoir dévoilé ce que l’avenir nous réserve. Et promettons-lui que nous ferons de notre mieux pour mettre cette connaissance à profit en menant notre vie avec sagesse et en prenant la ferme décision de mettre nos pas dans ceux du Christ.